Réactions sur tatouage chez les patients infectés par le VIH

Publié le 03.01.2011 | par Patricia Fener

Le tatouage expose les patients infectés par le VIH aux mêmes risques infectieux que les sujets indemnes. Le tatouage n’est pas contre-indiqué dans cette population, dans la mesure où l’infection est contrôlée et l’immunité efficace. Certaines complications semblent toutefois survenir exclusivement chez le sujet VIH+, telles que des réactions granulomateuses et eczématiformes non infectieuses lors du syndrome de restauration immune après mise sous thérapie antirétrovirale type HAART, et des cas de leishmanioses sur tatouage.

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VIH et tatouage ;Wikimedia commons - Henri de Toulouse-Lautrec : “the tattooed woman” (1894)

Le tatouage désignant l’introduction de pigments minéraux ou végétaux dans la peau n’est pas sans danger !
Ces pigments introduits sous l’épiderme à des profondeurs variables produisent une coloration ou des dessins quasi-permanents. Cette pratique expose en particulier au risque d’inoculation de germes.

Quelques complications cutanées spécifiques aux sujets VIH+

- Des réactions granulomateuses et eczématiformes non infectieuses :
Ces types de lésions cutanées ont été décrits sur trois tatouages d’un patient de 36 ans lors d’un syndrome de restauration immune après mise sous thérapie antirétrovirale type HAART.

- Des manifestations cutanées infectieuses chez des patients atteints d’une leishmaniose viscérale :
La leishmaniose viscérale est une infection opportuniste, en augmentation croissante chez les personnes infectées par le VIH ayant fréquenté des zones d’endémie telles que l’Amérique centrale, l’Amérique du sud, l’Inde, le bassin méditerranéen et l’Afrique tropicale.
Il s’agit d’une réticulo-endothéliose parasitaire dont l’agent pathogène est un zooflagellé appartenant au genre Leishmania transmis par la piqûre d’un insecte, le phlébotome.

Des leishmanies sur tatouage ont été rapportées chez des patients VIH+, notamment en Espagne, où Leishmania infantum est l’agent étiologique le plus fréquemment retrouvé. On estime qu’entre 1% et 5% des sujets infectés par le VIH développent une leishmaniose viscérale, avec une prépondérance chez les usagers de drogues par voie intraveineuse (plus de 85% des associations VIH-leishmaniose sont associées au partage des aiguilles).

Des leishmanies à un stade amastigote ont été identifiées sur la biopsie d’un tatouage d’un jeune homme infecté par le VIH. Ce dernier était suivi et traité pour une leishmaniose viscérale à Leishmania infantum. La sérologie de la leishmaniose était positive (1/12800) et le taux de lymphocytes CD4 était de 223 par μL.

Cliniquement, les lésions sont peu spécifiques, apparaissant sous la forme d’infiltration des tatouages, de papules et de nodules.

Au niveau pathogénique, on sait que les leishmanies présentent un tropisme pour les macrophages qui lors du tatouage se concentrent dans le derme des zones tatouées pour assimiler les pigments introduits dans la peau. Il ne s’agit donc pas ici de cas de « leishmanioses d’inoculation ».

Dans la majorité des cas les complications infectieuses cutanées apparaissent relativement rapidement (dans les jours voire les semaines suivant la séance)

Il peut s’agir :

- d’infections à germes pyogènes (staphylocoques, streptocoques, Pseudomonas aeruginosa …) ;

- d’infections à germes atypiques (mycobactéries environnementales, tuberculose, lèpre) ;

Depuis quelques années, on note une recrudescence de cas de mycobactérioses atypiques sur tatouage.
Cliniquement, elles se manifestent dans les trois mois suivant le tatouage sous la forme de nodules érythémateux localisés, voire d’abcès fistulisés et, très récemment, Mycobacterium abcessus a été identifié après écouvillonnage d’un semis de lésions pustuleuses sur un tatouage du dos chez un patient brésilien.
Le plus souvent, les infections par mycobactéries atypiques se révèlent surtout sur un mode épidémique. Les mêmes symptômes cutanés sont retrouvés chez plusieurs clients d’un même studio pendant une période donnée car le diagnostic est souvent retardé.

- d’infections virales (molluscum contagiosum, herpès)

Le molluscum contagiosum est une infection cutanée et muqueuse causée par Molluscum contagiosum virus, un poxvirus du genre molluscipox survenant chez les enfants, les adultes sexuellement actifs et les immunodéprimés. La transmission se fait par contact direct avec un hôte infecté et par auto-inoculation. Le délai d’incubation varie entre une semaine et plusieurs mois.

Neuf cas de molluscum contagiosum sur tatouage ont été publiés dans la littérature, la plupart chez des hommes âgés de 20 à 59 ans.
Les lésions cutanées, strictement localisées au niveau du tatouage, apparaissent entre deux semaines et six mois après réalisation du tatouage.

- d’infections mycosiques et parasitaires

Les complications infectieuses sur tatouage sont diverses et variées. Elles sont essentiellement dues à une erreur d’asepsie pendant la séance par le tatoueur ou pendant la phase de cicatrisation par le client. La formation et l’éducation des tatoueurs aux règles d’asepsie, actuellement en cours en France, sont indispensables pour réduire le risque infectieux au minimum.

L’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps) organise un système de vigilance afin de surveiller les risques d’effets indésirables résultant de l’utilisation des produits de tatouage. Cette surveillance s’exerce sur tous les produits après leur mise sur le marché.



Source :
-  Complications infectieuses cutanées associées au tatouage permanent
N. Kluger
Médecine et Maladies Infectieuses, sous presse

-  Santegouv  : Tatouage par effraction cutanée et perçage
-  Afssaps  : produits de tatouage :
-  Legifrance  : Décret n° 2008-149 du 19 février 2008 fixant les conditions d’hygiène et de salubrité relatives aux pratiques du tatouage avec effraction cutanée et du perçage, et modifiant le code de la santé publique (dispositions réglementaires)

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