Néphropathies et infection à VIH, actualités

Publié le 15.09.2011 | par Claire Criton

Trois études françaises se sont intéressées aux atteintes rénales chez les patients infectés par le VIH/sida. Les marqueurs protéiques urinaires pourraient être une aide pour le diagnostic histologique des néphropathies. Les étiologies médicamenteuses constituaient la principale cause d’atteinte tubulo-interstitielle chez les patients infectés par le VIH. Le suivi du débit de filtration glomérulaire estimé semble indispensable pour surveiller la tolérance au ténofovir.

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Sida et rein

Une étude sur l’intérêt de marqueurs protéiques urinaires pour discriminer les différents types histologiques d’atteintes rénales chez les patients séropositifs

Cette étude rétrospective française a recueilli les caractéristiques clinico-biologiques et histopathologiques de 48 patients séropositifs ayant eu une biopsie rénale à l’hôpital Tenon entre le 1er janvier 2008 et le 30 avril 2011.

L’étude de la protéinurie combinait :
- la protéinurie totale ;
- le dosage sélectif des IgG,
- le dosage de l’albumine,
- le dosage de la transferrine,
- le dosage de l’alpha-1 microglobuline ;
- le dosage de la retinol-binding protein.

Les résultats étaient ensuite analysés par un logiciel rendant un profil protéique urinaire.

L’analyse combinée de marqueurs protéiques urinaires glomérulaires et tubulaires pourrait permettre de prédire le type d’atteinte parenchymateuse.

Les néphropathies observées chez les patients infectés par le VIH présentaient une diversité histologique

Les néphropathies observées étaient les suivantes :

- 21 (44 %) glomérulopathies dont :

  • 8 hyalinoses segmentaires et focales classiques ;
  • 7 néphropathies associées au VIH (HIVAN) ;
  • 3 glomérulonéphrites lupus-like dont un avec microangiopathie thrombotique ;
  • 2 néphropathies diabétiques ;
  • 1 glomérulosclérose mésangiale sans dépôts.

- 13 (27,1 %) atteintes tubulaires et/ou interstitielles aiguës (NTIA) dont :

  • 10 toxicités aiguës des antirétroviraux (7 Ténofovir, 1 Atazanavir, 1 Ritonavir) ;
  • 1 syndrome de reconstitution immunitaire ;
  • 1 syndrome d’infiltration lymphocytaire diffuse ;
  • 1 maladie de Castleman ;

- 3 (6,2 %) néphrites tubulo-interstitielles chroniques ;

- 4 (8,3 %) néphropathies vasculaires.

Le profil protéique urinaire semblait un outil d’orientation diagnostique intéressant

Les glomérulopathies restaient les diagnostics histologiques les plus fréquents, mais les entités lésionnelles affectant les secteurs tubulaires et/ou interstitiels représentaient 1/3 des diagnostics néphrologiques avec des étiologies essentiellement médicamenteuses et immunologiques.

Le débit de protéinurie totale était insuffisant pour discriminer entre glomérulopathies et atteintes tubulaires et/ou interstitielles aiguës.

L’intérêt diagnostic du profil protéique urinaire était d’être corrélé au type de lésion histologique. En effet, la combinaison des rapports albumine/protéinurie totale et transferrine/retinol-binding protein permettait de discriminer les glomérulopathies des atteintes tubulaires et/ou interstitielles aiguës.

Une étude sur la nature des néphropathies tubulo-interstitielles observées chez les patients infectés par le VIH/sida

Cette étude rétrospective française a inclus 59 patients séropositifs ayant bénéficié d’une biopsie rénale à l’hôpital Tenon entre janvier 1995 et avril 2011, et pour lesquels le diagnostic de néphropathie tubulaire et/ou interstitielle a été retenu, à l’exclusion des glomérulopathies.

L’incidence des néphropathies tubulo-interstitielles chez lez patients VIH était de 26,6 %.

Elles se répartissaient en 2 groupes : l
- les tubulopathies aiguës de sévérité variable ;
- les néphropathies interstitielles aiguës.

Les étiologies médicamenteuses, notamment les antirétroviraux, représentaient la principale cause d’atteinte tubulo-interstitielle chez les patients infectés par le VIH.

Le ténofovir était le principal agent causal de tubulopathies, mettant en évidence l’intérêt de la surveillance néphrologique des patients sous ténofovir.

Cette étude souligne également :
- la part des infections, notamment opportunistes dans les néphropathies interstitielles aiguës.

- l’émergence de nouvelles entités immunologiques comme les syndromes d’infiltration lymphocytaire diffuse et les syndromes de reconstitution immunitaire.

Une étude sur la relation entre le temps d’exposition à certains antirétroviraux (Ténofovir, Atazanovir, indinavir) et le déclin du débit de filtration glomérulaire estimé

À partir d’une cohorte de 1750 patients infectés par le VIH, 75 patients avec un débit de filtration glomérulaire estimé inférieur à 60 mL/min/1,73 ont été inclus dans l’étude. Ces patients ont bénéficié d’un suivi médian de trois ans.

Les relations entre le débit de filtration glomérulaire estimé moyen à l’inclusion et au cours du suivi, et l’exposition au traitement antirétroviral ont été étudiées.

L’analyse multivariée a montré une association entre la durée d’exposition au ténofovir et le déclin du débit de filtration glomérulaire estimé. Aucune association n’a été observée pour les deux autres traitements antirétroviraux.

L’étude portant sur un nombre limité de patients exposés, les résultats devront être validés dans d’autres cohortes. En l’absence de données cliniques suffisantes en termes d’efficacité et de tolérance, il parait judicieux de proposer un suivi du débit de filtration glomérulaire estimé pour évaluer la tolérance au ténofovir chez les patients séropositifs avec un débit de filtration glomérulaire estimé inférieur à 60 mL/min/1,73. La poursuite du traitement devra être discutée en termes de bénéfices risques


Source

- M. Zaidan, J.-P. Bastard, S. Fellahi, X. Lescure, J. Pacanowski, I. Brochériou, F. Mihout, S. Chauvet, F. Stucker, E. Rondeau, P. Ronco, E. Plaisier ; “ Diversité des néphropathies chez les patients infectés par le VIH et intérêt du profil protéique urinaire comme outil prédictif des lésions histologiques ” ; Néphrologie & Thérapeutique, Volume 7, Issue 5, September 2011, Page 382

- C. Fafin, P. Pugliese, V. Mondain, J. Durant, F. de Salvadore, F. Sanderson, I. Perbost, E. Rosenthal, P. Dellamonica, V. Esnault, C. Pradier, O. Moranne ; “ Le temps d’exposition au Tenofovir est associé à une diminution du DFGe chez les patients VIH avec un DFGe ” ; Néphrologie & Thérapeutique, Volume 7, Issue 5, September 2011, Page 354

- M. Zaidan, S. Dettwiller, X. Lescure, J. Pacanowski, I. Brochériou, J.P. Rougier, E. Rondeau, G. Pialoux, P.M. Girard, P. Ronco, E. Plaisier ; “ Néphropathies tubulo-interstitielles chez les patients infectés par le VIH ” ; Néphrologie & Thérapeutique, Volume 7, Issue 5, September 2011, Pages 280-281


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