Protéinurie et association avec le VIH chez l’enfant à Kinshasa (République démocratique du Congo)

Publié le 30.08.2012 | par Patricia Fener

En Afrique subsaharienne, l’ampleur des atteintes rénales dans l’infection à VIH/sida chez l’enfant est peu documentée, alors que cette région en serait le plus grand foyer au monde. Une étude réalisée au sein des Cliniques Universitaires de Kinshasa (République démocratique du Congo) a permis d’évaluer la prévalence de la protéinurie chez des enfants et d’étudier son association avec l’infection par le VIH.

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VIH, protéunirue, bandelette urinaire ;Wikimedia commons Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Unported license.

Une étude transversale dans six formations médicales de Kinshasa

Entre août 2008 et février 2009, 194 enfants d’âge inférieur ou égal à 18 ans ont été inclus dans l’étude. Parmi eux, 101 étaient infectés par le VIH et naïfs de traitement antirétroviral (groupe 1) et 93 enfants, non infectés, ont servi de groupe témoin (groupe 2).

Les enfants VIH+ ont été recrutés dans la file active des Cliniques Universitaires de Kinshasa (n = 15), de l’hôpital Saint-Joseph de Limete (n = 18), du centre hospitalier Kabinda/MSF (n = 15), du centre hospitalier Monkole (n = 20), du centre pédiatrique de Kimbondo (n = 17) et du centre de traitement ambulatoire de l’ONG de lutte contre le VIH/sida dénommée Amo Congo (n = 16). Ces différentes structures sont soutenues par le Programme national de lutte contre le sida (PNLS), créé par décret présidentiel le 17 mars 2004.

La recherche d’une élimination anormale de protéines [1] dans les urines a été recherchée à la bandelette réactive Combur 9. Lorsque la protéinurie était supérieure ou égale à une croix, celle-ci a été quantifiée dans les 48 heures par la méthode d’Esbach sur les urines collectées pendant 24 heures. Les déterminants de la protéinurie ont été recherchés par régression logistique.

La protéinurie était dite néphrotique pour toute valeur supérieure ou égale à 50 mg par kg par 24 heures.

La probabilité de présenter une protéinurie, plus importante chez les enfants VIH+

L’âge médian de l’ensemble des enfants était de 84 mois (9–221mois).

Pour les enfants infectés, la médiane était de 76 mois (9–221mois) avec un sex-ratio de un garçon pour une fille. La prévalence de la protéinurie dans ce groupe était de 23,8 %. Les enfants VIH+ avaient sept fois plus de probabilité de présenter une protéinurie que les enfants non infectés (OR 6,9 ; IC à 95 % : 2,3–20,8 ; p < 0,001).

Le taux de prévalence de la protéinurie retrouvé à Kinshasa rejoint les résultats d’autres études réalisées dans le monde, aussi bien chez l’enfant que chez l’adulte.

L’immunodépression importante, un facteur déterminant dans la survenue de la protéinurie

Le principal déterminant indépendant de la protéinurie est l’immunodépression importante (OR ajusté 10,4 ; IC à 95 % : 3,34–32,48 ; p < 0,001).

Une immunodépression importante augmente d’environ dix fois la probabilité pour un enfant infecté par le VIH d’être associée à une protéinurie par rapport à un enfant infecté avec une immunodépression non importante ; l’âge, le sexe, la pression artérielle, le stade clinique étant contrôlés. (OR ajusté = 10,42 ; IC à 95 % : 3,3–32,5 ; p < 0,001).

L’immunodépression importante correspond aux stades avancé et sévère de l’OMS et aux seuils de CD4 suivants :
- taux de CD4 inférieur à 30 % des lymphocytes totaux pour un âge inférieur à 11 mois ;
- taux de CD4 inférieur à 25 % des lymphocytes totaux pour un âge compris entre 12 à 35 mois ;
- taux de CD4 inférieur à 20 % des lymphocytes totaux pour un âge compris entre 36 à 59 mois ;
- taux de CD4 inférieur à 350 éléments/mm3 pour un âge supérieur ou égal à cinq ans.

Il existe une corrélation négative entre la protéinurie et le taux bas de lymphocytes T CD4. Le taux de lymphocyte T CD4 est un reflet indirect de la charge et de la réplication virale. La réplication du VIH est responsable au niveau du tissu rénal de la prolifération des cellules épithéliales glomérulaires et tubulaires, à l’origine de la hyalinose, responsable de la protéinurie et de l’"HIV-1-associated nephropathy” (HIVAN).

Les atteintes rénales dans l’infection à VIH sont multiples

Dans la population d’origine africaine, la néphropathie liée au VIH est l’atteinte la plus fréquente, avec une évolution progressive vers l’insuffisance rénale terminale.

En ce qui concerne la pathogenèse des lésions conduisant à la protéinurie, le rôle direct du VIH, de ses protéines et de certains gènes sur les cellules épithéliales glomérulaires, tubulaires et pariétales est suspecté.

La protéinurie reste le facteur diagnostic d’orientation le plus fiable pour établir le diagnostic, bien que le diagnostic formel de l’atteinte rénale liée au VIH repose sur l’examen histopathologique.

La protéinurie est fréquente chez les enfants congolais. L’infection par le VIH augmente significativement la probabilité de présenter une protéinurie chez les enfants, notamment en cas d’immunodépression sévère. La recherche de la protéinurie doit donc être régulière dès le diagnostic de l’infection par le VIH, surtout dans les pays en développement où le dosage de lymphocyte T CD4 n’est pas toujours réalisable. Les résultats de cette étude invitent à se poser la question du temps idéal de mise sous antirétroviraux (ARV) dans le but de réduire la fréquence de la protéinurie chez les enfants infectés par le VIH.


Source

1. Ekulu PM, Nseka NM, Aloni MN, et al. Prévalence de la protéinurie et son association avec le VIH/sida chez l’enfant à Kinshasa, Congo. Néphrologie & Thérapeutique. 2012 ;8(3):163-167.
2. République démocratique du Congo. Programme national multisectoriel de lutte contre le sida. Available at : http://www.pnmls.cd/beta/#. Consulté août 30, 2012.


[1] Il existe une élimination physiologique de protéines dans les urines, pour moitié par filtration glomérulaire (composée essentiellement d’albumine , 30mg/j), et pour moitié de protéines d’origine tubulaire (protéine de Tamm-Horsfall). Par contre la plupart des protéines de bas poids moléculaires ( < 70 000 kd) filtrées sont réabsorbées dans le tube proximal (processus actif endocytose, transporteurs) et ne sont pas retrouvées dans les urines.
On parle de protéinurie lorsque l’élimination dans les urines excède 150 mg/24h.
Source : PROTEINURIE ET SYNDROME NEPHROTIQUE CHEZ L’ENFANT

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