Perception des effets indésirables des antirétroviraux et mécanismes de défense chez les patients VIH+

Publié le 09.11.2010 | par Patricia Fener

La perception des effets indésirables des antirétroviraux chez les patients infectés par le VIH est le fruit d’un processus, tant biologique que psychologique et social. La détresse ressentie n’est pas seulement due au nombre d’effets indésirables rencontrés mais dépend également de la maturité psychique des sujets. C’est ce que montre cette étude innovante, publiée dans la revue "Médecine et maladies infectieuses" qui se penche sur l’aspect psychopathologique des effets indésirables, mal couvert dans la littérature scientifique.

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VIH, antirétroviraux, effets indésirables, percerption, mécanismes de défense ; Wikimedia commons

Pour faire face aux effets indésirables des antirétroviraux, les patients adoptent des stratégies sous la forme de mécanismes de défense, processus psychiques qui affectent les modalités de perception d’une situation et son évaluation et qui ont également des fonctions interindividuelles en modelant la manière dont un individu se présente aux autres et à lui-même.

Evaluation des mécanismes de défense avec le questionnaire de style défensif de Bond, adaptation française du “Defense Style Questionnaire” dans sa version à 40 items (DSQ 40).
Ce questionnaire comprend 40 items présentés sous forme de propositions explorant « des manifestations comportementales correspondant à l’échec des défenses dans des situations spécifiques ».
Les personnes évaluées expriment leur avis sur les propositions à l’aide de l’échelle de Lickert en neuf points allant de 1 (fortement en désaccord) à 9 (fortement d’accord).

Ce test permet de mettre en évidence 3 styles cognitifs de défense :
- le style mature qui met en jeu 4 mécanismes de défense conduisant à une adaptation psychosociale optimale, à savoir la sublimation, l’ humour, l’ anticipation, la répression  ;

- le style névrotique qui utilise également 4 mécanismes de défense permettant aux sujets,

  • soit de maintenir en dehors du champ de la conscience des sources de conflits psychiques par annulation rétroactive, formation réactionnelle,
  • soit de réguler l’estime de soi par des distorsions mineures de l’image de soi et des autres de type idéalisation, pseudo-altruisme  ;

- le style immature dont les mécanismes de défense sont divers :

  • l’agir ou le retrait par le passage à l’acte, l’ agression passive, la somatisation  ;
  • l’inhibition des conflits psychiques par le déni, la projection, la rationalisation, l’ isolation, le déplacement, , la dissociation  ;
  • l’altèration de l’image de soi et d’autrui par la dévalorisation, le clivage, , la rêverie autistique .

Évaluation des effets indésirables par l’adaptation française du questionnaire de Justice et collaborateurs
Ce questionnaire recense les 20 effets indésirables les plus fréquemment ressentis par les patients VIH+ prenant des antirétroviraux.
Sur une échelle en cinq points le patient évalue la présence d’effets indésirables au cours des quatre dernières semaines et la gêne occasionnée par ces symptômes.
Deux scores ont été calculés à partir de cette échelle : la fréquence des effets indésirables rencontrés et la détresse psychologique qui en découle.

Caractérisation de la nature des relations entre le nombre d’effets indésirables, les styles défensifs et l’incidence des effets indésirables par des analyses de régression multiple et des analyses de médiation.
Il apparaît que la souffrance est plus importante chez les patients ayant les personnalités les plus fragiles, alors qu’elle est atténuée chez les sujets les plus structurés. De plus, la souffrance ressentie n’est pas un "en soi" mais le fruit d’un processus adaptatif menacé par le nombre d’effets indésirables qui oblige les patients à régresser, avec comme conséquence une intensification de la souffrance ressentie.

La détresse perçue est indépendante de l’âge, du sexe, de la situation de couple et de la date de la mise sous antirétroviraux.

Les styles de défense, matures et immatures, apportent des contributions déterminantes pour comprendre l’incidence des effets indésirables, même lorsque leur nombre est contrôlé.

Ce travail permet de distinguer le nombre d’effets indésirables des antirétroviraux de leur impact subjectif variant d’un individu à l’autre et ayant donc un retentissement différent sur la qualité de vie des individus. Pour la pratique médicale, il apparait que l’évaluation du fonctionnement défensif, mature ou immature, peut permettre d’apprécier les causes psychologiques et organiques de la souffrance ressentie et d’adapter au mieux le traitement proposé.


Source :
-  Styles défensifs et perception des effets indésirables dans une population de 70 adultes séropositifs au VIH
B. Gouvernet, S. Combaluzier, J.-L. Viaux
Médecine et Maladies Infectieuses, Article sous presse

Pour en savoir plus :
-  The development and properties of the Defense Style Questionnaire. In : H.R. Conte and R. Plutchik, Editors, Ego Defense : theory and measurements
John Wiley & Sons Inc, New York (1995), pp. 202–220
-  The French Version of the Defense Style Questionnaire
Ch. Bonsack, J.N. Despland, J. Spagnoli
Psychotherapy and psychosomatics, 1998, Vol. 67, No. 1
-  VIH counseling  :Fiche d’évaluation des symptômes VIH/effets secondaires

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