Les biyouyanagines, des composés prometteurs dans l’inhibition de la réplication du VIH

Publié le 25.01.2011 | par Patricia Fener

Des chercheurs du Scripps Research Institute à La Jolla, en Californie, ont isolé des composés chimiques, les biyouyanagines présents dans une plante, Hypericum chinense, connue au Japon sous le nom de biyouyanagi. Cette famille de molécules présenterait des propriétés anti-inflammatoires et serait capable d’inhiber in vitro la réplication du VIH comme tend à le montrer l’article publié dans la revue « Proceedings of the National Academy ».

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VIH et Hypericum chinense, biyouyanagine

Grâce à la photocycloaddition, une bibliothèque de 50 composés structuralement analogues à la biyouyanagine a pu être composée
La photocycloaddition est une technique de chimie organique qui permet grâce à un rayonnement ultra-violet, de combiner deux molécules insaturées, ou deux parties d’une molécule, pour former un seul adduit cyclique.

Les plantes du genre Hypericum (Clusiaceae) sont exploitées depuis longtemps et la plus connue est Hypericum perforatum ou Millepertuis prescrite dans le traitement de la dépression.

Hypericum chinense a conduit à la découverte de plusieurs composés bioactifs, les biyouyanagines A et B
La biyouyanagine A a montré une activité inhibitrice sélective de la réplication du VIH dans les lymphocytes H9 avec un EC50  [1] de 0.798 microgramme par millilitre , alors que les cellules H9 non infectées croissent avec des taux supérieurs à 25 microgrammes par millilitre. Ces chiffres lui confèrent un index thérapeutique supérieur à 31.3, faisant de ce composé un agent prometteur dans la lutte antiVIH.
Par ailleurs, une activité inhibitrice de la production de cytokines induite par les lipopolysaccharides au niveau des PBMC (Peripheral Blood Mononuclear Cell) a également été démontrée.

De tous les isomères testés, le composé bioactif naturel biyouyanagine B et le composé biyouyanagine C , nouvellement synthétisé, semblent les plus prometteurs, avec des IC50  [2] respectives de 42.90 micromoles et de 83.97 micromoles, comparées au biyouyanagine A qui affiche une IC50 à 123.4 micromoles.

L’évaluation biologique des composés de la librairie a permis de mettre en évidence le biyouyanagine 53, obtenu après photocycloaddition qui présente un IC50 de 7.00 micromoles et qui aurait ainsi selon les chercheurs, un potentiel comparable à celui de l’AZT.

La recherche de molécules bioactives, une stratégie au cœur du développement pharmaceutique

Le principe est de synthétiser à partir d’une base moléculaire, « un lead ou tête de série », un grand nombre de composés aux groupements fonctionnels périphériques variés, afin d’optimiser l’activité de la molécule initiale. On parvient ainsi à constituer des "librairies" de molécules, proposant quelques dizaines, voire plusieurs milliers de composés qui seront testés, grâce à des méthodes automatiques, sur la cible thérapeutique afin d’étudier la relation entre la structure de la molécule et son activité.


Source :
-  Design, synthesis, and biological evaluation of a biyouyanagin compound library
K. C. Nicolaou, S. Sanchini, D. Sarlah, G. Lu, T. Robert Wu, D. K. Nomura
article à consulter en ligne : PNAS

-  Scripps research institute  : Scripps research teal creates new synthetic compound with HIV-fighting promise


[1] La concentration efficace 50 est un paramètre de quantification expérimentale de l’effet in vitro des médicaments, c’est-à-dire de la réponse fonctionnelle in vitro aux médicaments. Elle correspond à la concentration de médicament produisant 50 % de l’effet maximal observé.

[2] L’IC50 est la concentration de biyouyanagin nécessaire pour obtenir 50% d’inhibition de la réplication du VIH en culture cellulaire au laboratoire.

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