Lipodystrophie associée au VIH : la tésamoréline semble confirmer ses promesses

Publié le 03.03.2010 | par Claire Criton

En 2009, le laboratoire Theratechnologies a soumis une Demande de drogue nouvelle (NDA) [1] à la Food and Drug Administration des Etats-Unis afin d’obtenir l’homologation de la tésamoréline pour le traitement de l’excès de graisse abdominale chez les patients atteints de lipodystrophie associée au VIH. La revue scientifique JAIDS (Journal of Acquired Immune Deficiency Syndromes) a publié dans l’édition du 1er mars les résultats de la seconde étude de phase 3, pour l’évaluation de la tésamoréline dans cette indication thérapeutique.

La lipodystrophie associée au VIH

La lipodystrophie associée au VIH est une complication grave comportant des effets à long terme pour laquelle il n’existe actuellement aucun traitement homologué.

Elle est caractérisée par des changements dans la composition corporelle comprenant notamment l’accumulation excessive de graisse viscérale. Certains patients peuvent aussi perdre de la graisse sous cutanée dans les extrémités (lipoatrophie), particulièrement au visage, aux membres et aux fesses.

Elle s’accompagne d’anomalies métaboliques comme l’insulinorésistance et la dsylipidémie (taux élevés de cholestérol LDL et de triglycérides, taux faibles de cholestérol HDL).

Ces changements dans la composition corporelle rendent les patients plus vulnérables aux affections cardiovasculaires ainsi qu’au diabète de type 2 et peuvent stigmatiser les patients infectés par le VIH et les inciter à ne pas adhérer à leur traitement antirétroviral.

En 2008, on estimait que parmi les 2 millions de patients infectés par le VIH (que l’infection ait été diagnostiquée ou non) en Amérique du Nord et en Europe, 285 000 d’entre eux souffraient de lipodystrophie associée au VIH.

Theratechnologies a estimé que d’ici 2012 environ 380 000 patients qui bénéficient d’une thérapie antirétrovirale pourraient être atteints de lipodystrophie associée au VIH en Amérique du Nord et en Europe.

La tésamoréline

La tésamoréline est un analogue stabilisé du facteur de libération de l’hormone de croissance (GRF) qui induit la production et la sécrétion de l’hormone de croissance (GH) de façon spécifique et physiologique.

Elle possèderait plusieurs propriétés bénéfiques :
- réduction de la graisse viscérale, sans affecter la graisse sous-cutanée et sans détériorer le contrôle glycémique (glucose dans le sang) ;
- augmentation de la masse musculaire ;
- amélioration du profil lipidique.

Elle présenterait un bon profil d’innocuité et comporterait moins d’effets secondaires que l’administration de l’hormone de croissance.

L’étude

Les résultats d’une étude de phase 2 contrôlée par placebo menée chez des hommes et des femmes infectés par le VIH et présentant une accumulation de graisse viscérale avait démontré qu’une dose de 2 mg de tésamoréline administrée une fois par jour pendant 12 semaines réduisait la graisse viscérale. Compte tenu de ces résultats, deux études contrôlées par placebo de phase 3 multicentriques, randomisées et à double insu ont été démarrées pour évaluer la tésamoréline chez les patients atteints de lipodystrophie associée au VIH.

Les résultats de la première étude clinique de phase 3 ont été publiés en 2008 montrant déjà des résultats encourageants.

La revue scientifique JAIDS vient de publier dans l’édition du 1er mars les résultats de la seconde étude de phase 3.

Cette étude contrôlée par placebo s’est déroulée sur 12 mois de janvier 2007 à octobre 2008. Elle a été conduite sur un échantillon de 404 patients infectés par le VIH et présentant un excès de graisse abdominale dans le contexte d’un traitement antirétroviral. La tésamoréline était injectée quotidiennement à la dose de 2 mg en sous-cutanée.

Les résultats

Le traitement par tésamoréline a entraîné une réduction de 18 % de la graisse viscérale après 12 mois sans effets secondaires significatifs. Les patients ont présenté une amélioration de la perception de l’image corporelle, et donc de l’estime de soi et du bien-être général. Les patients sous placébo ont présenté une diminution de seulement 1 % de la graisse viscérale abdominale

L’interruption de la tésamoréline après 6 mois de traitement a eu pour conséquence une ré-accumulation de graisse viscérale chez les patients concernés.

Aucun effet secondaire notable sur le métabolisme du glucose n’a été constaté.

Conclusion

Les caractéristiques de la tésamoréline en font un candidat de choix pour le traitement de l’excès de graisse viscérale, un aspect important de la lipodystrophie associée au VIH.
Theratechnologies attend le verdict de la FDA américaine (Food and Drug Administration) pour fin mars 2010. Si la tésamoréline est autorisée aux États-Unis, elle devrait s’appeler « Egrifta » dans ce pays. Il s’agirait alors du premier traitement disponible contre l’adiposité abdominale VIH.

Dans la presse scientifique

-  “Effects of tesamorelin, a growth hormone-releasing factor, in HIV-infected patients with abdominal fat accumulation : a randomised placebo-controlled trial with a safety extension”  ;Falutz, Julian ; Potvin, Diane ; Mamputu, Jean-Claude ; Assaad, Hani ; Zoltowska, Monika ; Michaud, Sophie-Elise ; Berger, Daniel ; Somero, Michael ; Moyle, Graeme ; Brown, Stephen ; Martorell, Claudia ; Turner, Ralph ; Grinspoon, Steven ; J Acquir Immune Defic Syndr, advance online publication, 2010.

-  "A placebo-controlled, dose-ranging study of a growth hormone releasing factor in HIV-infected patients with abdominal fat accumulation"  ; Falutz, J et al ; AIDS. 2005 August 12 ;19(12):1279-87.

Voir aussi en ligne

- Theratechnologies

- aidsmap


[1] Dossier qui apporte l’ensemble des études nécessaires lesquelles, en principe, doivent avoir été réalisées en territoire américain (exceptionnellement à l’étranger) et démontrer que le médicament est " sûr " et " efficace ". Il précise toutes les opérations de fabrication, de contrôle, de conditionnement du médicament, les indications, contre-indications, effets indésirables.

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