Les ravages du sida sur les systèmes de santé des pays africains

Publié le 28.05.2009 | par Claire Criton

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Dans une étude récente, Christina Paxson et Anne Case, deux économistes de Princeton, s’inquiètent des ravages du sida sur les systèmes de santé des pays africains.

Des enquêtes détaillées ont été réalisées auprès de mères de familles dans quatorze pays africains, dont huit où les taux d’infection sont relativement faibles (Burkina Faso, Cameroun, Côte-d’Ivoire, Ghana, Guinée, Mali, Niger et Sénégal) et six où ils sont élevés (Ethiopie, Kenya, Malawi, Tanzanie, Zambie et Zimbabwe).
Des questions ont été posées sur les circonstances de la naissance de chaque enfant : la mère a-t-elle reçu des soins prénataux ? Où la naissance a-t-elle eu lieu ? L’enfant a-t-il été vacciné ?

Dans les pays où la prévalence du sida est importante, la qualité des soins prénataux et le nombre de vaccinations reçues se sont fortement dégradés dans les années 1990 et 2000.
Au Malawi, par exemple, la proportion des femmes qui ont eu une prise de sang pendant leur grossesse est passée de 54 % en 1995 à 20 % 2005.
En Tanzanie, 75 % des femmes déclaraient qu’on leur avait pris la tension au moins une fois pendant leur grossesse en 2000 contre 64 % en 2004.
En Zambie, 51 % des naissances avaient lieu en présence d’une infirmière ou un médecin en 1988 et seulement 37 % en 2002.
Dans les pays où le sida est peu répandu, on constate une amélioration des indicateurs de santé au cours de la même période ce qui semble indiquer que cette évolution n’est pas due à une détérioration générale de la qualité des soins en Afrique.

Pour analyser l’effet du sida, les auteurs font l’hypothèse qu’en son absence, les pays les plus touchés auraient connu une évolution similaire à celle des pays les plus épargnés.

Les conclusions de cette étude sont très inquiétantes. Dans un pays où le taux de sida a augmenté de 10 %, une mère a 17 % moins de chance d’avoir reçu des soins prénataux, un enfant a 14 % moins de chance d’être né en présence d’un professionnel de santé et 20 % moins de chance d’avoir été vacciné contre la polio, la rougeole et la tuberculose.

L’explication de ce phénomène tiendrait à la dégradation de la qualité des soins dispensés par les services de santé publique dans les pays les plus touchés par le sida. Il y a moins de personnel, les visites sont plus courtes. Le sida met à rude épreuve des services de santé déjà fragilés avant l’épidémie et où les ressources humaines et matérielles n’ont pas augmenté en proportion des nouveaux besoins. Cela met en danger des soins simples, mais vitaux.

Il est difficile à l’heure actuelle de savoir si l’introduction des antirétroviraux dans ces pays africains libère des ressources pour les soins de base (en conservant les personnes séropositives en bonne santé) ou si elle rend la situation encore plus délicate (en mobilisant du personnel et des fonds qui ne sont pas remplacés).

L’élaboration des programmes de lutte contre le VIH en Afrique devra dorénavant prendre en compte la fragilisation des systèmes de santé de ces pays et toutes les victimes indirectes du sida.

Dans la presse scientifique :

-  “The impact of the AIDS pandemic on health services in Africa : Evidence from Demographic Health Surveys”  ; Anne Case (Princeton University) ; Christina Paxson (Princeton University) ; lire

Voir en ligne :

- Libération.fr

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