Les couples, les grands oubliés de la prévention du VIH

Publié le 19.01.2011 | par Claire Criton

Les couples représentent une des cibles les plus accessibles de la prévention du VIH. Le risque de transmission du VIH au partenaire indemne diminuerait de 92 % à partir du moment où le partenaire infecté est mis sous antirétroviraux. Des études montrent la nécessité, notamment en Afrique, de cibler les couples stables sérodifférents dans les actions de prévention.

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Prévention du sida : cibler les couples

Plus de 8 couples infectés sur 10 ignorent leur infection VIH au Kenya

L’étude "Kenya AIDS indicator Survey", réalisée en 2007, a étudié la séro-prévalence dans 9 691 foyers, soit 17 940 individus :

- l0 % des couples testés comptaient un membre atteint par le VIH ;
- 6 % des couples sont “sérodifférents” (un des 2 partenaires n’est pas (encore) contaminé) ;
- 4 % des couples ont les 2 partenaires infectés par le VIH ;
- 84 % des couples ignoraient leur infection VIH avant l’enquête.

Seuls 16 % des couples infectés par le VIH connaissaient leur séropositivité, ce qui montre les failles de l’offre de dépistage en Afrique subsaharienne.

Plus de la moitié des couples se trouvent dans une situation où l’un des 2 partenaires n’est pas infecté, mais où rien n’est fait pour protéger le partenaire indemne.

En Ouganda, 74 % des épisodes de transmission du VIH se font au sein de couples mariés.

Dans d’autres pays d’Afrique de l’Est et d’Afrique australe, il semblerait que la situation soit identique.

Il faut porter les efforts de prévention sur les couples stables séro-différents.

Différentes enquêtes ont confirmé que :

- au sein des couples sérodifférents, une minorité des partenaires exposés connait le statut de son conjoint(e) : 8,3 % lorsque c’est l’homme qui est infecté et 1,8 % lorsque c’est la femme (versus 15 % lorsque les 2 partenaires sont infectés) ;
- les personnes exposées ne se protègent pas lors des rapports, puisqu’elles ignorent que leur partenaire est contaminé(e) ;
- dans le cas, rare, où l’infection VIH d’un des membres du couple est connue, l’idée qui prévaut c’est que son partenaire habituel est “forcément” lui aussi infecté donc qu’il est inutile de renforcer la prévention pour ce(tte) partenaire.

Une enquête réalisée conjointement au Kenya et en Ouganda montre que 70 % des personnes interrogées pensent que la sérodifférence au sein d’un couple est une situation très rare, voire impossible.

Le risque de transmission du VIH au partenaire indemne diminue de 92 % à partir du moment où le partenaire infecté est mis sous antirétroviraux.

Ces chiffres sont le résultat d’une étude réalisée par le réseau Partners in Prevention qui a suivi des couples sérodifférents dans 7 pays d’Afrique.

Les traitements antirétroviraux comme outil de prévention

Les modèles mathématiques suggèrent en effet que la mise sous traitement antirétroviral actif de tous les patients infectés par le VIH aboutirait à l’interruption quasi-totale de toute transmission du virus d’ici à 5 ans, et à l’éradication de celui-ci d’ici à 2050.

Sept grands essais de prophylaxie pré-exposition sont en cours, en Afrique, en Asie, en Amérique latine et aux États-Unis. Ils concernent des populations très diverses : couples sérodifférents, prostituées, usagers de drogues injectables, homosexuels masculins. Les premières réponses sont attendues pour 2011.

Aller au-devant des populations à tester

Il faut impérativement réfléchir à des stratégies alternatives de dépistage. En effet, 84 % des couples infectés ne connaissent pas leur statut VIH plus de 20 ans après le début d’une épidémie dévastatrice !

Attendre dans les centres de traitement que les patients se présentent ne semble plus envisageable. Les interventions de dépistage doivent se recentrer sur les communautés, en allant au-devant des populations à tester.

Mais le dépistage au “porte-à-porte” dans les communautés suscite de grosses interrogations en termes d’éthique, de liberté de choix des personnes testées, de la qualité de l’annonce et de la confidentialité.

La prévention, un échec dans les pays à ressources limitées ?

2 chiffres sont à méditer :

- pour chaque patient mis sous traitement en 2008, on estime que 2,5 nouveaux patients ont été contaminés ;
- si on applique les nouveaux critères de l’OMS, qui recommandent la mise en route de traitements antirétroviraux dès que les patients ont moins de 350 CD4/mm3, le nombre de patients qui nécessitent un traitement est estimé à 15 millions, soit presque 4 fois plus que le nombre de patients actuellement traités.


Dans la presse scientifique

- P. Tattevin ; “ Les couples au cœur des nouvelles stratégies de prévention ” ; La lettre de l’infectiologue n°2, Avril 2010


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