Progression des infections sexuellement transmissibles (IST) et stabilisation de l’incidence du sida chez les femmes en France

Publié le 04.10.2010 | par Patricia Fener

En France, bien que les femmes vivent plus longtemps que les hommes et portent plus d’attention à leur santé, il n’en demeure pas moins que l’existence de déterminants biologiques et sociaux les rend plus vulnérables à certaines pathologies telles que le VIH/sida et les infections sexuellement transmissibles (IST). C’est le constat fait par la Délégation aux droits des femmes et à l’égalité des chances entre hommes et femmes, dans un rapport présenté le 29 septembre 2010 par Dominique Hénon au Conseil Economique et Social.

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VIH/sida, IST, femmes ; Wikimédia commons


Progression régulière des IST depuis les années 2000
Elles atteignent inégalement les hommes et les femmes. Les hommes sont encore les plus touchés, mais le nombre de femmes infectées est en augmentation. Cette progression est le signe d’un relâchement des comportements de prévention.
L’Institut de veille sanitaire (InVS) rapportait en effet fin 2008 :
  • une résurgence de la syphilis chez les homosexuels depuis 2000, la plupart étant déjà infectés par le VIH, d’abord en Île-de-France (IDF), puis dans les autres régions ;
  • une augmentation des infections à gonocoques depuis 1996, pour les deux sexes et l’ensemble des régions, mais plus marquée en IDF. Les hommes représentaient la majorité des cas d’infection à gonocoques ;
  • l’émergence de la lymphogranulomatose vénérienne (LGV) rectale depuis 2003 chez les homosexuels séropositifs pour le VIH ;
  • une augmentation des infections uro-génitales à Chlamydiae entre 1996 et 2005, notamment chez les jeunes femmes âgées de moins de 25 ans.

Stabilisation du sida chez les femmes mais...
- Une place de plus en plus importante des femmes dans l’épidémie de sida en raison :

  • de la diffusion de la transmission hétérosexuelle ;
  • de leur vulnérabilité biologique [1] et socio-économique.

- Une majorité de femmes originaires d’Afrique sub-saharienne, notamment du Cameroun et de Côte d’Ivoire, jeunes, contaminées par rapports hétérosexuels et résidant en Ile-de-France.

- Une situation d’épidémie généralisée en Guyane, avec une séroprévalence du VIH chez la femme enceinte supérieure à 1%, une transmission par contamination hétérosexuelle, la grossesse comme occasion de se faire dépister.

- Des chiffres inquiétants avec :

  • en 2006, une incidence du sida de 85 pour 100 000 chez les femmes africaines (contre 0,5 chez les femmes françaises) ;
  • entre le début de l’épidémie et le 30 juin 2007, 13 000 cas de sida chez les femmes (50 000 chez les hommes) dont 6 000 sont décédées.

L’impact des violences conjugales
L’impact de la violence, en particulier conjugale, sur la santé des femmes a été largement documenté en France, en particulier dans les rapports du groupe de travail présidé par le professeur Henrion et du haut comité de la santé publique.

Cette violence entraîne trois types majeurs de troubles médicaux :
- des lésions traumatiques périnéales lors de rapports accompagnés de violences ;
- des troubles gynécologiques à type :

  • d’infections génitales et urinaires à répétition, infections sexuellement transmissibles, infections à chlamydia responsables de salpingites et de stérilités ultérieures, infections à Papilloma virus (PVH) responsables de condylomes vénériens très contagieux et pour certains types (PVH 16 et 18), de lésions du col utérin pouvant conduire à un cancer, enfin transmission du VIH ;
  • de douleurs pelviennes chroniques inexpliquées ;
  • de troubles de la sexualité : dyspareunie, vaginisme, anorgasmie ;
  • de troubles des règles : dysovulations avec irrégularités menstruelles, dysménorrhées.

- des troubles psychologiques de type émotionnel (colère, honte, sentiment de culpabilité, d’humiliation, sentiment d’impuissance, « auto-dévalorisation », états d’anxiété, de panique, ou manifestations phobiques, réponses normales à une situation permanente de terreur) pouvant entraîner des troubles psychosomatiques, cognitifs et du comportement alimentaire.

La violence subie de façon chronique est une cause de peur, d’angoisse et suscite souvent chez la victime un sentiment de honte et de culpabilité qui favorise l’isolement, retardant ainsi le diagnostic médical d’IST.

Devant ce constat, le Conseil économique social et environnemental recommande un renforcement des discours de prévention et insiste sur l’accessibilité du message délivré pour atteindre un public le plus large possible. L’usage du préservatif doit être généralisé aussi bien dans la stratégie de prévention des IST que dans l’optique contraceptive. De même, il incite à renforcer l’accompagnement et la prise en charge médicale des femmes victimes de violences qui doit passer par une sensibilisation des professionnels de santé. Cette étude vient renforcer les constatations déjà observées par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) dans son rapport de 2009 intitulé “les femmes et la santé.”



Sources :
-  Conseil économique, social et environnemental  : "La santé des femmes en France"
-  InVS  : Actualités épidémiologiques sur le VIH, le sida et les IST 17 novembre 2008
-  travail.solidarite.gouv  : Santé dégradée, surexposition aux violences et parcours biographiques difficiles pour un tiers de la population
-  OMS  : les femmes et la santé


[1] La zone de muqueuse exposée au virus pendant les relations est plus grande chez les femmes et la fragilité des parois vaginales offre de multiples voies d’entrée au virus. Ceci est particulièrement vrai chez les jeunes filles, dont le col de l’utérus immature et la faible production de mucus vaginal ne procurent qu’une mince barrière contre les infections.
En outre, la concentration du virus est plus importante dans le sperme que dans les sécrétions vaginales et le sperme peut rester plusieurs jours dans le tractus génital féminin.
Les femmes sont plus vulnérables lors de certaines périodes de la vie génitale : les rapports pendant les règles, la grossesse, la période suivant l’accouchement, la ménopause.
Chez les femmes après la ménopause, une diminution de la lubrification vaginale et l’amincissement de la paroi interne du vagin augmentent le risque de contracter le VIH, puisque la relation sexuelle se produit dans un vagin plus sec, où la muqueuse est plus susceptible de se déchirer ou se fissurer. Le VIH peut alors entrer facilement dans le corps de la femme par ces fissures.

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