Retard staturo-pondéral des enfants VIH+ au Cameroun

Publié le 23.08.2010 | par Patricia Fener

Une enquête cas-témoin réalisée à la Faculté de Médécine et des Sciences Biomédicales de l’Université de Yaoundé, au Cameroun, a permis de montrer l’existence d’un retard staturo-pondéral chez les enfants infectés par le VIH.

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VIH/sida,enfants, Cameroun. Wikimedia commons




Ce travail d’épidémiologie descriptive a été conduit de septembre 2008 à octobre 2009 auprès de 39 enfants âgés de 6 semaines à 15 ans, VIH+, appariés suivant le sexe et l’âge.
- L’âge moyen des enfants infectés par le VIH était de 45,3 ± 41,59 mois contre 44,4 ± 40,68 chez les enfants sains (P = 0,81).
- Le poids moyen était chiffré à 13,57 ± 8,82 kg pour les VIH+ contre 17,03 ± 8,04 chez les non infectés (P < 0,05).
- La taille moyenne était de 94,04 ± 61,22 cm chez les jeunes VIH+ contre 98,1 ± 24,9 chez les témoins (P < 0,05).
- Parmi les enfants infectés :
  • 20,5% présentaient une émaciation [1] contre 0% chez les non infectés ;
  • 56,4% étaient sous-nutris [2]contre 2,6% chez les témoins ;
  • le retard statural était diagnostiqué chez 51,3% des enfants infectés.

Le retard de croissance, une complication majeure chez l’enfant VIH+
L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a mis au point des normes de croissance pour le nourrisson et l’enfant de moins de cinq ans, résultat d’une étude multicentrique sur la référence de croissance menée de 1997 à 2003.

Le retard de croissance constitue selon l’OMS 60 % des manifestations du VIH/sida chez l’enfant.

L’infection à VIH peut se manifester sous deux formes différentes chez l’enfant mais un retard de croissance peut apparaître au cours de chacune d’elles.
- Une forme précocement sévère :

  • elle concerne 15 à 20% des enfants ;
  • elle se caractérise par un déficit immunitaire sévère et/ou une encéphalopathie VIH au cours de la première année de vie ;
  • la survie est de 10% à 5 ans.

- Une forme lentement évolutive :

  • elle touche 80 à 85% des enfants VIH+ ;
  • le délai moyen d’installation du sida est comparable à celui observé chez l’adulte ;
  • la survie est de 95% à 5 ans.

- Le retard de croissance est le plus souvent secondaire à un retard pondéral dû à des troubles digestifs. La malnutrition peut être en cause.
- Il traduit souvent une aggravation du statut immunitaire.
- L’ajustement du traitement antirétroviral quand il est accessible, permet le plus souvent une reprise pondérale puis staturale.
- Dans quelques cas rares, le retard de croissance survient en dehors de toute anomalie digestive et traduit un problème endocrinien. La conséquence de ces problèmes nutritionnels et /ou endocriniens est une puberté retardée.

Quels sont les principaux modes de transmission du VIH/sida chez l’enfant ?
- la transmission mère-enfant ;
- la transmission sexuelle ;
- la transmission sanguine, lors de transfusions ;
- les autres voies de contamination : excision, circoncision, tatouages, scarifications, injections avec du matériel mal stérilisé.

L’épidémiologie du VIH/sida au Cameroun
Le Cameroun est touché par une épidémie généralisée de VIH, avec une prévalence des adultes âgés de 15 à 49 ans de 5,5%. Selon les données 2008 de l’ONUSIDA, 45.000 [38.000 - 51.000] enfants de moins de 15 ans vivent avec le VIH.
Pour faire face à cette épidémie, le pays a souhaité décentraliser la réponse médicale. Désormais, presque tous les districts médicaux sont équipés pour traiter la transmission mère-enfant du VIH. En 2009 près de 46% des personnes à un stade avancé de la maladie recevaient une thérapie antirétrovirale contre 38% en 2008.

Cette étude réalisée au Cameroun montre que les enfants infectés par le VIH présentent un retard statural, pondéral et une émaciation.

Mots-clés : retard staturo-pondéral, retard de croissance, émaciation, taille, poids corporel, enfant, VIH, sida, Yaoundé, Cameroun


Sources :
-  Croissance staturo-pondérale des enfants infectés par le VIH à Yaoundé
J. Lebela Epse Djapa, A. Chiabi, M. Kobela, E. Tetanye
Archives de Pédiatrie, Volume 17, Issue 6, Supplement 1, June 2010, Page 94
-  Institut de Médecine et d’Epidémiologie Appliquée (IMEA) : Histoire naturelle de l’infection à VIH chez l’enfant
C. Courpotin, 31/10/2005
-  OMS  : Normes de croissance de l’enfant
-  OMS  : Normes OMS de croissance de l’enfant
-  ONUSIDA  : La conférence internationale s’ouvre au Cameroun

Pour en savoir plus :
-  ONUSIDA  : Cameroun
-  IRD  : Sida : le Cameroun relève le défi
-  Epidémiologie du VIH au Cameroun
Estimation de l’incidence á partir des données de prévalence
Georges Parfait DJIMEFO ; 10/12/2007
- Annuaire du réseau africain des personnes vivant avec le VIH : "Cet inventaire contient une liste de réseaux et associations de personnes vivant avec le VIH (PVVIH) sur le continent africain et met à jour des données utiles sur ces associations."


[1] L’émaciation est définie par un rapport poids/taille inférieur à moins 2 écarts-types (<-2ET) de la médiane de la référence NCHS/OMS.

[2] La sous-nutrition résulte tout autant d’une alimentation inadéquate que de mauvaises conditions sanitaires. Une alimentation inadéquate est le résultat de pratiques alimentaires inadaptées et/ou d’une alimentation insuffisante. Des pratiques alimentaires inadéquates font référence non seulement à la qualité et à la quantité des aliments proposés aux jeunes enfants, mais aussi aux étapes de leur introduction. Les mauvaises conditions sanitaires augmentent, chez les jeunes enfants, le risque de contracter des maladies, en particulier les maladies diarrhéiques, qui affectent à leur tour l’état nutritionnel de l’enfant. Une alimentation inadéquate et un environnement sanitaire déficient sont le reflet des conditions socioéconomiques.

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