Périostite syphilitique au cours de l’infection à VIH ; à propos d’un cas

Publié le 30.04.2012 | par Patricia Fener

Chez les patients infectés par le VIH, les douleurs osseuses sont le plus souvent interprétées comme neuropathiques ou ostéoporotiques, secondaires à l’infection et au traitement antirétroviral. Cependant, devant des douleurs atypiques, le diagnostic d’atteinte osseuse syphilitique est à évoquer du fait d’une recrudescence de la syphilis dans cette population. Le cas d’un patient présentant une expression clinique atypique, sans lésion des téguments ni des muqueuses, vient d’être publié.

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VIH, syphilis, périostite ; Wikimedia commons

Le cas d’un patient de 48 ans, VIH positif, sous traitement antirétroviral, présentant des douleurs des 4 membres et une fracture spontanée de la 7e côte gauche

Le patient, suivi au CHU Gui-de-Chauliac de Montpellier (France), bénéficie :
- d’une sintigraphie osseuse qui montre un aspect évocateur de périostite multifocale du squelette appendiculaire, associée à une hyperhémie modérée et une hyperfixation focalisée de l’arc antérieur de la 7e côte gauche (fracture connue) ;
- d’une ostéodensitomètrie qui ne met pas en évidence d’ostéoporose ;
- d’une sérologie syphilitique qui revient positive avec un profil sérologique en faveur d’une infection récente, passée inaperçue cliniquement.

L’évolution clinique est favorable sous traitement antibiotique par benzathine pénicilline G (Extencilline® 2,4 M UI par voie intra-musculaire + xylocaïne 1%, 1cc).

L’IRM de l’avant-bras droit, réalisée deux mois après le début du traitement antibiotique, met en évidence un aspect de réaction inflammatoire périostée résiduelle des deux os de l’avant-bras.

La scintigraphie osseuse de contrôle à 2,5 mois post-traitement est normale.

L’atteinte osseuse, une complication rare dans la syphilis primaire ou secondaire

Le diagnostic de syphilis est habituellement porté dans trois situations :
- devant des manifestations classiques cutanéo-muqueuses telles qu’un chancre (40% des cas), une éruption (67% des cas), ou une adénopathie (45% des cas) ;
- lors d’enquêtes sérologiques systématiques dans les cohortes de patients séropositifs pour le VIH ;
- plus rarement devant des manifestations exceptionnelles, résurgences de formes cliniques historiques.

La périostite est une atteinte connue de la syphilis secondaire, mais cette complication est sous diagnostiquée en raison de son caractère parfois pauci-symptomatique et de la normalité fréquente des radiographies osseuses. Les cas décrits dans la littérature se caractérisent par une captation majorée de l’isotope à la scintigraphie.

Au 31 décembre 2010, les co-infections syphilis récente et VIH représentaient 35 % des cas selon le réseau de surveillance RésIST

La loi n° 2004-806 du 9 août 2004 relative à la politique de santé publique préconise de réduire l’incidence de la syphilis et des autres infections sexuellement transmissibles dans les populations à risque. Ces objectifs sont repris dans le plan national de lutte contre le VIH/SIDA et les IST 2010-2014.

La proportion de co-infections par le VIH a diminué ces dernières années : elle était supérieure à 50 % dans les années 2000.

La fréquence des co-infections est très différente selon l’orientation sexuelle : en 2010, ces co-infections concernaient 40 % des hommes homo/bisexuels, 11 % des hommes hétérosexuels et aucune femme.

La présence d’une douleur osseuse au niveau des os longs ou du crâne, chez des patients ayant des comportements sexuels à risque, doit faire évoquer une périostite syphilitique. La scintigraphie osseuse est utile pour confirmer l’inflammation locale.


Source

1. Ilonca A.D, De Verbizier-Lonjon D, Zanca M. Périostite syphilitique chez un patient VIH positif. Available at : http://www.sciencedirect.com/scienc.... Consulté avril 30, 2012.

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