Risque infectieux dans les prisons françaises

Publié le 02.11.2011 | par Patricia Fener

Le dispositif français de prévention du risque infectieux en milieu pénitentiaire est insuffisamment déployé. Le risque infectieux y est élevé car il existe un problème d’accessibilité aux mesures de prévention préconisées au plan national et international. Ce sont les conclusions d’une enquête récente (étude Pri2de) qui soulèvent le problème des moyens de mise en oeuvre d’une politique de santé publique efficace dans les prisons françaises.

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Risque infectieux, VIH, prison ;Wikimedia commons Joseph Wright of Derby. “Small Prison Scene”.

Un encadrement du risque infectieux en prison

En France, la prévention du risque infectieux en milieu pénitentiaire est encadrée par deux textes :
- une circulaire émanant conjointement des ministères en charge de la Justice et de la Santé, datant du 5 décembre 1996 (circulaire DGS/DH/DAP n°96-739) ;
- un guide méthodologique relatif à la prise en charge sanitaire des personnes détenues et actualisé en 2004.

Une enquête basée sur les réponses à un questionnaire adressé à chaque responsable d’unité médicale de l’ensemble des prisons françaises en novembre 2009

- Un questionnaire comprenant 10 sections et 46 items portant sur la disponibilité, l’accessibilité et la connaissance des prévenus concernant :

  • l’eau de javel ;
  • les préservatifs et lubrifiants ;
  • les traitements de substitution aux opiacés (TSO) ;
  • l’information transmise aux détenus sur le VIH, les hépatites virales, les infections sexuellement transmissibles (IST) et la réduction des risques ;
  • l’utilisation éventuelle de dispositifs ou d’outils de réduction des risques non prévus par la circulaire de 1996, mais existants dans le référentiel national des actions de réduction des risques en direction des usagers de drogues du 14 avril 2005 ;
  • les outils et protocoles concernant d’autres pratiques à risque sur le plan infectieux (coiffage, objets d’hygiène, tatouage, piercing…) ;
  • le dépistage du VIH et des hépatites virales et la vaccination contre l’hépatite B ;
  • le dépistage des IST ;
  • les traitements post-exposition (TPE) ;
  • les actes de soins dispensés en détention au décours de pratiques à risque présumées (soins d’abcès, infections cutanées liées au piercing, tatouage…).

Un déficit majeur dans l’application des mesures de prévention en prison

Soixante-six pour cent des établissements ont répondu, ce qui correspond à une couverture de 74% de la population incarcérée.

Il existe des dispositions réglementaires mais celles-ci sont peu connues et insuffisamment mises en pratique. Le calcul d’un score d’observance aux recommandations nationales mais également internationales a permis d’objectiver ce décalage.

Un faible niveau d’accessibilité aux mesures de prévention a été globalement constaté, plus particulièrement pour l’eau de Javel, les traitements de substitution aux opiacés, les préservatifs, la prophylaxie post-exposition pour le VIH et le coiffage.

Un niveau d’observance différent entre centres de détention et maison d’arrêt

Cette différence s’explique par des effectifs soignants plus faibles dans les centres de détention et par la croyance que les pratiques à risque et l’usage de drogues seraient moins fréquents qu’en maison d’arrêt.

Les auteurs concluent que le déploiement du dispositif français de prévention du risque infectieux en milieu carcéral, déjà limité sur le plan réglementaire comparé à celui existant en milieu libre, est insuffisant. Devant ce risque infectieux élevé des propositions sont faites afin d’instaurer une véritable politique de réduction des risques qui passe par la mise à disposition de moyens pour former et élargir les équipes sanitaires et autres intervenants.


Source

1. Institut de veille sanitaire (InVS). Bulletin épidémiologique hebdomadaire n°39/2011. Available at : http://www.invs.sante.fr/Publicatio.... Consulté octobre 25, 2011.
2. Michel L, Jauffret-Roustide M, Blanche J, et al. Limited access to HIV prevention in French prisons (ANRS PRI2DE) : implications for public health and drug policy. BMC Public Health. 2011 ;11:400.

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