Prévention de la transmission du VIH de la mère à l’enfant au Bénin

Publié le 10.09.2009 | par Patricia Fener

Selon les estimations officielles de 2005, le Bénin, pays d’Afrique occidentale comprendrait une population totale de 8,4 millions d’habitants dont environ 1,2% serait infecté par le VIH. Pour contrer l’épidémie de VIH/sida, le pays a mis en oeuvre un important programme de lutte contre cette pandémie, avec notamment un dispositif de prévention de la transmission du virus de la mère à l’enfant (PTME).

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Wikimedia commons- Carte du Bénin - Central Intelligence Agency’s World Factbook -

Moyens mis en oeuvre

Au Bénin, le taux de prévalence du VIH est plus élevé pour les femmes (1,5%) que pour la moyenne nationale (1,2%). Chez les femmes enceintes, il atteint même les 2% et justifie donc les moyens déployés par le pays pour prévenir ce risque de transmission de la mère à l’enfant, d’autant plus que 328.000 naissances sont enregistrées chaque année.

Ce dispositif de prévention de la transmission du virus de la mère à l’enfant comprend :

- pour les futures mamans , un ensemble de services qui propose le dépistage du VIH et la prise en charge en cas de séropositivité en assurant une prophylaxie à base d’antirétroviraux (ARV) pendant la grossesse et l’accouchement ;

- pour le nouveau-né, une surveillance le temps que soit connu son statut sérologique.
Le problème majeur concernant les nouveau-nés est la question du dépistage. Le test standard dont dispose le Bénin, ne permet pas d’identifier le statut de l’enfant durant sa première année car il détecte les anticorps de la mère transmis au foetus pendant la grossesse et ne permet donc pas de se prononcer. En effet, les nouveau-nés de mères VIH positives possèdent des anticorps IgG transmis passivement et qui peuvent persister au-delà de 15 mois. La recherche d’IgM n’est pas fiable.
Un diagnostic précoce de certitude repose donc sur la mise en évidence du virus au moyen de techniques de diagnostic direct chez le nouveau-né et se fait par culture virale sur lymphocytes ou mise en évidence de l’ADN viral par réaction de polymérisation en chaîne (PCR). Des progrès sont donc à faire en matière de dépistage précoce du VIH chez le nouveau-né.

Couverture du Bénin en services de PTME
Les progrès réalisés en terme d’accueil sont importants puisque 48% des maternités offrent maintenant des services PTME contre 7% en 2004 (76% dans les zones d’intervention de l’Unicef). Même si malheureusement le territoire du Bénin n’est pas encore entièrement couvert par les activités de PTME, le taux de femmes ayant accès à ces services est aujourd’hui de 40%, contre 20% en 2006.
En l’absence de toute intervention, on estime que 15 à 30 % des femmes qui ont une infection à VIH transmettent celle-ci pendant la grossesse et l’accouchement, et dans une proportion de 10 à 20 % par l’allaitement de leur nouveau-né. Le dispositif de prévention mis en place au Bénin permet de diminuer ce risque à moins de 2%.

Rappel sur la transmission mère enfant du VIH

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- Wikimedia commons - ; GNU Free Documentation License, Version 1.2

La transmission du VIH d’une femme enceinte infectée par le virus de l’immunodéficience humaine (VIH) à son enfant nouveau-né est qualifiée de transmission mère-enfant, périnatale, ou verticale du VIH.

L’infection de l’enfant par le VIH peut survenir pendant la gestation, pendant l’accouchement au moment où le foetus entre en contact avec la muqueuse et le sang maternel dans la filière pelvi-génitale, ou en post-partum lors de l’allaitement maternel. La transmission mère-enfant est la première cause d’infection par le virus de l’immunodéficience humaine (VIH) chez l’enfant

En l’absence de mesures prophylactiques, le risque de transmission est de 15 % en Europe et 30 à 40 % en Afrique, principalement en période néonatale (fin de grossesse, accouchement) ; le risque est majoré par la gravité de la maladie de la mère, et minoré par l’administration de zidovudine chez les mères non antérieurement traitées et par l’accouchement par césarienne programmée. Ces deux mesures associées amènent le risque de transmission à 1-2 %.

