Qualité de vie du patient VIH+ : prendre en considération ses perceptions

Publié le 13.12.2010 | par Patricia Fener

L’avénement des multithérapies antirétrovirales a entraîné une amélioration du pronostic de l’infection à VIH, avec apparition de nouveaux paramètres à prendre en considération tels que l’observance et la qualité de vie. Un entretien de la revue "Sexologos" avec le Dr Bruno Spire, de l’INSERM, montre que la qualité de vie d’une personne VIH+ sous traitement peut être évaluée et améliorée en tenant compte des perceptions du patients.

PNG - 11.3 ko
VIH, perceptions, qualité de vie ;Wikimedia commons

La qualité de vie, un concept défini par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) comme un état de bien-être physique, psychologique et social

Il existe des échelles d’évaluation de la qualité de vie mais qui présentent des limites dans le cadre de l’infection à VIH/sida.
- Echelles génériques : SF-36, SF-12, WHOQOL.
- Echelles spécifiques : MOS-HIV, WHOQL-HIV.

L’utilisation de ces échelles ne permet pas de bien observer les changements au cours du temps et certaines dimensions spécifiques du VIH, comme le sommeil ou la sexualité, sont négligées.

La qualité de vie est fondée sur des mesures de perception du patient en matière de :
- satisfaction du traitement antirétroviral ;
- satisfaction de sa vie sexuelle ;
- ressenti de ses symptômes cliniques ;
- évaluation de son humeur (dépression, irritabilité, anxiété).

La qualité de vie peut être estimée sur des mesures de comportements vis à vis de :
- l’observance des traitements ;
- la sexualité.

Le traitement a un impact positif sur la qualité de vie
La cohorte multicentrique nationale APROCO montre que la proportion de patients ayant une qualité de vie satisfaisante après un an de traitement passe de 36 à 46 %, différence très significative (p=0,001).

Les facteurs associés à la qualité de vie des patients traités sont multiples. On distingue :
- des facteurs sociaux (minima sociaux, type de logement, vie en couple) qui généralement évoluent peu dans le temps ;
- des facteurs psychologiques (dicibilité du statut de séropositivité au VIH, discrimination due au VIH, rejet des soignants, score d’anxiété, score de dépression) ;
- des facteurs modifiables par le soin, liés à l’efficacité et à la tolérance perçue. Les effets indésirables perçus par le patient peuvent être considérés comme un indicateur simplifié de la qualité de vie.

La qualité de vie sexuelle ne dépend pas des facteurs médicaux
Sur la base d’un échantillon représentatif de la population séropositive en France (enquête ANRS VESPA), et grâce aux résultats des entretiens en face-à-face sur système CAPI multimédia (Computer Assisted Personal Interview), du questionnaire médical (taux de CD4, charge virale, traitement en cours), et d’un auto-questionnaire contenant des échelles psychométriques, il apparaît que :
- les troubles de la sexualité sont fréquents chez les sujets VIH+ traités ;
- les marqueurs cliniques de la maladie (taux de CD4, niveau de la charge virale, stade clinique), l’âge, le niveau d’éducation sont des facteurs non associés à l’existence de trouble de la sexualité, chez le patient VIH+ traité ;
- le vécu du traitement et de la maladie jouent un rôle important.

On peut donc proposer un soutien psychologique à ces personnes dans le but d’améliorer le vécu de l’infection à VIH et d’avoir un impact positif sur le vécu des troubles sexuels.

Il semble donc que la qualité de vie du patient infecté par le VIH et bénéficiant d’un traitement antirétroviral soit objectivable. Il faut cependant se rendre à l’évidence, il n’existe pas un seul instrument simple permettant d’explorer ce paramètre et la mesure des perceptions des patients apparaît désormais comme la plus informative.


Source :
-  Privilégier les perceptions du patient
G. Bozet
Sexologos, 2010, n°38, p.8
-  docvadis  : La qualité de vie des patients infectés par le VIH

Ce site utilise phpmyvisites pour analyser l'audience et améliorer son contenu