Primo-infection par le VIH en post-partum, risque élevé d’infection pour l’enfant allaité

Publié le 13.01.2011 | par Claire Criton

La primo-infection par le VIH se caractérise par une charge virale importante et une forte contagiosité. Si elle survient en postpartum pendant la phase d’allaitement, le risque d’une transmission mère-enfant est élevé, surtout dans les 3 mois qui suivent la contamination de la mère où le risque d’infection de l’enfant est 8 fois supérieur à celui retrouvé pour les femmes porteuses d’une infection chronique.

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Primoinfection pendant la phase d’allaitement

Une vaste étude de cohorte réalisée au Zimbabwe

L’étude ZVITAMBO a inclus 14 110 femmes et leurs enfants entre 1997 et 2000. Les objectifs initiaux étaient de :
- déterminer l’efficacité d’une supplémentation en vitamine A de la mère et/ou du nouveau-né sur l’incidence de l’infection à VIH chez les femmes en post-partum (après l’accouchement) ;
- l’incidence de la transmission due à l’allaitement mère-enfant ;
- la mortalité infantile.

Dans un deuxième temps, les auteurs ont analysé le risque de transmission mère-enfant si la primo-infection VIH survient en post-partum chez une femme qui allaite.

La séroconversion [1] en postpartum double le risque cumulé de contamination de l’enfant pendant l’allaitement

Une séroconversion est survenue chez 334 mères allaitantes en période postnatale, conduisant à un risque d’infection des enfants de 25 à 30 %. Chez les femmes allaitantes porteuses d’une infection chronique avant l’accouchement ce risque était évalué à 14 %, soit deux fois moins important.

Un risque d’infection de l’enfant 8 fois supérieur pendant les 3 mois qui suivent la contamination de la mère

Chez 51 mères participant à cette étude, le moment de l’infection était connu avec une certaine précision. Cela a permis de constater que l’infection de l’enfant survenait dans 62 % des cas dans les 3 mois suivant la contamination de sa mère. Dans les 6 mois suivant la contamination de la mère, 85 % des enfants étaient infectés.

Dans le premier trimestre qui suit la contamination de la mère par le VIH, le risque d’infection de l’enfant lié à l’allaitement est donc 8 fois supérieur à celui retrouvé pour les femmes porteuses d’une infection chronique.

Une charge virale importante dans le lait maternel dans les 30 jours suivant l’infection

Le taux de transmission de la mère à l’enfant est le reflet d’une charge virale importante dans le lait maternel.

L’augmentation de la charge virale est cependant transitoire, passant de 4,3 log10 copies/ml dans les 30 jours suivant l’infection à moins de 1,5 log10 copies/ml après 3 mois.

En cas de primo-infection postnatale, deux tiers des transmissions foetomaternelles surviennent pendant la période de latence sérologique [2].

De ce fait, les stratégies recommandant la réalisation de tests itératifs dans la période du post-partum auraient un faible impact sur le taux de contamination de la mère à l’enfant.

L’intensification des recommandations de prévention de l’infection à VIH/sida pendant la grossesse et l’allaitement semble plus appropriée.


Dans la presse scientifique

- Jean H Humphrey, Edmore Marinda, Kuda Mutasa, Lawrence H Moulton, Peter J Iliff, Robert Ntozini, Henry Chidawanyika, Kusum J Nathoo, Naume Tavengwa, Alison Jenkins, Ellen G Piwoz, Philippe Van de Perre, Brian J War ; “ Mother to child transmission of HIV among Zimbabwean women who seroconverted postnatally : prospective cohort study ” ; BMJ 2010 ;341:c6580

- Plus de brèves sur allaitement et infection à VIH/sida


[1] La présence d’anticorps anti VIH constitue ce qu’on appelle la séroconversion et se produit à partir du 22è jour après l’exposition au virus.

[2] appelée aussi "fenêtre sérologique", c’est la période entre la contamination et la séroconversion, c’est à dire l’apparition des anticorps anti-VIH dans le sang.

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