Proposer davantage le dépistage du VIH et des hépatites aux immigrés précaires

Publié le 14.09.2011 | par Claire Criton

En France, la proposition de dépistage d’infections virales comme le VIH/sida et les hépatites semble varier chez les immigrés précaires en fonction de leurs facteurs sociodémographiques et médicaux. Certains patients précaires semblent lésés, comme ceux bénéficiant d’une couverture sociale ou ceux d’origine non subsaharienne.

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Sida, précarité et immigration

La vulnérabilité médicale des exilés

Traumatismes psychiques, maladies infectieuses et maladies chroniques représentent les trois principaux groupes pathologiques pour les exilés.

Bien que certaines maladies évoluent depuis le pays d’origine, leur dépistage ou leur diagnostic est effectué en France dans une très forte majorité des cas (c’est le cas de 80 % des maladies graves et de 95 % pour les infections virales chroniques).

Les immigrés précaires sont confrontés à deux types de problèmes :
- la difficulté de recours aux soins ;
- l’insuffisance de proposition du bilan de santé recommandé, notamment pour le dépistage des hépatites et de l’infection à VIH.

Souvent, les immigrés vont attendre les manifestations cliniques de la maladie pour consulter de nouveau, parfois plusieurs années plus tard, sans avoir pu bénéficier de la prise en charge médicale destinée à ralentir l’évolution et prévenir les complications graves.

Précarité et sida

La précarité fait le lit de l’épidémie en rendant les personnes plus vulnérables au VIH, d’autre part le VIH rend plus précaire.

Les conditions de vie précaire constituent des éléments préjudiciables à la santé des personnes qu’elles affectent, à la mise en œuvre de comportements préventifs et à l’accès aux soins des patients concernés.

Les centres médico-sociaux (CMS) et consultations médicales de première ligne

Depuis 1998, la direction de l’action de l’enfance et de la santé de Paris propose des consultations médicales de première ligne gratuites pour les personnes précaires.

Ces consultations de diagnostic et d’orientation (CDO) ont pour but d’initier les soins et de favoriser ensuite le retour au système de soins où doit être poursuivie la prise en charge.

Une étude transversale rétrospective dans quatre CMS parisiens

Différents dépistages gratuits peuvent être proposés dans les CMS. Une étude a analysé les facteurs sociodémographiques et médicaux liés à l’absence de proposition de dépistages du VIH/sida et des hépatites B et C aux immigrés primo-consultants en CDO.

Environ 500 patients ont été inclus dans l’étude. Pour chaque infection virale, l’absence de proposition de dépistage a été analysée en fonction de l’origine géographique, de la durée de séjour, du type d’hébergement, de la couverture sociale et du motif de consultation.

L’intérêt de cette étude est qu’elle a été menée auprès d’une population difficile à atteindre et peu représentée dans les grandes enquêtes.

Deux facteurs significativement liés à l’absence de proposition de dépistage

Pour les trois viroses, l’absence de proposition de dépistage était de 45 %. Une grande variabilité était constatée entre les médecins.

En analyse multivariée, les seules variables restant significatives étaient l’origine géographique et la couverture sociale.

- L’origine géographique

L’origine non-saharienne et particulièrement l’origine d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient, était liée à un plus fort pourcentage d’absence de proposition de dépistage.

L’odd de la probabilité d’absence de proposition du dépistage était multiplié par :

  • 1,7 pour les immigrés originaires d’Asie et d’Amérique du Sud ;
  • 2,4 pour les immigrés originaires d’Europe et d’Amérique du Nord ;
  • 3,6 pour les immigrés originaires d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient.

Les médecins semblent proposer le dépistage proportionnellement aux prévalences dans les pays d’origine des immigrés, ce qui est conforme aux recommandations. Cependant, la proposition n’est pas systématique, même chez les personnes les plus à risque, ce qui génère une perte de chance importante en termes de prévention primaire et secondaire.

- La couverture sociale

Les immigrés ayant une couverture sociale se voyaient moins souvent proposer le dépistage.

L’odd de la probabilité d’absence de proposition du dépistage était multiplié par 2,4 pour les immigrés ayant une couverture sociale (couverture maladie universelle ou régime général).

Il faut savoir qu’un immigré précaire, même s’il a une couverture sociale, aura des difficultés à obtenir les mêmes dépistages dans le cadre de la médecine ambulatoire libérale à cause des problèmes financiers, de la barrière de la langue et de la culture, et d’une réticence des praticiens à les recevoir.

Le retour rapide au système de soin ambulatoire classique préconisé dès l’ouverture des droits serait en fait défavorable aux immigrés. Le système de soin actuel n’est pas structurellement en leur faveur et leurs connaissances limitées sur ces viroses ne les poussent pas à demander le dépistage.

Le sexe féminin, lié à un taux plus élevé d’absence de proposition du dépistage des hépatites

D’après les auteurs, l’explication la plus probable serait que les médecins auraient mobilisé des stéréotypes de genre impliquant des pratiques à risques moins fréquentes chez les femmes que chez les hommes.

Le dépistage des patients immigrés économiquement justifié

Plusieurs études épidémiologiques ont argumenté en ce sens.

Il serait souhaitable que les prochaines recommandations de dépistage mettent cet argument en avant auprès des médecins pour les inciter à dépister plus systématiquement les immigrés.

Il faudrait également mettre en garde les praticiens sur le risque à se centrer sur les plus précaires (ceux n’ayant pas de couverture sociale). En effet, les soignants risquent de léser des patients précaires malgré tout, sous prétexte qu’ils sont dans une situation un peu plus favorable.

Les médecins doivent aussi être encouragés à porter plus d’attention aux immigrés d’origine non-saharienne, qui semblent lésés quant aux propositions de dépistage.


Plus de brèves

- Sur précarité et sida

- Sur migrants et sida


Source

- RIGAL, ROUESSE, COLLIGNON. Facteurs liés à l’absence de proposition de dépistage du VIH-sida et des hépatites B et C aux immigrés en situation de précarité . Revue d’épidémiologie et de santé publique, 2011, vol. 59, n° 4, pp. 213-221.

- Hutton DW, Tan D, So SK, Brandeau ML. Cost-effectiveness of screening and vaccinating Asian and Pacific Islander adults for hepatitis B . Ann Intern Med., 2007 Oct 2, 147(7), 460-9.

- Veldhuijzen IK, Toy M, Hahné SJ, De Wit GA, Schalm SW, de Man RA, Richardus JH. Screening and early treatment of migrants for chronic hepatitis B virus infection is cost-effective . Gastroenterology, 2010 Feb, 138(2), 522-30. Epub 2009 Oct 29.

- Comede. Migrants/étrangers en situation précaire : repères. [en ligne]. Disponible sur <http://www.inpes.sante.fr/guide_comede/pdf/2-Reperes.pdf>. (consulté le 26.09.2011)

- CRIPS. Migrants et VIH/Sida [en ligne]. Septembre 2009. Disponible sur <http://paca.lecrips.net/spip.php?article163>. (consulté le 26.09.2011)


avec zotero, format d’exportation american medical association

Anon. Migrants et VIH/sida - Crips PACA (Centre régional d’information et de prévention du sida Provence-Alpes-Côte d’Azur Marseille Nice). Available at : http://paca.lecrips.net/spip.php?ar.... Consulté octobre 6, 2011.


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