Plusieurs cas de maladie du charbon ou anthrax chez les héroïnomanes

Publié le 21.01.2010 | par Patricia Fener

Le Ministère de la Santé, la Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie (MIDLT), l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT), l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (AFSSAPS) et l’Institut de veille sanitaire (InVS) signalent 15 cas confirmés de maladie du charbon ou anthrax en Europe, depuis le le 6 décembre 2009, chez des consommateurs d’héroïne. Parmi ces 15 diagnostics, 14 ont eu lieu en Écosse, 1 en Allemagne et 8 sont décèdés.

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Wikimedia commons

La consommation d’héroïne contaminée par des spores du charbon semble être la cause la plus probable de ces infections et de ces décès. Les personnes touchées ont pour la majorité consommé l’héroïne par voie injectable ; certains l’ont également inhalée ou fumée.

Les autorités sanitaires mettent en garde les consommateurs, évoquant l’éventualité d’une possible circulation de l’héroïne ou d’un produit de coupage contaminés dans d’autres pays européens. Attention, l’héroïne contaminée par les spores du charbon ne présente aucune particularité, que ce soit au niveau de la couleur ou de l’aspect. De même, elle se dissout ou se consume comme une héroïne non contaminée.

Pour l’instant aucun cas n’a été signalé en France ni ailleurs en Europe.

Tous les usagers d’héroïne contaminés étaient apparemment des usagers injecteurs et ont développé la forme cutanée de la maladie. « Cette information n’indique cependant pas qu’il suffirait à des usagers de ne pas s’injecter d’héroïne pour éviter une contamination.  »

La maladie du charbon

La maladie du charbon est une zoo-anthroponose touchant les troupeaux et parfois l’homme en contact avec les produits animaux, le plus souvent dans un contexte de maladies professionnelles, industrielles ou de toxi-infections alimentaires.

Elle se présente sous formes cutanée, digestive et respiratoire.

Bacillus anthracis est l’agent responsable de la maladie du charbon. C’est un bacille à Gram positif, immobile, capsulé, non hémolytique formant des spores.

Pour la forme cutanée :
- Les premiers signes d’infection par le bacille du charbon peuvent être des rougeurs et des gonflements, aux sites d’injection notamment mais qui peuvent s’étendre rapidement à distance du point d’injection. La fièvre est supérieure à 38,5 °C.
- En présence de ces symptômes, ou d’une simple fièvre, « il faut consulter d’urgence en mentionnant la consommation d’héroïne. Un traitement antibiotique précoce est essentiel et efficace ».

Alors qu’il est facile de traiter le charbon cutané par les antibiotiques, le charbon digestif, le charbon méningé et le charbon pulmonaire (ou d’inhalation) sont redoutables.

Le cycle du charbon met en jeu une forme sporulée tellurique et une forme végétative capsulée produisant les toxines charbonneuses chez l’hôte.
La maladie reste présente dans l’environnement hydrotellurique des zones d’enzootie et réémerge périodiquement en fonction des évolutions climatiques et écologiques ou des activités humaines. Il est donc important de savoir faire le diagnostic biologique de cette maladie qui s’appuie sur des techniques de bactériologie classique, de biologie moléculaire et d’immunologie.

Attitude à adopter

Pour l’instant il n’y a eu aucun cas avéré de maladie du charbon chez des usagers d’héroïne en France. Il faut cependant rester vigilant et surveiller l’actualité.

Si des cas de contamination par Bacillus anthracis étaient déclarés en France, les autorités de santé recommanderaient aux usagers d’héroïne de passer le plus rapidement possible sous substitution opiacé (buprénorphine haut dosage, c’est-à-dire Subutex® ou générique) et d’interrompre leur prise d’héroïne.

La difficulté réside dans le fait que les premiers symptômes de la maladie du charbon sont particulièrement banals, pouvant être confondus avec des problèmes de santé courants et bénins, alors qu’il s’agit d’une maladie potentiellement mortelle et qu’un facteur clé de guérison est la rapidité avec laquelle on se fait traiter. En cas de doute, un usager présentant des symptômes pouvant éventuellement se rapporter à la maladie du charbon ne doit pas hésiter à aller consulter son médecin.

A qui s’adresser pour poser vos questions

- A votre médecin traitant pour toute question de santé ou pour une demande de traitement de substitution ;
- Aux Centres de Soins d’Accompagnement et de Prévention en Addictologie (CSAPA) ou aux Centres Spécialisés de Soins en Toxicomanie (CSST) qui ont généralement des consultations médicales et la possibilité d’initier un traitement de substitution.
- A Drogues Info Service (0 800 23 13 13, de 8h à 2h tous les jours) pour obtenir des informations, des conseils, une orientation personnalisée. L’appel est gratuit depuis un téléphone fixe, confidentiel, anonyme.

Source :

- Drogues Info Service

- Ministère de la santé

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