Quels sont les déterminants de l’observance du traitement chez les patients VIH ?

Publié le 27.01.2010 | par Claire Criton

L’observance est un des facteurs clef de l’efficacité du traitement dans l’infection à VIH/sida. Il semblerait que 95 % d’adhérence au traitement soit nécessaire pour maintenir une totale suppression de la réplication du virus. Comprendre les facteurs associés à l’adhérence afin de pouvoir l’augmenter est devenu un enjeu majeur dans la prise en charge de la maladie. Une étude s’est intéressée à l’un des déterminants de l’observance : les représentations du patient qui concernent sa maladie, son traitement et ses effets secondaires

L’étude

Le groupe étudié est constitué de 61 patients atteints du VIH, sous traitement antirétroviral depuis au moins un an et âgés au minimum de 18 ans, rencontrés au sein du service des maladies infectieuses et tropicales de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris. La moyenne d’âge est de 45 ans. L’échantillon est composé à 80,3 % d’hommes.

Les représentations de la maladie et des effets secondaires du traitement ont été évaluées à l’aide du questionnaire autoadministré de représentation de la maladie : l’IPQ-R (Revised Illness Perception Questionnaire).

L’observance au traitement antirétroviral a été évaluée à l’aide du questionnaire autoadministré d’observance mis au point par Tarquinio et al.

Les résultats

Les résultats mettent en évidence une influence de la représentation de la maladie sur l’observance.

- les malades pensant avoir un contrôle personnel sur leur maladie ont une moins bonne observance. Ils respectent moins les consignes concernant les prises médicamenteuses (horaires, doses et modalités). Les actions personnelles de contrôle de la maladie, en termes d’hygiène de vie par exemple seraient privilégiées au détriment d’un suivi strict des consignes pour la prise du traitement antirétroviral.

- les personnes ressentant le plus de symptômes seraient les moins observantes avec des oublis ou des erreurs de prises, et des interruptions dans leur traitement sans avis médical.

- les patients VIH auraient une représentation différenciée des symptômes attribués au VIH et de ceux attribués au traitement. Les symptômes ressentis seraient liés préférentiellement aux effets secondaires du traitement antirétroviral. Le VIH étant devenu, grâce aux traitements, une maladie chronique et le plus souvent asymptomatique, c’est le traitement qui va être à l’origine le plus souvent des symptômes.

- l’étude montre une corrélation très significative : plus les patients attribuent d’effets secondaires à leur traitement, moins ils sont observants. Il semblerait que la perception des effets secondaires ait plus d’impact sur le degré d’observance que la toxicité réelle des molécules.

- les sujets pensant avoir été contaminés à cause de leur état psychologique (stress, ennuis, attitude mentale, problèmes de famille ou soucis) sont moins compliants aux médecins, c’est-à-dire qu’ils respectent moins les recommandations en termes d’hygiène de vie et de prise de traitement.

- les patients pensant avoir été contaminés à cause de facteurs de risques sont plus résistants aux prescriptions (erreurs dans les prises, oublis de prises, arrêt du traitement sans avis médical). Les facteurs de risques invoqués sont : l’hérédité ou l’influence familiale, le régime ou les habitudes alimentaires, la pollution de l’environnement, la consommation d’alcool, la consommation de tabac, la consommation de drogue.
Les auteurs se demandent si les patients ayant des scores élevés à ce facteur ont bien compris leur maladie et ses modes de transmission. Ces patients pourraient aussi être dans le déni de leur maladie. Le sida est une maladie socialement stigmatisée et ses modes de transmission peuvent être perçus comme « honteux » par la population ou par le sujet lui-même. Ainsi, il est possible que les patients préfèrent dire que leur contamination est due à ces facteurs de risques plutôt qu’à une contamination sexuelle par exemple. L’une ou l’autre de ces hypothèses permettrait d’expliquer pourquoi les patients présentant des scores élevés aux facteurs de risques sont moins observants.

- les sujets pensant avoir été contaminés lors d’une intervention médicale se révèlent plus résistants aux prescriptions. Il est possible que ces sujets soient méfiants à l’égard des médecins et des traitements du fait qu’ils pensent avoir été contaminés à l’hôpital lors de « mauvais soins ».

Conclusions

Les dimensions de représentation de la maladie ayant une influence sur l’observance sont :
- la perception des effets secondaires : plus le sujet perçoit d’effets secondaires au traitement antirétroviral, moins il est observant.
- la cause supposée de la contamination, particulièrement lorsque celle-ci est attribuée à des facteurs de risques : lorsque le sujet attribue l’origine de sa maladie à des facteurs de risques, il est moins observant.
- le contrôle personnel : lorsque le sujet pense avoir un contrôle personnel sur sa maladie, il est moins observant.

L’individu construit une représentation de sa maladie qui va guider l’adaptation à cette dernière. Il procède dans un second temps à l’évaluation de l’efficacité des stratégies d’adaptation mises en place.

Par le biais de la thérapie cognitive, le psychologue peut aider le patient en lui fournissant des informations supplémentaires sur le VIH et le traitement et en l’aidant à ajuster ses représentations cognitives de la maladie. Lors des consultations auprès du psychologue, les patients posent souvent beaucoup de questions au sujet des mécanismes du VIH et du traitement. Ainsi, le psychologue peut tenir spontanément un rôle d’informateur. Des thérapies de « counseling » apparaissent. Elles s’inspirent de la thérapie comportementale et cognitive et visent à prendre en compte les multiples facteurs influençant l’observance : les facteurs cognitifs développés dans cette études, les facteurs émotionnels, comportementaux et les facteurs sociaux.

Les résultats de étude indiquent que les représentations de la maladie expliquent 30,2 % de la variance de l’observance. D’autres facteurs doivent être pris en compte. L’observance au traitement est un phénomène complexe et plurifactoriel qui nécessite d’être approfondi lors de recherches ultérieures.

Dans la presse scientifique

-  Les représentations de la maladie et des effets secondaires du traitement antirétroviral comme déterminants de l’observance chez les patients VIH  ; C. Ferreira, M.-C. Gay, F. Regnier-Aeberhard, F. Bricaire ; Annales Médico-psychologiques, revue psychiatrique, Volume 168, Issue 1, February 2010, Pages 25-33

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