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Mesures de lutte contre l’infection à VIH dans le plan 2010-2014 de prise en charge sanitaire des personnes détenues

Publié le 08.11.2010 | par Patricia Fener

En raison de taux de prévalence élevés des infections par le VIH et le virus de l’hépatite C (VHC) chez les personnes détenues, le "Plan d’actions stratégiques 2010-2014 : Politique de santé pour les personnes placées sous main de justice" propose une série de mesures pour améliorer le dépistage de ces deux infections et assurer une meilleure prise en charge des prévenus infectés.

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VIH, sida, hépatites, IST, prison, milieu carcéral ;Wikimedia commons

Des chiffres révélateurs
Les taux de prévalence des infections par le VIH et le VHC sont estimés à 1,04% pour le VIH et 4,2% pour le VHC en milieu carcéral, alors que dans la population générale la prévalence est respectivement de 0,23% et 0,84 %.

Cette différence s’explique par une surreprésentation des usagers de drogues par voie intraveineuse dans les prisons et par des pratiques à risque exposant les non injecteurs à une contamination par le VIH ou par les virus des hépatites B et C (rapports sexuels non protégés, pratique du tatouage et du piercing avec du matériel inadéquat, échange de rasoirs, matériel de coiffure, brosses à dents…).

Les personnes détenues infectées par le VIH et/ou le VHC, déclarées par les services médicaux en milieu pénitentiaire, représentent 5,3% de la population pénale, soit un peu plus d’un détenu sur 20 .

Les chiffres au 1er septembre 2010 faisaient état de 60.789 personnes écrouées, en détention au sein de 199 établissements pénitentiaires [1].

Le plan 2010-2014 propose une série de mesures pour mieux estimer, dépister et prendre en charge ces pathologies
- Réalisation d’une enquête sur la prévalence de l’infection à VIH, de l’hépatite et des traitements de substitution en milieu carcéral qui comprendra deux volets :

  • Le premier volet consistera à estimer les taux de prévalence à partir d’un questionnaire permettant de recueillir par l’intermédiaire des unités de soins ambulatoires (UCSA) des données provenant du dossier médical de 2.100 détenus tirés au sort, dans 27 établissements pénitentiaires également tirés au sort.
  • Le deuxième volet portera sur l’offre de soins vis-à-vis du VIH et des hépatites virales (dépistage, vaccination, traitements et traitements de substitution aux opiacés, soutien aux malades) qui sera évaluée par un questionnaire adressé à toutes les UCSA d’établissement pénitentiaire (le dernier recensement de mai 2010 en comptait 187).

- Evaluation de l’application des recommandations de la politique de réduction des risques (RDR) infectieux en milieu carcéral et mise en évidence des disparités entre UCSA et établissements pénitentiaires.
En effet, conformément aux recommandations de la mission Santé/Justice sur la "Réduction des risques de transmission du VIH et des hépatites virales en milieu carcéral" et de l’expertise collective "Réduction des risques chez les usagers de drogue" réalisée par l’INSERM, il appartient au médecin de l’UCSA :

  • de s’assurer que les outils de prévention et de réduction des risques de transmission des maladies infectieuses sont mis à disposition des personnes détenues, à savoir
    • la distribution d’eau de javel avec guide d’utilisation ;
    • un accès aux préservatifs, aux gels ;
    • un traitements de substitution aux opiacés (méthadone et buprénorphine haut dosage) ;
    • un traitement post exposition ;
    • un accès aux matériels stériles de RDR liés à la toxicomanie.
  • de proposer des actions d’éducation pour la santé avec présentation des risques infectieux liés à certains comportements (sniff, tatouage, injections…).

Soutien des personnes détenues atteintes de maladies chroniques comme l’hépatite virale C et l’infection à VIH/Sida
Les personnes incarcérées et souffrant de maladies chroniques doivent pouvoir bénéficier des mêmes conditions de prise en charge et de soutien thérapeutique que la population générale.

Il est indispensable en effet d’assurer la continuité de la prise en charge thérapeutique car un arrêt du traitement lors de l’arrivée en détention est fréquente, expliqué par la crainte d’une rupture de la confidentialité et du risque de stigmatisation de la part des codétenus et du personnel pénitentiaire.

Pour faire face aux spécificités de l’infection à VIH/sida, il faut pouvoir proposer aux détenus infectés, à côté de l’éducation thérapeutique, un soutien et un accompagnement par l’intervention des associations.

Amélioration de l’accessibilité aux programmes de dépistage du VIH, des hépatites et des IST et la vaccination hépatite B à l’entrée et pendant la détention
- Proposer systématiquement le dépistage du VIH, des hépatites B et C, et de la syphilis lors de la visite d’entrée en prison et renouveler la proposition (à un mois d’intervalle) lorsque le test n’a pas été réalisé et au cours de l’incarcération (au moins 1 fois par an).

- Faciliter l’accès aux méthodes non invasives de l’évaluation de la fibrose hépatique.

- Etablir, à partir des dépistages VIH/VHC/VHB d’entrée et de sortie de détention, un recueil des données pour évaluer le nombre de séroconversions survenues en détention, les facteurs de risque de ces séroconversions et pour définir des priorités d’actions pour réduire leur fréquence.

- Proposer en complément pour les femmes un dépistage systématique des chlamydiae et des papillomavirus humain (HPV) lors de la visite d’entrée en milieu carcéral.

- Actualiser les recommandations concernant le dépistage du VIH et des IST (circulaire et/ou actualisation du Guide méthodologique de prise en charge sanitaire des personnes détenues).

La situation alarmante des femmes incarcérées
Bien que les femmes ne représentent que 4% de la population carcérale, elles apparaissent davantage affectées que les hommes par le VIH et l’hépatite B (respectivement 3,8 % et 2 % contre 0,9 % et 0,8 % pour les hommes) et se déclarent moins souvent que les hommes vaccinées contre l’hépatite B (un peu moins d’une sur cinq contre près d’un homme sur trois).
Ces taux de prévalences élevés incitent à penser que la prévalence des autres IST, notamment les Chlamydiae et les papillomavirus humain (PVH), doit également être élevée dans cette population.
De même, il ressort de cette enquête que les femmes ont été moins en contact avec le système de soins que la population générale. Un peu plus du quart d’entre seulement auraient bénéficié d’une consultation gynécologique.


Source :
-  sante.gouv : Politique de santé pour les personnes placées sous main de justice
-  la documentation française  : Rapport de la mission santé-justice sur la réduction des risques de transmission du VIH et des hépatites virales en milieu carcéral
- INSERM : Réduction des risques chez les usagers de drogue
-  sante.gouv  : Guide methodologique relatif à la prise en charge sanitaire des personnes detenues
-  sante.gouv  : CIRCULAIRE N° 27 DHOS/DGS/DSS/DGAS/DAP du 10 janvier 2005 relative à l’actualisation du guide méthodologique relatif à la prise en charge sanitaire des personnes détenues et à leur protection sociale.

Pour en savoir plus :
- Femmes et sida : Santé des femmes en prison : Focus sur l’infection à VIH
- Parlement européen : Femmes en prison Droits de la femme/Egalité des chances (12-03-2008) -


[1] Ces 199 établissements pénitentiaires se décomposent en 106 maisons d’arrêt, 87 établissements pour peine (incluant centres pénitentiaires, centres de détention, maisons centrales et centres de semi liberté autonomes) et 6 établissements pénitentiaires pour mineurs (EPM).

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