Séropositivité au VIH et emploi

Publié le 04.12.2008 | par Patricia Fener

Une interview récente de France Lert, responsable de l’Unité 687 de l’INSERM "Santé publique et épidémiologie des déterminants professionnels et sociaux de la santé", a porté sur les résultats de l’Etude sur l’Emploi des femmes séropositives en France parus dans le Journal du CNRS n°218

Actuellement, on dénombre environ 130 000 séropositifs au VIH en France. Comme le montraient déjà en 2004 les résultats de l’enquête Vespa (VIH : Enquête Sur des Personnes Atteintes ) dont l’objectif était de rendre compte des conditions de vie et de la situation sociale des séropositifs, les personnes vivant avec le VIH ont un taux d’emploi plus faible que la moyenne française. Seulement 56,5% des personnes séropositives de moins de 60 ans avaient un emploi, alors qu’elles étaient 65% dans la population générale.

Cette nouvelle Etude sur l’Emploi des femmes séropositives en France montre que malgré la stigmatisation de cette situation, le problème de l’emploi reste crucial pour les séropositifs. Il apparaît que la situation professionnelle des femmes est plus précaire que celle des hommes car elles doivent faire face à des charges domestiques et familiales souvent plus lourdes et sont donc plus déstabilisées par les effets de la maladie.

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Cette situation déjà précaire face à l’emploi est encore aggravée par certains facteurs :
- Il existe en effet une différence entre les personnes diagnostiquées avant l’ère des trithérapies et celles qui l’ont été plus tard. « Les premières ont un taux d’emploi de 25% inférieur à la population générale, les secondes de 9% ».
- Les personnes à faible niveau d’études sont particulièrement fragilisées. Les femmes séropositives sont souvent moins diplômées et moins qualifiées que les hommes séropositifs.
- Chez les femmes séropositives immigrées récemment qui connaissent des obstacles comme la barrière de la langue ou de statut légal, le taux de non-emploi est encore plus marqué.
- Les femmes se retrouvent de plus en plus souvent seules lorsqu’elles sont infectées par le VIH avec un impact sur leur santé mentale.
- L’altération de l’image corporelle, due aux effets secondaires des traitements antirétroviraux, tels les lipodystrophies, rend ces patients encore plus vulnérables.

De quelles aides peuvent bénéficier les personnes séropositives ?
- LaReconnaissance de la Qualité de Travailleur Handicapé (RQTH) qui permet aux personnes d’accéder à certaines aides à la formation et à l’emploi. Les employeurs publics et privés sont fermement incités à recruter des personnes disposant de la RQTH par la Loi du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées. Une nouvelle loi précise qu’une entreprise n’ayant réalisé aucune action en faveur de l’emploi des travailleurs handicapés d’ici 2009 verra sa contribution Agefiph (Association de gestion du fonds pour l’insertion professionnelle des personnes handicapées) fortement majorée à partir de 2010. Celle-ci passera à 1 500 fois le Smic horaire (contre 400 à 600 fois aujourd’hui).
- Le recours à des structures accompagnant les personnes atteintes de maladies chroniques vers l’insertion professionnelle, telle que Envol insertion

Un guide consacré aux maladies chroniques et à l’emploi a été rédigé suite aux réflexions de AIDES, Jeunes Solidarité Cancer, Cinergie, Vaincre la Mucoviscidose, la CFDT Services et la FNAIR, dans le cadre du projet « Pathologies chroniques évolutives et milieu de travail » (2002-2007) et suite aux demandes exprimées par de nombreuses personnes. Dix hommes et femmes, touchés par une maladie chronique (VIH/sida, cancer, mucoviscidose, insuffisance rénale, ...) font part de leurs propres expériences face à l’emploi. Ce guide, est bien plus qu’un guide des droits face à la maladie, il est surtout l’occasion d’un partage de savoirs, d’un échange de recettes sans complaisance par rapport à la réalité.

Il ressort de cette nouvelle étude qui ne fait que confirmer les résultats des précédentes que les problèmes liés à l’emploi se posent donc de façon toujours très aiguë à la population infectée par le VIH. Comme le Président de la Fédération AIDES, Bruno Spire, le soulignait récemment dans le Journal du CNRS, « nous avons aujourd’hui des traitements qui restaurent une santé correcte, mais il n’existe toujours pas de traitement sociétal du VIH ».

Source :
- Etude Vespa – Interview de France Lert (INSERM 687 – Villejuif), 1er décembre 2008 – Etude sur l’Emploi des femmes séropositives en France Unité INSERM 687 – Journal du CNRS n°218
- Destination santé

Pour en savoir plus :
- ARCAT

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