Résistance aux antirétroviraux chez les enfants infectés par le VIH

Publié le 03.05.2011 | par Patricia Fener

Dix pour cent des enfants infectés par le VIH et traités par antirétroviraux présentent une résistance aux trois principales classes de médicaments, inhibiteurs nucléosidiques et non nucléosidiques de la transcriptase inverse et inhibiteurs de la protéase ; tels sont les résultats d’une étude internationale publiée récemment dans la revue « The Lancet ».

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VIH, antirétroviraux, résistance, échec virologique ;Wikimedia commons ; Figures in the "Seeds of Hope" garden at Guildford Cathedral

Les recommandations actuelles en matière de prise en charge des enfants infectés par le VIH

- initiation précoce du traitement antirétroviral chez les enfants VIH+ pour limiter le risque d’évolution de la maladie ;

- maintien d’une adhésion aux traitements sur le long terme, élément indispensable pour obtenir la suppression virale et éviter la survenue de résistances aux antirétroviraux.

Les résultats issus des cohortes COHERE

COHERE (Collaboration of Observational HIV Epidemiological Research Europe) [1] est une structure qui regroupe 33 cohortes de 30 pays européens visant à conduire des recherches épidémiologiques nécessitant de très grandes bases de données.

Le taux de résistance aux trois grandes classes d’antirétroviraux a été étudié chez 1007 enfants âgés de moins de 16 ans, infectés par le VIH en période périnatale et traités par au moins trois molécules entre 1998 et 2008.

Les estimations Kaplan-Meier et la régression de Cox ont été utilisées pour évaluer le risque de développer une résistance aux antirétroviraux.

Un enfant sur 10 présente une résistance aux trois classes d’antirétroviraux

- le suivi médian des 1007 enfants était de 4,2 ans ;

- 237 (soit 24%) avaient reçu les trois classes d’antirétroviraux ;

- une triple résistance a été trouvée chez 105 enfants, soit chez 10 pour cent ;

- un quart de ces 105 patients n’a jamais obtenu une charge virale du VIH inférieure à 500 copies d’ARN par millilitre.

L’incidence de la résistance à ces trois classes d’antirétroviraux augmente avec le temps
- cinq ans après l’initiation du traitement, l’échec virologique pour les trois classes touchait 12% des enfants ;

- au bout de 8 ans de traitement 20% des enfants présentaient une résistance à ces trois classes d’antirétroviraux.

- en analyses multivariées, un âge plus élevé lors de l’initiation des antirétroviraux est associé à un risque augmenté de triple résistance.

Un risque d’échec virologique plus élevé que chez les adultes infectés par le VIH par voie hétérosexuelle

Parmi les 686 enfants ayant démarré un traitement antirétroviral par les inhibiteurs nucléosidiques de la transcriptase inverse (INTI), associés à un inhibiteur non nucléosidique (INNTI) ou à une antiprotéase boostée au ritonavir, le risque de triple résistance est multiplié par 2,2 chez les enfants, comparé à ce que l’on constate chez les adultes hétérosexuels VIH+.

Le défi à relever chez les enfants infectés par le VIH et traités par les trois grandes classes d’antirétroviraux est l’obtention d’une suppression virale sur le long terme. Pour atteindre cet objectif, les auteurs recommandent d’identifier précocement les enfants ne répondant pas aux antirétroviraux, de faire comprendre l’intérêt de la compliance aux traitements, surtout chez les jeunes de plus de 13 ans et de simplifier les stratégies thérapeutiques.


Source

- Risk of triple-class virological failure in children with HIV : a retrospective cohort study
The Lancet : Early online publication, 20 april 2011

Pour en savoir plus :
-  OMS  : Recommandations rapides : traitement antirétroviral de l’infection à VIH chez l’adulte et l’adolescent
-  Rapport YENI 2010  : traitement antirétroviral


[1] Cette initiative est pilotée par Ian Weller, Président (University College, Londres), Dominique Costagliola (INSERM U720, Paris) et Bruno Ledergerber (Swiss HIV COhort), vice-présidents, Geneviève Chêne (INSERM U593, Bordeaux) et JD Lundgren (CHIP, Copenhague), investigateurs principaux et responsables des deux centres coordonnateurs régionaux. Les cohortes d’adultes, d’enfants et de mères infectées sont partie prenante de cette collaboration dont le premier projet a vu le jour en 2005.

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