Les toxidermies, plus fréquentes au cours de l’infection par le VIH

Publié le 08.12.2010 | par Claire Criton

Les toxidermies sont relativement plus fréquentes au cours de l’infection à VIH/sida. Du fait de la prévalence élevée des co-infections VIH et tuberculose en Afrique subsaharienne, des cas de syndrome de Lyell ont été rapportés au cours de traitement anti tuberculeux. Cette nécrolyse épidermique toxique reste rare, mais est importante à connaître car elle met en jeu le pronostic vital.

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Toxidermie et sida

Le syndrome de Lyell est plus fréquent dans l’infection à VIH/sida.

L’incidence de ce syndrome est 10 à 100 fois plus élevée au cours de l’infection par VIH que dans la population générale.

On utilise le nom de syndrome de Lyell (synonymes : nécrolyse épidermique, nécrolyse épidermique toxique, toxic epidermal necrolysis [TEN]) pour les formes les plus étendues, et celui de syndrome de Stevens-Johnson (SJS) pour les formes limitées de nécrolyse épidermique. La terminologie actuelle des équipes européennes les plus impliquées est de parler de SJS-TEN ou de nécrolyse épidermique comme d’une maladie unique avec des degrés divers de sévérité.

La nécrolyse épidermique est une maladie dermatologique aiguë et très grave.

Due à une « allergie médicamenteuse », elle est caractérisée par la destruction brutale de la couche superficielle de la peau et des muqueuses. Le pronostic est grave, 20 à 25 % de mortalité et près de 50 % de séquelles, en particulier oculaires, chez les survivants.

Les principaux responsables dans l’infection à VIH sont les traitements des infections et les antirétroviraux.

Les toxidermies sont observées au cours des traitements de :

- la pneumocystose : association triméthoprime-sulfaméthoxazole ;
- la toxoplasmose : association pyriméthamine-sulfadiazine, pyriméthamine-clindamycine ;
- les infections bactériennes : pénicilline, association amoxicilline-acide clavulanique ;
- la tuberculose : isoniazide, rifampicine, thiacétazone.

Certains antirétroviraux appartenant aux trois classes d’antiviraux peuvent aussi être responsables de toxidermies sévères :

- la névirapine, responsable d’exanthèmes maculo-papuleux chez 10 % des patients. C’est le médicament le plus souvent en cause dans les toxidermies bulleuses graves.
- l’abacavir, responsable d’un syndrome d’hypersensibilité médicamenteuse chez 4 % des patients (nécessité de détection du marqueur HLA-B-5701 avant le début du traitement).

Les toxidermies représentent plus de 40 % des effets secondaires des antituberculeux

Le plus souvent il s’agit de réactions bénignes à type de rash cutané. Le syndrome de Lyell est rare et survient essentiellement chez les patients co-infectés par le VIH et la tuberculose.

Trois cas de syndrome de Lyell ont été récemment publiés en Cote d’ivoire lors d’un traitement antituberculeux chez des patients séropositifs non traités.

Les trois malades étaient non traités par des antirétroviraux et prenaient un traitement antituberculeux standard (association rifampicine, isoniazide, éthambutol et pyrazinamide).

Les lésions sont apparues au cours de la phase d’attaque du traitement antituberculeux (quatorzième jour, vingtième jour et quarante-cinquième jour).

Deux malades sur trois sont décédés.

La rifampicine pourrait être la principale responsable car elle est habituellement associée à un risque élevé de toxidermie.

Le taux de mortalité reste élevé dans le syndrome de Lyell.

Ce syndrome est de mauvais pronostic du fait de son étendue, des lésions viscérales associées, des désordres hydroélectrolytiques et des risques de sur-infection.

L’identification du médicament responsable est importante, car son éviction rapide est un facteur de bon pronostic. Cependant cette recherche n’est pas toujours facile chez les sujets séropositifs souvent polymédiqués.

La surveillance d’un patient tuberculeux co-infecté par le VIH doit être rigoureuse et il faudra prévenir le malade de la nécessité de consulter rapidement devant toute atteinte cutanée.


Dans la presse scientifique

- KOUASSI B. ; HORO K. ; VILASCO B. ; “ Syndrome de Lyell chez trois malades VIH (+) sous traitement antituberculeux ” ; Revue des maladies respiratoires A. 2010, vol. 27, n° 3, pp. 247-250

- Éric Caumes, Philippe Bossi, Christine Katlama, François Bricaire ; “ Toxidermies dues aux antirétroviraux chez les patients infectés par le VIH ” ; La Presse Médicale Vol 32, N° 28 - septembre 2003

- P. Pitche, C. Drobacheff-Thiebaut, B. Gavignet, M. Mercier, R. Laurent ; “ Toxidermie à la névirapine Étude des facteurs de risque chez 101 malades infectés par le VIH ” ; Annales de Dermatologie et de Vénéréologie Vol 132, N° 12 - décembre 2005 pp. 970-974

- Jean-Claude Roujeau ; “ Syndromes de Lyell et de Stevens-Johnson ” ; Rev Prat 2007 ; 57 : 1165-70 ; lien


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