Lésions précancéreuses du col utérin et infection à VIH

Publié le 05.10.2010 | par Claire Criton

Les lésions précancéreuses du col utérin seraient 2,4 fois plus fréquentes chez les femmes séropositives que chez les femmes séronégatives, d’après une étude réalisée en République centrafricaine. Dans les pays en voie de développement, le risque de cancer invasif du col viendrait s’ajouter aux infections opportunistes dont la prise en charge est difficile.

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Dysplasie cervicale et sida




Alors que les infections opportunistes au cours de l’infection à VIH sont mieux contrôlées, les cancers, dont celui du col utérin, sont devenus une cause significative de morbidité et de mortalité pour les malades.

Le carcinome du col de l’utérus est la première cause de mortalité par cancer dans les pays en voie de développement

Il est aussi, en termes d’incidence, au deuxième rang des cancers chez la femme dans le monde avec près de 493 000 nouveaux cas estimés en 2002 et plus de 500 000 en 2005. Le cancer du col de l’utérus a provoqué, en 2005, près de 260 000 décès dont près de 95 % dans les pays en développement.

Dans les pays industrialisés, l’amélioration des conditions d’hygiène et de vie ainsi que l’apparition il y a une cinquantaine d’années d’un test cytologique de dépistage, le frottis cervico-utérin, a permis de faire chuter l’incidence et la mortalité de ce cancer.

De par son évolution lente et l’existence de nombreuses lésions précancéreuses curables, il s’agit d’un cancer pouvant potentiellement devenir une maladie rare.

Le carcinome du col de l’utérus est une pathologie d’origine infectieuse.

L’infection persistante par un papillomavirus humain (HPV) à haut risque oncogène est considérée comme la cause principale du cancer du col utérin. Le cancer invasif du col de l’utérus a une évolution lente et met en général plus de quinze ans à se développer, depuis la primo-infection par un papillomavirus humain (HPV) oncogène à tropisme génital jusqu’aux différentes lésions histologiques précancéreuses accompagnant la persistance de l’infection.

Le nombre de nouvelles infections génitales chez la femme par un HPV dans le monde est estimé à 30 millions par an. Il est estimé que 50 à 75 % des femmes de 15 à 44 ans sont ou ont été exposées aux HPV.

Ce virus est transmis préférentiellement par contact sexuel, souvent lors des premiers rapports. La prévalence de l’infection à HPV à haut risque oncogène est très dépendante de l’âge : élevée avant 30 ans, elle diminue ensuite progressivement avec l’âge avec parfois un pic vers 45-49 ans. Toutefois, il existe des variations de la prévalence selon l’âge entre les pays.

La prévention de la transmission est très difficile : les méthodes de contraception dites de barrière (préservatif par exemple) ne sont que partiellement efficaces car le virus peut être présent sur toute la zone anogénitale (y compris sur des zones non protégées par le préservatif) et il peut demeurer infectieux pendant des années.

La République centrafricaine est fortement affecté par le VIH

La séroprévalence de l’infection par le VIH y a été estimée à 14,3 % en 2003. Durant la même période, la prévalence des lésions précancéreuses du col au laboratoire d’anatomie et pathologique de Bangui la capitale était de 13,11 %, chiffre nettement supérieur à ceux des pays voisins, le Congo (3,5 %) et le Cameroun (7 %).

Une étude justifiée par la prévalence élevée des lésions précancéreuses du col dans la population féminine de Bangui

Cette étude avait pour objectif de déterminer la prévalence des lésions cervicales chez les femmes séropositives, de la comparer à celle des femmes séronégatives et d’identifier les différents types de lésions dans les deux groupes.

Il s’agissait d’une étude transversale allant de janvier 2006 à avril 2007 (16 mois). Les 500 patientes ont été recrutées parmi les femmes venues en consultation ou pour un dépistage systématique de l’infection à VIH au Centre National de Référence des Infections Sexuellement Transmissibles et de la thérapie antirétrovirale (CNRISTTAR) et le service de gynécologie de l’hôpital communautaire de Bangui. Chaque femme VIH positive était appariée à une femme séronégative de même âge ±3 ans.

Les lésions précancéreuses du col utérin seraient 2,4 fois plus fréquentes chez les femmes séropositives que chez les femmes séronégatives.

Cette différence entre les deux groupes est également décrite par d’autres auteurs, quoique l’étude réalisée par Mbakop au Cameroun en 1996 n’ait pas noté une différence significative.

Cette forte prévalence des lésions précancéreuses chez les femmes séropositives était retrouvée dans les tranches d’âge de moins de 30 ans et 31 à 40 ans, avec un écart plus important dans la tranche de moins de 30 ans. En revanche, il n’y avait pas de différence significative entre les deux groupes au-delà de 40 ans. L’âge moyen de survenue des lésions épidermoïdes intraépithéliales (LEI) augmentait avec le grade cytologique quel que soit le statut sérologique des femmes, mais il était toujours plus bas chez les femmes séropositives quel que soit le type de LEI.

La prévalence des LEI était plus élevée chez les femmes qui avaient déclaré avoir un seul partenaire. Ce qui nous amène à penser que le VIH serait le facteur le plus important dans la genèse des lésions chez ces patientes et que la multiplicité des partenaires ne serait qu’un facteur favorisant pour l’infection à VIH et le papillomavirus humain.

L’immunodépression est un facteur de risque de cancer viro-induit tel que le cancer du col de l’utérus

L’infection à VIH, par le biais de l’immunodépression qu’elle entraîne, favoriserait la pathogénicité du papillomavirus et par conséquent aggraverait l’histoire naturelle des lésions précancéreuses. Cette hypothèse est renforcée par le constat fait par Maiman, à savoir, une augmentation de la prévalence des LEI qui va de pair avec la baisse des CD4. Le VIH et le papillomavirus humain seraient des facteurs indépendants qui contribueraient à l’apparition des LEI et ceci, quel que soit le nombre de partenaires sexuels.

La prévention et la surveillance des lésions précancéreuses permettraient d’éviter une évolution vers un cancer invasif

A Bangui, le risque de cancer invasif du col vient s’ajouter aux infections opportunistes dont la prise en charge est difficile dans les pays en voie de développement. L’accent doit être mis sur le dépistage systématique dans le cadre d’une prise en charge globale des femmes vivant avec le VIH. D’autres études seraient nécessaires pour identifier le type de HPV impliqué à Bangui, ce qui permettrait d’envisager la planification d’un programme de vaccination contre le HPV.


Dans la presse scientifique

- “ Dysplasies cervicales chez les femmes séropositives pour le VIH en zone de forte prévalence de l’infection ” ; Gynécologie Obstétrique & Fertilité, édition avancée en ligne du 23 Septembre 2010 B. Koffi, E. Serdouma, W. Mbolissa-Nguérékoudou, M. Ngadjou-Kouchou-Fondjo, V. Pengoussou-Gbatoumba, A. Sépou, G. Grésenguet

- “ Données épidémiologiques sur le cancer du col de l’utérus, état des connaissances, actualisation 2008 ” ; InVs

Pour en savoir plus

- “ Papillomavirus humain (HPV) : comment ai-je attrapé ça ? ” ; N. Gavillon, H. Vervaet, E. Derniaux, P. Terrosi, O. Graesslin, C. Quereux ; Gynécologie Obstétrique & Fertilité, Volume 38, Numéro 3, Mars 2010, Pages 199-204

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