Les chimpanzés meurent aussi du sida

Publié le 28.07.2009 | par Claire Criton

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Pan troglodytes schweinfurthii ; Wikimedia commons ; GNU Free Documentation License, Version 1.2

Les chimpanzés vivant en liberté peuvent être malades du sida suite à une infection par le virus simien de l’immunodéficience, l’ancêtre du VIH. Cette découverte publiée dans la revue Nature remet en cause le fait que les virus simiens de l’immunodéficience (VIS) ne provoquent pas de sida (syndrome d’immunodéficience acquise) chez leurs hôtes naturels, les singes.

Mort prématurée, système immunitaire affaibli, corps fatigué et amaigri : des chercheurs ont retrouvé sur des chimpanzés du parc national de Gombe, en Tanzanie, les mêmes symptômes et les mêmes signes que sur des humains souffrant du sida.

Dans le parc national de Gombe, les chercheurs ont suivi pendant neuf ans 94 chimpanzés dont la plupart sont habitués à la présence humaine. Beatrice Hahn (université de l’Alabama, E-U) et ses collègues n’ont procédé à aucun prélèvement sur les singes : ils ont collecté des échantillons d’urines et d’excréments puis ont autopsié certains individus après leur mort.

Les grands singes du parc de Gombe appartiennent à la sous-espèce de chimpanzés Pan troglodytes schweinfurthii. C’est une autre sous-espèce, celle des chimpanzés de la côte ouest de l’Afrique (Pan troglodytes troglodytes), qui héberge le VIScpz qui est passé à l’homme, donnant naissance au VIH-1 responsable de la pandémie. Le sida n’avait pour l’instant jamais été observé chez ces singes. La population de Gombe semble être victime d’une contamination récente par le virus.

Les anticorps dirigés contre le VIS du chimpanzé (VIScpz) peuvent être isolés dans les urines ; l’ADN viral et l’ADN des chimpanzés est isolé à partir des fèces. De cette façon, les chercheurs ont pu observer que les chimpanzés atteints par le VIScpz avaient un risque de décès plus élevé (de 10 à 16 fois) que les autres grands singes de leur groupe. Les autopsies ont montré que leur population de lymphocytes CD4 (les cellules visées par le virus, comme chez l’humain) était affaiblie. Sur le corps de l’une des femelles, décédée trois ans après l’infection par le VIScpz, les chercheurs ont retrouvé les mêmes signes que sur celui d’un humain aux derniers stades du sida.

Bien qu’une étude sur un plus grand nombre de chimpanzés soit nécessaire pour confirmer le pouvoir pathogène du VIScpz, ces résultats fournissent une opportunité unique de comparer les modes d’actions de deux virus très proches chez deux espèces très proches. Une telle approche serait susceptible d’accélérer l’identification des facteurs viraux et liés à l’hôte dans la progression de l’infection par le VIH et par le VIS.

Dans la presse scientifique :

-  "Increased mortality and AIDS-like immunopathology in wild chimpanzees infected with SIVcpz"  ; Brandon F. Keele, James Holland Jones, Karen A. Terio, Jacob D. Estes, Rebecca S. Rudicell, Michael L. Wilson, Yingying Li, Gerald H. Learn, T. Mark Beasley, Joann Schumacher-Stankey, et al ; Nature 460, 515-519 (23 July 2009) doi:10.1038/nature08200 Letter

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