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Le surfen, une amino-quinoline qui inhibe l’action des facteurs amplificateurs de l’infectiosité du VIH dans le sperme

Publié le 05.01.2010 | par Patricia Fener

Des scientifiques du Gladstone Institute viennent de montrer que le surfen (bis-2-méthyl-4amino-quinolyl-6-carbamate) serait capable d’inhiber l’action de fragments peptidiques contenus dans le sperme qui possèdent la propriété d’amplifier l’infectiosité du virus de l’immunodéficience humaine (VIH).

Facteurs amplificateurs de l’infection virale dérivés du sperme

Münch et coll [1] ont montré qu’il existe dans le sperme des facteurs qui augmentent la capacité infectieuse du VIH. Il s’agit de fragments "actifs" de la protéine phosphatase acide prostatique (PAP), produite par la glande prostatique et sécrétée dans le sperme. Ces fragments dérivés de la PAP forment des fibrilles de type amyloïde qui interagissent directement avec les particules virales et favorisent leur interaction avec les cellules cibles, d’où leur appellation "SEVI" (Semen-derived enhancer of virus infection).

Il a été établi que ces facteurs amplificateurs de l’infection virale dérivés du sperme étaient capables d’augmenter l’infection VIH des cellules mononucléaires sanguines, des macrophages primaires et des tissus lymphoïdes, ainsi que de favoriser la transmission du virus par les cellules dendritiques.

La PAP reste présente dans le vagin jusqu’à 24 heures après un rapport sexuel, temps suffisant pour permettre sa dégradation avec formation de fragments et fibrilles constituant le SEVI. Il semble que les fibrilles de SEVI chargées positivement se lient à la fois aux cellules cibles et aux virions VIH, augmentant ainsi l’infectiosité en favorisant le contact physique entre ces deux composants.

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Spermatozoa (arrows) transmit HIV when they attach to dendritic cells (red). (Credit : Ceballos, A., et al. 2009. J. Exp. Med. doi:10.1084/jem.20091579

Mécanismes d’entrée du VIH dans la cellule cible

L’entrée d’un virus dans une cellule est une étape essentielle du cycle infectieux viral. Cette étape se divise en 2 phases, qui conduisent d’abord à l’interaction du virus avec un ou des récepteurs spécifiques, puis à la pénétration dans la cellule cible du matériel génétique associé à la particule virale. La phase d’adsorption de la particule virale sur la surface cellulaire représente une cible thérapeutique attractive, notamment parce qu’elle se situe à l’extérieur de la cellule. Un nombre important de virus, dont le VIH, adhèrent aux surfaces cellulaires par l’intermédiaire de glycosaminoglycanes, notamment ceux de type héparanes sulfates. Dans la majorité des cas, cette interaction est une étape préalable à l’interaction virus/récepteur cellulaire, et, dans certains cas, elle représente un déterminant critique de l’infection.

Pour entrer dans les lymphocytes CD4, le VIH adhère donc aux surfaces cellulaires par l’intermédiaire de glycosaminoglycanes, notamment des polymères anioniques (chargés négativement) de type héparanes sulfates.

La présence des fragments actifs dérivés de PAP et leur interaction avec les héparanes sulfates permettent ainsi aux virus de s’amarrer à la surface d’une cellule cible. Ces molécules constituant le SEVI jouent ici le rôle de "récepteur d’attachement" pour le virus. Le SEVI facilite la liaison du virus au lymphocyte CD4 et peut multiplier par 100 000 le potentiel infectieux du VIH1.

Le surfen, une molécule prometteuse

Ces constatations ont poussé les chercheurs à examiner si un antagoniste des héparanes sulfates pouvait inhiber l’action des facteurs amplificateurs de l’infection virale présents dans le sperme.

Le surfen connu au préalable pour ses propriétés antibactériennes, notamment anti-trypanosomiases  [2] et antiinflammatoires a été récemment identifié comme inhibiteur des polysaccharides héparanes sulfates présents à la surface des cellules, interfèrant ainsi avec le SEVI.

Le Surfen bloque la liaison entre le SEVI et les héparanes sulfates des cellules cibles ce qui retentit sur l’interaction entre le SEVI et les virions VIH.

Conclusion

Les auteurs concluent que le surfen pourrait être ajouté dans la composition des microbicides actuels pour améliorer leur efficacité et réduire la transmission du VIH1 lors des contacts sexuels.

Dans la presse scientifique :
The aminoquinoline surfen inhibits the action of semen-derived enhancer of viral infection (SEVI).
Roan NR, Sowinski S, Muench J, Kirchhoff F, Greene WC
J Biol Chem. 2009 Nov 6.



[1] Semen-derived amyloid fibrils drastically enhance HIV infection
Münch J., Rücker E., Ständker L., Adermann K., Goffinet C., Schindler M., Wildum S., Chinnadurai R., Rajan D., Specht A., Giménez-Gallego G., Cuevas Sánchez P., Fowler D.M., Koulov A., Kelly J.W., Mothes W., Grivel J.-C., Margolis L., Keppler O.T., F
Cell, 2007, 131, 6, 1059-71

[2] DRUG EFFECTS ON THE FINE STRUCTURE OF TRYPANOSOMA RHODESIENSE : DIAMIDINES
R. F. MACADAM AND J. WILLIAMSON TRANSACTIONS OF THE ROYAL SOCIETY OF TROPICAL MEDICINE AND HYGIENE. Vol. 66. No. 6. 1972.

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