Précarité et VIH

Publié le 11.06.2009 | par Claire Criton

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La précarité et l’absence de domicile sont associées à des risques comportementaux, sociaux et environnementaux qui exposent les personnes à de nombreuses pathologies et notamment à des maladies transmissibles comme le VIH et les hépatites. Les pathologies associées à la précarité et à l’absence de domicile fixe constituent donc un problème de santé publique d’importance croissante.

La précarité se définit comme l’absence d’une ou plusieurs des sécurités permettant aux personnes d’assumer leurs obligations professionnelles, familiales et sociales, et de jouir de leurs droits fondamentaux. L’absence de sécurité et de droits sociaux réduit le droit à la santé et l’accès aux soins. Les sans domicile, groupe hyper vulnérable au sein du groupe des personnes en situation de précarité, regroupent ceux qui n’ont pas d’abri et ceux qui ont un abri qui ne satisfait pas aux critères de base de la santé et de la sécurité, tels que l’accès à l’eau, la sécurité et la protection contre les éléments naturels. Il s’agit majoritairement d’enfants et d’adolescents, de femmes se prostituant et de personnes atteintes de pathologies psychiatriques. La précarité et le nombre de personnes sans domicile fixe augmentent régulièrement, partout dans le monde, en même temps que la pauvreté. En France, fin 2006, 13 % de la population vivait en dessous du seuil de pauvreté. Le nombre de sans domiciles est estimé à 100 000 et celui de personnes vivant dans des logements précaires à 493 000 en 2008.

Les conditions de vie des personnes sans domicile les exposent plus particulièrement aux maladies transmissibles, qui peuvent alors se répandre de façon épidémique et poser des problèmes aigus de santé publique.
Partout dans le monde, les prévalences d’un certain nombre de maladies infectieuses sont particulièrement élevées dans cette population :
- 6 à 35 % pour le VIH,
- 17 à 30 % pour l’hépatite B,
- 12 à 30 % pour l’hépatite C,
- 1,2 à 6,8 % pour la tuberculose.

La prévalence élevée du VIH, des hépatites et des infections sexuellement transmissibles (IST),témoigne de la fréquence de consommation de drogues injectables et d’adoption de comportements sexuels à risque parmi les personnes de la rue ou celles en situation de précarité. Leurs conditions de vie, notamment pour celles qui fréquentent les refuges ou centres d’accueil, souvent bondés, expliquent la prévalence élevée des maladies à transmission respiratoire telles que la tuberculose.

Les étrangers en situation de précarité, principalement les migrants originaires d’Afrique subsaharienne, constituent également un sous-groupe à fort taux d’infection par le VIH ou par les virus des hépatites B et C . Souvent en séjour irrégulier, ils cumulent les obstacles tant en ce qui concerne l’accès au dépistage que l’accès aux soins.

Pour ces pathologies, des modèles éprouvés d’intervention se sont avérés efficaces, tels que ceux développés par médecins du monde, en France.

Les modèles d’intervention peuvent néanmoins varier selon les contextes et les populations concernées : jeunes dans la rue, usagers de drogues intraveineuses, consommateurs de crack. Des campagnes de vaccination contre l’hépatite B ou l’hépatite A peuvent être organisées avec succès.

Une étude récente a évalué la faisabilité du dépistage du VIH et des virus des hépatites B et C chez les migrants. L’acceptabilité du dépistage semble bonne dans cette population. Il est possible d’aborder dès la première consultation des questions intimes, essentielles en termes de dépistage et de prévention. Une stratégie de prélèvement immédiat au sortir de la consultation est apparu comme étant la plus efficace.

Conclusion

La précarité et les maladies qui lui sont associées sont en augmentation. Il est indispensable éthiquement et nécessaire, en termes de santé publique, qu’un effort particulier soit fait en faveur de ces groupes vulnérables, a fortiori dans le contexte actuel, un contexte de crise économique. Des dispositifs d’intervention flexibles et adaptés, reposant sur des équipes mobiles capables d’intervenir hors les murs, constituent le modèle le plus efficace. L’approche doit être globale, médicale et sociale, sous peine d’inefficacité. Le dépistage ciblé chez les migrants en situation de précarité a démntré sa faisabilité et pourrait être étendu à d’autres groupes à risque.

Dans la presse scientifique

- “ Précarité et maladies infectieuses ” ; G. Raguin, F. Sivignon ; La Revue de Médecine Interne, Volume 30, Supplement 2, June 2009, Pages S3-S5 lien

- “ Dépistage du VIH et des hépatites virales B et C chez les personnes en situation de précarité : étude prospective chez 518 consultants ” ; M. Chousterman, I. Rosa, V. Garrait, B. Elghozi, H. Picard, B. Staedel, I. de Lacroix Szmania r ; La Revue de Médecine Interne, Volume 30, Supplement 2, June 2009, Pages S134-S13

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