Mutilations sexuelles féminines : l’OMS s’adresse aux professionnels de santé

Publié le 08.02.2010 | par Patricia Fener

Bien que les mutilations sexuelles féminines soient internationalement considérées comme une violation des droits des jeunes filles et des femmes, elles continuent à être pratiquées, majoritairement sur des mineures. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) est préoccupée par cette situation d’autant plus que cette atteinte à l’intégrité des jeunes filles est de plus en plus souvent le fait de personnel médical qualifié.

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Rappel sur les mutilations sexuelles féminines

Les mutilations sexuelles féminines recouvrent toutes les interventions incluant l’ablation partielle ou totale des organes génitaux externes de la femme ou toute autre lésion des organes génitaux féminins qui sont pratiquées pour des raisons non médicales.

L’OMS classe les mutilations sexuelles féminines en quatre catégories :

1. La clitoridectomie : ablation partielle ou totale du clitoris et, plus rarement, seulement du prépuce.

2. Excision : ablation partielle ou totale du clitoris et des petites lèvres, avec ou sans excision des grandes lèvres.

3. Infibulation : rétrécissement de l’orifice vaginal par la création d’une fermeture, réalisée en coupant et en repositionnant les lèvres intérieures, et parfois extérieures, avec ou sans ablation du clitoris.

4. Autres : toutes les autres interventions néfastes au niveau des organes génitaux féminins à des fins non médicales, par exemple, piquer, percer, inciser, racler et cautériser les organes génitaux.

Selon le dernier rapport de l’OMS, le nombre de filles et de femmes ayant subi ces mutilations dans le monde serait estimé entre 100 et 140 millions et, chaque année, trois millions de filles sont susceptibles de subir ce type d’agression.
La pratique de ces mutilations sexuelles féminines a lieu partout dans le monde, mais semble plus fréquente dans les régions occidentales, orientales et nord-orientales de l’Afrique, dans certains pays d’Asie et du Moyen Orient, et parmi certaines communautés immigrantes d’Amérique du Nord et d’Europe qui invoquent un ensemble de raisons sociales et religieuses pour se justifier.

L’OMS est particulièrement préoccupée par la place de plus en plus importante qu’occupent les professionnels de santé dans la pratique de ces actes de mutilation et les engage vivement à ne pas s’y livrer et respecter la déclaration d’Helsinki de l’Association médicale mondiale de 1964 : « La mission du médecin est de promouvoir et de préserver la santé de l’être humain. »

Mutilations sexuelles et professionnels de santé

Dans la déclaration interinstitutions de 2008 "Eliminer les mutilations sexuelles féminines", l’OMS et ses partenaires rappellent que :
- Les professionnels de la santé qualifiés qui pratiquent les mutilations sexuelles féminines violent le droit des filles et des femmes à la vie, leur droit à l’intégrité physique, et leur droit à la santé. Ils violent également le principe éthique fondamental qui est de « ne pas porter préjudice » (« Do no harm »).
Le rapport de 2005 de l’UNICEF révélait déjà que des professionnels de la santé pratiquaient des mutilations sexuelles féminines.
Des études ont montré que, dans certains pays, un tiers au moins des femmes avaient fait pratiquer l’intervention sur leur fille par un professionnel de la santé qualifié. Il apparaît que ce phénomène tend à progresser dans un certain nombre de pays.

- En ce qui concerne la réinfibulation, l’une des formes de mutilations sexuelles féminines, cet acte est encore pratiqué de manière régulière après un accouchement dans certains pays.
Parmi les groupes qui ont émigré en Europe et en Amérique du Nord, des études indiquent que la réinfibulation est occasionnellement pratiquée, même là où elle est interdite par la loi.

- Les études menées pour déterminer les facteurs incitant les professionnels de la santé à pratiquer des mutilations sexuelles féminines, retrouvent bien sûr le gain économique, les pressions et un certain sens du devoir de répondre aux demandes de la communauté.
Dans les pays où ont émigré des populations qui pratiquent les mutilations sexuelles féminines, certains membres du personnel médical interprètent à tort les principes des droits de l’homme pour réaliser la réinfibulation au nom de la préservation de ce qu’ils perçoivent comme la culture du patient et le droit de celui-ci à choisir les interventions médicales, même lorsque le patient lui-même ne l’a pas demandé.

- Certains professionnels de la santé, des organisations non gouvernementales et des fonctionnaires de l’Etat, entre autres, présentent la médicalisation de ces pratiques comme une façon de réduire certains risques non maîtrisables par des exciseurs. Il apparaît cependant que même lorsqu’ils sont réalisés par des professionnels qualifiés, ces gestes ne sont pas nécessairement pratiqués dans de meilleures conditions sanitaires. De plus aucune preuve n’a été apportée montrant que la médicalisation apportait un bénéfice en terme de réduction des complications obstétricales ou des autres complications à long terme avérées.

- Le risque inhérent à la réalisation des mutilations sexuelles par du personnel médical est la légitimisation de ces actes qui pourraient être perçus à tort comme inoffensifs sur le plan médical, voire bénéfiques pour la santé des filles et des femmes. De plus, le personnel médical détenant souvent un pouvoir, une autorité, et bénéficiant d’un certain respect au sein de la société, le risque d’institutionalisation de ces pratiques au sein des sociétés est à redouter.

Les autorités de réglementation médicale et les associations professionnelles se sont jointes aux organisations des Nations Unies pour condamner les actions visant à médicaliser les mutilations sexuelles féminines.

Source :
- OMS
- Eliminer les mutilations sexuelles féminines

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