Le mécanisme de cette transmission, plus particulièrement au cours de la grossesse, est à ce jour encore mal défini.
Il semble que les cellules trophoblastiques du placenta soient une cible potentielle du VIH ou servent éventuellement au passage du rétrovirus vers le foetus par un mécanisme de transcytose c’est-à-dire passage du virus dans la cellule sans l’infecter.
Ce processus de transmission du VIH, que ce soit par par infection directe ou par transcytose serait favorisé, ou encore inhibé, par des facteurs liés à la fois au phénotype viral et à l’environnement cellulaire.

Certains facteurs peuvent augmenter le risque de transmission de la mère au foetus ou au nouveau-né : des facteurs liés à la mère, des facteurs obstétricaux, des facteurs liés au nouveau-né et des facteurs liés à l’allaitement.

Les facteurs maternels
La charge virale de la mère est fortement associée à un risque de transmission verticale.
En France, le rapport d’experts dirigé par le Professeur Yeni, confirme l’importance pronostique de la charge virale plasmatique à l’accouchement chez les femmes traitées. Le taux de transmission mère-enfant est de :

    • 0,3 % pour un ARN VIH-1 inférieur à 50 copies/ml ;
    • 0,6 % pour un ARN VIH-1 inférieur à 1000 copies/ml ;
    • 1,5 % pour un ARN VIH-1 compris entre 1000 et 10 000 copies/ml ;
    • 7,3 % pour un ARN VIH-1 supérieur à 10 000 copies/ml.

Les facteurs obstétricaux
La rupture prolongée des membranes, pendant plus de 12 heures, est un facteur de risque de la transmission VIH chez la femme traitée ou non par antiviraux pendant sa grossesse, et plus particulièrement quand le taux de lymphocytes CD4 est bas ou que l’accouchement a lieu avant le terme. En effet la rupture des membranes expose le foetus aux sécrétions cervico-vaginales, ce qui pourrait en partie expliquer cette augmentation du risque. Une méta-analyse a montré que la probabilité de transmission augmentait de 8% à 32% lorsque la durée de la rupture des membranes passait de 2h à 24h.
Un accouchement avant terme et la chorio-amnionite sont des risques supplémentaires.

Les facteurs néonataux
La naissance prématurée à moins de 35 semaines et un poids de naissance inférieur à 2500 g constituent des risques de sida néonatal.
La compatibilité materno-foetale HLA classe I augmenterait le risque de transmission.

L’allaitement
L’allaitement augmenterait de 15% le risque additionnel de transmission verticale selon une méta-analyse de Dunn de 1992. Un essai thérapeutique contrôlé kenyan plus récent retrouve un risque similaire de 16% à l’âge de 24 mois. L’allaitement mixte (au sein combiné à d’autres aliments liquides ou solides) semble particulièrement augmenter le risque.
Le mécanisme exact de la transmission par le lait maternel n’est à ce jour pas encore bien compris. Le virus est retrouvé dans le lait maternel. Le contact avec les muqueuses du nourrisson serait en cause, notamment les brèches de la muqueuse intestinale. L’introduction du lait artificiel pourrait altérer l’intégrité de cette muqueuse et augmenter le risque de transmission.

Pour l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la transmission mère-enfant du VIH, est un risque majeur. L’objectif étant de réduire ce risque de transmission, en évitant autant que possible les autres causes de morbidité et de mortalité, il est recommandé aux mères VIH positives de renoncer entièrement à l’allaitement au sein et de recourir à l’alimentation de substitution, quand celle-ci est "acceptable, praticable, financièrement abordable, sûre et durable". Les recommandations de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) visant à prévenir la transmission du VIH à un enfant nouveau-né par sa mère, pourraient être modifiées d’ici à la fin de l’année.

Source :
- UNICEF
- OMS : LA TRANSMISSION DU VIH PAR L’ALLAITEMENT AU SEIN : BILAN DES CONNAISSANCES ACTUELLES
- Rapport Yeni 2006
- Rapport Yeni 2008
- Gouvernement du Bénin
- Femmes et sida

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