Les anticorps neutralisants PG9 et PG16, une nouvelle perspective vaccinale ?

Publié le 25.09.2009 | par Claire Criton

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Protéine gp120 Wikimedia commons

La découverte de deux anticorps neutralisants, appelés PG9 et PG16 bloquant l’entrée du virus du sida dans les cellules et capables d’inhiber de nombreux types de VIH (A, B, C ,etc.) offre de nouvelles pistes pour la recherche d’un vaccin contre le VIH.

Rappel

Pour infecter une cellule, deux molécules présentes à la surface du VIH sont essentielles :
- la gp120 qui permet au VIH de se lier à la cellule ;
- la gp41 nécessaire à la fusion avec la cellule.

Ces éléments clés pour le VIH sont considérés comme de bonnes cibles pour un vaccin antisida. Celui-ci doit être capable de susciter une réponse du système immunitaire sous forme de production d’anticorps neutralisants par les cellules B (lymphocytes B).

Jusqu’à présent, la plupart des anticorps neutralisants identifiés n’avaient montré une capacité d’inhibition que sur un petit nombre de souches de VIH. Les protéines gp120 et gp41 mutent et changent très vite, rendant difficile la mise au point d’un vaccin. Les anticorps neutralisants ciblent en général des parties de ces deux protéines (des épitopes) qui ne mutent pas (ou très peu). Seule une petite minorité d’individus est spontanément capable de produire des anticorps à large spectre, actifs sur un pourcentage élevé de types du VIH les protégeant ainsi de l’infection.

PG9 et PG16 sont par ailleurs les premiers anticorps neutralisants à large spectre identifiés sur des patients vivant dans les pays en développement, là où sont comptabilisés 95% des nouveaux cas annuels de VIH. Ils agissent contre 75% des souches de VIH testées et à de plus faibles concentrations que les autres anticorps neutralisants.

Une stratégie de recherche originale

- L’équipe de Dennis Burton (Scripps Research Institute, La Jolla, Californie) a commencé par examiner l’étendue des capacités de neutralisation du VIH dans le sérum de 1 800 personnes infectées par des VIH n’appartenant pas au type B. Ces volontaires étaient originaires d’une dizaine de pays dont sept en Afrique subsaharienne ainsi que la Thaïlande, l’Australie, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis.

- Deux anticorps neutralisants, appelés PG9 et PG16, ont été testé. Ils étaient capables neutraliser fortement la gp120 et à la gp41 lors de tests innovants réalisés avec le virus complet alors qu’ils ne se liaient que faiblement à la gp120 et à la gp41 lors des tests classiques utilisant des formes solubles de ces glycoprotéines.

- Les chercheurs ont ensuite préparé des clones de cellules B et ceux pouvant avoir une production importante d’anticorps neutralisants ont été sélectionnés.

- En testant les anticorps PG9 et PG16, les chercheurs ont constaté qu’ils avaient pour cible deux régions non variables de la gp120. Ces anticorps ne reconnaissent pas une séquence linéaire de la gp120 et de la gp 41, mais une partie de cette séquence et la conformation dans les trois dimensions de la glycoprotéine. Cela explique leur capacité de neutraliser toute une série de souches "sauvages" du VIH n’appartenant pas au type B.

Les recherches sont conduites par l’Initiative mondiale pour un vaccin anti-sida (Iavi), Scripps Research Institute, Theraclone Sciences et Monogram Biosciences.

Conclusion

Les chercheurs américains vont maintenant essayer d’exploiter ces vulnérabilités du virus de l’immunodéficience humaine (VIH) pour élaborer de nouvelles approches afin de concevoir un vaccin. Ils se sont attaqués à l’étape suivante : recréer les épitopes auxquels se lient PG9 et PG16 et fabriquer des immunogènes pour un candidat-vaccin. Les immunogènes sont des fragments inoffensifs du virus intégrés au vaccin pour déclencher la réponse immunitaire.
Le pouvoir neutralisant que montrent ces anticorps serait suffisamment important pour que ce vaccin puisse suffire à induire une protection contre le VIH bien qu’ayant un pouvoir immunogène limité.
Cependant si ce vaccin voit le jour, bien qu’efficace préventivement, il ne pourra rien une fois que le virus a pénétré et infecté les cellules de l’organisme.

Dans la presse scientifique :

-  Broad and Potent Neutralizing Antibodies from an African Donor Reveal a New HIV-1 Vaccine Target  ; Laura M. Walker 1dagger, Sanjay K. Phogat 2, Po-Ying Chan-Hui, Denise Wagner, Pham Phung, Julie L. Goss, Terri Wrin, Melissa D. Simek, Steven Fling, Jennifer L. Mitcham, Jennifer K. Lehrman, Frances H. Priddy, Ole A. Olsen, Steven M. Frey, Phillip W. Hammond, Protocol G Principal Investigators, Stephen Kaminsky, Timothy Zamb, Matthew Moyle, Wayne C. Koff, Pascal Poignard, Dennis R. Burton ; Publié en ligne le 3 September 2009 ; Science DOI : 10.1126/science.1178746

- “ Potent HIV Antibodies Spark Vaccine Hopes ” ; Jon Cohen ; Science 4 September 2009 : Vol. 325. no. 5945, p. 1195 DOI : 10.1126/science.325_1195

- nouvelobs

- le generaliste du 25 septembre 2009

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