Politique de lutte contre le VIH/sida en France : les recommandations de la Cour des comptes

Publié le 11.02.2010 | par Patricia Fener

En France, le rapport public annuel 2010 de la Cour des comptes a été présenté mardi 9 février par Alain Pichon, doyen des présidents de chambre, et par Claire Bazy-Malaurie, rapporteur général. Un chapitre fait le point sur l’épidémie de VIH/sida, dénonçant le caractère marginal des dépenses de prévention et de dépistage et la faiblesse du pilotage de la politique de lutte contre l’infection par le ministère de la santé.

<a href=" http://s.tf1.fr/mmdia/i/29/0/tf1-lci-couverture-d-un-rapport-de-la-cour-des-comptes-2292290_1258.jpg?v=1"target="_blank"> </a> Situation épidémiologique

Une chute de la mortalité mais une prise en charge trop tardive
On compte 40 000 à 50 000 personnes officiellement décédées du VIH depuis l’instauration en 1986 d’une déclaration obligatoire à caractère anonyme des nouveaux cas de sida et des décès liés aux maladies opportunistes.
Grâce à l’efficacité des trithérapies à inhibiteur de protéase à partir de 1996, la mortalité induite par cette pathologie a fortement diminué. En 2006, 81,4% des patients VIH+ bénéficiaient d’une multithérapie, contre 27,7% en 1996.

Malgré ces améliorations incontestables, l’épidémie de VIH/sida demeure un enjeu majeur de santé publique.

L’Institut national de veille sanitaire (InVS) estime qu’il existe une sous-déclaration des nouveaux cas et des décès (entre 15 et 25%) liés au VIH/sida. De plus, il apparaît que la prise en charge thérapeutique ait souvent lieu tardivement, diminuant l’efficacité des traitements et augmentant les risques de transmission du VIH.
Environ la moitié des personnes contaminées apprennent leur séropositivité au VIH au stade de sida.
Un tiers des patients suivis à l’hôpital sont dépistés séropositifs au VIH alors qu’ils ont déjà une baisse importante de leur taux de CD4.
Un quart est traité peu après son dépistage mais malheureusement longtemps après la contamination.

Le rapport conclut que bien bien que les effectifs aient diminué, ces proportions ne se sont pas améliorées depuis l’introduction des multithérapies en 1996.

Une déclaration obligatoire des nouveaux cas encore insuffisante
Chaque année, 6 000 à 7 000 nouveaux cas de séropositivité sont découverts. L’InVS, en comparant les notifications de séropositivité dans le cadre de la déclaration obligatoire avec les résultats des laboratoires d’analyses biologiques, constate une sous-déclaration.

Une permanence de l’épidémie au sein de trois populations
Les homosexuels masculins, les migrant(e)s originaires notamment d’Afrique subsaharienne et les toxicomanes (l’épidémie semble enrayée dans cette population grâce à la politique de réduction des risques liés à l’injection de drogues) sont les plus touchés par le VIH. Dans les départements français d’Amérique, l’infection à VIH touche l’ensemble de la population.

Des moyens insuffisants pour la prévention et le dépistage

En ce qui concerne la politique de prévention :
Le rapport dénonce une faiblesse dans les messages de prévention qui ne ciblent pas suffisamment les groupes à risque. De même, il soulève le problème de l’absence de sensibilisation des personnes séropositives à prévenir la transmission du VIH à leurs partenaires. La Cour des comptes pointe l’absence de réglementation sanitaire des établissements de rencontres.

Pour renforcer les actions de dépistage :
La Cour des comptes propose de suivre les recommandations de la Haute autorité de santé (HAS) d’octobre 2009 qui sont de proposer un test de dépistage du VIH à l’ensemble de la population de 15 à 70 ans et d’effectuer de manière ciblée et régulière un test de dépistage aux groupes à risque.

La fusion des CDAG ( Centres de dépistage anonyme et gratuit) et des CIDDIST (Centre d’information, de dépistage et de diagnostic des infections sexuellement transmissibles) permettrait d’améliorer la cohérence de l’offre de dépistage anonyme et gratuit du VIH et des infections sexuellement transmissibles (IST).

Le coût élevé de la prise en charge sanitaire

La poursuite de l’épidémie jointe à la diminution de la mortalité induite par cette pathologie engendre des coûts humains, sociaux et financiers croissants. Elle explique que le nombre de patients relevant de l’affection de longue durée propre à l’infection par le VIH (ALD n°7 : déficit immunitaire primitif ; infection par le VIH) ait progressé de 11,5 % entre 2004 et 2007, pour avoisiner 90 000 personnes. La prise en charge sanitaire s’élève en moyenne à près de 13 000 € par patient et par an, soit plus de 1,1 milliard d’euros annuels à la charge du régime général d’assurance maladie.

L’insuffisance de pilotage de la politique de lutte contre l’infection par le ministère de la santé

La cour des comptes pense qu’il est nécessaire que le ministère de la santé s’implique davantage dans le cadrage des plans de lutte contre le VIH et fixe des objectifs chiffrés ainsi qu’une stratégie de santé publique.

La diminution de la mortalité due au VIH/sida a contribué à ce que les réponses publiques à l’épidémie reposent essentiellement sur le progrès des soins apportés aux personnes infectées par le VIH. La poursuite de l’épidémie nécessite d’améliorer le pilotage de la politique de lutte contre le VIH/sida et de renforcer la prévention et le dépistage.

Source :
- Cour des comptes

Pour en savoir plus :
- Nouvelles orientations de la politique de lutte contre le VIH/sida (27 novembre 2009)

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