Prévention de l’infection à VIH chez les consommateurs de drogues injectables

Publié le 11.03.2010 | par Patricia Fener

Du 8 au 12 mars 2010 a lieu à Vienne (Autriche) la cinquante-troisième session de la Commission des stupéfiants (CND) qui est l’organe décisionnaire central des Nations Unies chargé des questions relatives aux drogues. Le problème de la disparité des moyens mis en oeuvre pour la prévention de l’infection à VIH doit y être largement abordé.

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Un rapport du Groupe de référence des Nations Unies sur le VIH et la consommation de drogues injectables, rendu en 2009, concluait que la couverture mondiale des interventions efficaces au sein des populations de consommateurs de drogues injectables (CDI) reste très inférieure aux besoins et apparaît insuffisante pour prévenir et enrayer l’épidémie de VIH.

Un article, publié dans le dernier numéro de la revue The Lancet, fait une synthèse de toutes les données publiées sur ce thème depuis 2004.
Les mesures susceptibles de limiter la propagation de l’infection à VIH ont été étudiées : programmes d’échange de seringues, de prévention et de dépistage du VIH, accès aux traitements de substitution, aux antirétroviraux, campagnes de promotion du préservatif.
Des calculs ont été réalisés pour évaluer au niveau de chaque pays la couverture de ces mesures au sein de la population de consommateurs de drogues injectables.

En 2009, un programme d’échange de seringues était implanté dans 82 pays et les traitements de substitution aux opioïdes proposés dans 70 pays. L’accès à ces deux mesures était possible dans 66 pays. La couverture est variable d’un pays à l’autre :

- En ce qui concerne l’échange de seringues :
l’Australasie fournit 202 seringues par CDI et par an ;
l’Amérique latine et la Caraïbe 0,3 seringue par CDI et par an ;
l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient 0,5 seringue par CDI et par an ;
l’Afrique subsaharienne 0,1 seringue par CDI et par an est le pays qui a le taux le plus bas.
Le rapport du Groupe de référence des Nations Unies sur le VIH et la consommation de drogues injectables, constataient que ces services étaient absents dans neuf des 25 pays d’Asie de l’est, du sud-est et du sud où l’on recense des pratiques de consommation de drogues injectables. De même, ces programmes n’existaient pas ou n’étaient pas déclarés dans 14 des 16 pays d’Afrique subsaharienne où l’on consomme des drogues injectables.

- Pour les traitements de substitution aux opiacés : le taux varie d’un peu moins de un à un bénéficiaire sur 100 utilisateurs de drogues injectables en Asie Centrale, Amérique latine et Afrique subsaharienne à 61 receveurs sur 100 en Europe de l’Ouest.

- Le nombre de consommateurs de drogues injectables infectés par le VIH bénéficiant d’un traitement antirétroviral est également variable d’un pays à l’autre :
un peu moins d’une personne sur cent au Chili, Kenya, Pakistan, en Russie, Ouzbekistan ;
cent pour cent des patients dans six pays européens.

Dans le monde, on estime que 2 seringues sont échangées par CDI et par mois. Huit personnes sur 100 bénéficient d’un traitement de substitution et 4 sur 100 CDI infectés par le VIH ont accès à un traitement antirétroviral.

Il ressort de ces constatations que les actions pour limiter l’infection à VIH/sida dans la population d’usagers de drogues injectables sont nettement insuffisantes et qu’il est urgent d’améliorer les actions sur le terrain. Les auteurs de l’article du Lancet concluent qu’il est nécessaire d’optimiser la collecte de données relatives aux CDI dans chaque région afin d’obtenir une vision plus claire de l’étendue de leurs besoins. « Nous n’en savons toujours pas assez sur la nature et la taille des populations que nous devons cibler ».

L’ONUSIDA conclut quant à elle qu’il est possible de prévenir l’infection à VIH chez les consommateurs de drogues si des interventions complètes, éclairées par le concret et respectueuses des droits de l’homme sont rendues accessibles à tous.

Source :
- ONUSIDA

- HIV prevention, treatment, and care services for people who inject drugs : a systematic review of global, regional, and national coverage Dr Bradley M Mathers MBChB a , Prof Louisa Degenhardt PhD a, Hammad Ali MBBS a, Lucas Wiessing MSc b, Prof Matthew Hickman FFPHM c, Prof Richard P Mattick PhD a, Bronwyn Myers PhD d, Atul Ambekar MD e, Prof Steffanie A Strathdee PhD f, for the 2009 Reference Group to the UN on HIV and Injecting Drug Use The Lancet, Early Online Publication, 1 March 2010

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