Lymphomes non hodgkiniens chez les patients co-infectés VIH-VHC sous HAART

Publié le 29.11.2010 | par Patricia Fener

Une étude publiée dans "La Revue de Médecine Interne" montre une résurgence des lymphomes non hodgkiniens de la zone marginale chez les patients co-infectés par le VIH et le virus de l’hépatite C à l’ère de la trithérapie antivirale. Au niveau pathogénique, le rôle de la stimulation antigénique chronique par le VHC semble plus déterminante que l’immunodépression induite par le VIH, mettant en évidence l’intérêt du traitement anti-VHC chez les patients co-infectés et porteurs de lymphomes non hodgkiniens.

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VIH- VHC, lymphomes non hodgkiniens ;Wikimedia commons, GNU Free Documentation License

Les patients infectés par le VIH ou le virus de l’hépatite C (VHC) présentent un risque augmenté de développer un lymphome B non hodgkinien (LNH)
Au cours de l’infection à VIH, il s’agit préférentiellement de lymphomes B non-hodgkiniens à grandes cellules (DLBCL) et de lymphomes de Burkitt.
L’infection à VHC quant à elle, est plutôt associée à des lymphomes non hodgkiniens de la zone marginale (LZM) et à des lymphomes B non-hodgkiniens à grandes cellules (DLBCL).

Plusieurs études réalisées avant l’ère du traitement antirétroviral hautement actif (HAART) n’ont pas mis en évidence de sur-risque de LNH chez les patients co-infectés VIH-VHC par rapport aux sujets mono-infectés VIH.

SOUS HAART

Cohorte française ANRS CO16 Lymphovir
Les caractéristiques des lymphomes non hodgkiniens ont pu être étudiées grâce aux données de patients infectés par le VIH et le VHC, porteurs de ce type de tumeur et inclus dans la cohorte française ANRS CO16 Lymphovir, après relecture histologique centralisée par un comité d’experts.

Caractéristiques des patients au moment du diagnostic de lymphomes non hodgkiniens
Parmi les 49 patients inclus dans la cohorte, six étaient co-infectés VIH-VHC :

- la durée médiane entre l’infection à VIH et le diagnostic de LNH était de 11 ans ;

- un seul patient avait des antécédents de manifestations classant sida avant le LNH ;

- concernant les génotypes du VHC, il y avait 3 cas de génotype 1, 1 de génotype 2, 1 de génotype 4 et 1 non disponible ;

- au moment du diagnostic de LNH, 4 patients étaient sous traitement antirétroviral hautement actif (HAART) avec une charge virale VIH indétectable et une charge virale VHC médiane de 6,0 log ;

- concernant les manifestations extrahépatiques associées à l’infection par le virus de l’hépatite C, la recherche de cryoglobulinémie n’avait pas été réalisée, 1 patient avait un pic monoclonal IgMκ et aucun n’avait de facteur rhumatoïde positif.

Types histologiques des LNH
L’étude histopathologique d’une biopsie de ganglion ou d’un viscère intéressé par le tissu tumoral a permis de mettre en évidence :

- Un lymphome non hodgkinien de la zone marginale chez 4 patients.

Les lymphomes de la zone marginale se décomposent en trois sous-types qui se distinguent par le site d’envahissement :

  • les lymphomes extraganglionnaires qui se développent à partir du tissu lymphoïde associé aux muqueuses (MALT) ;
  • les lymphomes spléniques ;
  • les lymphomes ganglionnaires.

Ils sont le résultat de la prolifération maligne de lymphocytes B mémoire, avec de façon générale, mise en cause au niveau étiopathogénique d’une possible stimulation antigénique chronique par des agents pathogènes microbiens ou par des autoantigènes.

- Un lymphome B non hodgkinien diffus à grandes cellules (DLBCL), sans association avec le virus d’Epstein Barr, chez 2 patients.

L’ensemble des patients présentaient une atteinte extraganglionnaire (digestive, hépatique, splénique et au niveau de la moelle osseuse).

Evolution variable sous traitement

Le taux de CD4 médian était 449 par mm3 (200–1322).

Tous les patients ont été traités par HAART, avec dans un cas l’association à du Peg interferon/ribavirine.

Quatre patients ont reçu une chimiothérapie avec une bonne réponse hématologique chez 3 d’entre eux.

Un patient porteur d’un LNH splénique à lymphocytes villeux, mis sous HAART puis ayant bénéficié d’un traitement anti-VHC, a obtenu une réponse hématologique sous traitement antiviral C, corrélée à la réponse virologique sur le VHC.

Deux patients ont été victimes d’un choc septique et d’une ischémie myocardique et sont décédés.

AVANT HAART

Comparaison avec 8 patients VIH/VHC et porteurs d’un lymphome B non hodgkinien avant l’ère des HAART
Les lymphomes non hodgkiniens se développaient chez des patients présentant un déficit immunitaire sévère.

Six patients sur huit avaient des antécédents d’événements cliniques classant sida, et le taux de CD4 médian était de 15 par mm3 (4–385) [vs 449 chez les patients après HAART (p = 0,005)].

En ce qui concerne les types histologiques, avant les trithérapies antirétrovirales les LNH de haut grade étaient prédominants. Aucun cas de LNH de la zone marginale n’a été répertorié dans ce groupe.


Source :
-  Prévalence élevée des lymphomes de la zone marginale chez les patients co-infectés VIH-VHC à l’ère de la trithérapie anti-virale : cohorte ANRS CO16 Lymphovir
B. Terrier, P. Cacoub, D. Costagliola, H. Chavez, D. Canioni, L. Escaut, L. Letranchant, P. Morineau-Le Houssine, A. Simon, Y. Taoufik, M. Raphael, C. Besson
La Revue de Médecine Interne, 2010, Vol. 31, Sup 3, pp. S397-S398

Pour en savoir plus :
-  Réponse histologique chez les malades co-infectés VIH-VHC traités par peginterféron alpha-2a plus ribavirine dans l’étude apricot
G. Pialoux, C. Katlama, J.M. Molina, J.A. Gastaut, J. Reynes, C. Trépo, F. Torriani
Gastroentérologie Clinique et Biologique, 2005, Vol. 29, N° 8-9, p. 899

- Oncolor : Lymphomes malins non hodgkiniens

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