Sida et maladie opportuniste : intérêt du 1,3-beta-D-glucane pour le diagnostic de pneumocystose pulmonaire chez le patient VIH

Publié le 21.02.2012 | par Claire Criton

Le lavage bronchoalvéolaire (LBA) est l’exploration de choix pour le diagnostic de certitude de pneumocystose pulmonaire chez le patient infecté par le VIH. Lorsque le LBA est impossible à réaliser chez les patients présentant une forme sévère de la maladie, le dosage plasmatique du (1→3)-β-D-glucane peut être proposé.

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Pneumocystose pulmonaire

La pneumocystose, une infection opportuniste du sujet immunodéprimé

Elle est due à un germe saprophyte, Pneumocystis jiroveci.

L’atteinte pulmonaire réalise une pneumopathie interstitielle hypoxémiante souvent bilatérale.

Le lavage bronchoalvéolaire (LBA) en première intention pour un diagnostic de certitude dans la pneumocystose pulmonaire (PCP)

Le diagnostic de certitude de PCP repose en première intention sur la réalisation d’un LBA. Celui-ci est parfois impossible chez les patients présentant une PCP sévère.

L’expectoration induite peut alors être proposée, mais elle n’est pas réalisable dans tous les centres. Sa sensibilité est « opérateur-dépendant », et une PCR positive peut correspondre à une colonisation [1].

1,3-beta-D-glucane, polysaccharide du squelette pariétal de la paroi de nombreux champignons

Le 1,3-beta-D-glucane est un composant de la paroi de nombreux champignons (Candida, Aspergillus, Pneumocystis, Histoplasma. . .).

Il est libéré dans le sang des patients infectés et sa présence marque une infection fongique invasive.

Une étude évaluant les performances du dosage plasmatique du (1→3)-β-D-glucane (1,3-β-DG) pour le diagnostic de PCP

Deux cent quatre-vingt-deux patients, infectés par le VIH et présentant une infection opportuniste classant sida, ont été inclus dans l’étude.

Un diagnostic de pneumocystose pulmonaire (PCP)a été posé pour 173 patients (69 %).

Le diagnostic était :
- “certain” en cas de mise en évidence de P. jirovecii (sur expectoration, lavage bronchoalvéolaire ou biopsie pulmonaire) ;
- “probable” en cas de critère gazométrique ou radiologique compatible, et d’introduction d’un traitement de la PCP.

Le dosage plasmatique du 1,3-β-DG a été réalisé à l’inclusion chez 252 patients, avec un seuil de positivité fixé à 80 pg/mL.

Un taux de 1,3-β-DG significativement plus élevé en cas de pneumocystose

Chez les patients avec PCP, le taux moyen de 1,3-β-DG était de 408 pg/mL versus 37 pg/mL chez ceux sans PCP. Il n’y avait pas de différence significative entre PCP certaine et probable.

Dans cette population, un taux de 1,3-β-DG supérieur à 80 pg/mL avait pour le diagnostic de PCP :

  • une sensibilité de 92 % [2] ;
  • une spécificité de 65 % [3] ;
  • une valeur prédictive de test positif (VPP) de 85 % [4] ;
  • une valeur prédictive de test négatif (VPN) de 80 % [5].

Parmi les 28 patients sans PCP avec un 1,3-β-DG positif, 6 (21 %) avaient une histoplasmose.

Une bonne sensibilité, mais une faible spécificité du 1,3-β-DG pour le diagnostic de pneumocystose pulmonaire

L’histoplasmose était responsable d’un cinquième des faux-positifs.

L’histoplasmose étant rare dans la population européenne, la valeur prédictive de test positif pourrait y être meilleure selon les auteurs.

Cent douze patients avaient une candidose oropharyngée ou oesophagienne, dont 79 % avec un 1,3-β-DG positif. Cependant, l’étude n’a pas retrouvé de lien statistique entre la présence d’une autre pathologie fongique invasive et un taux élevé de 1,3-β-DG, que ce soit chez les patients avec PCP ou sans PCP.

Les données de l’étude ne permettent pas de comparaison avec les performances de l’expectoration induite, dont la spécificité varie de 55 % à 95 % selon les études.

En résumé : en cas de suspicion de pneumocystose pulmonaire chez un patient VIH, le dosage plasmatique de 1,3-β-DG peut être proposé si le lavage bronchoalvéolaire n’est pas réalisable.


Source

1. Anon. Diagnostic de pneumocystose chez les patients infectés par le VIH : une alternative au LBA ? Médecine et Maladies Infectieuses. 2012 ;42(2):89–90.
2. Sax PE, Komarow L, Finkelman MA, et al. Blood (1->3)-beta-D-glucan as a diagnostic test for HIV-related Pneumocystis jirovecii pneumonia. Clin. Infect. Dis. 2011 ;53(2):197–202.
3. Université Médicale Virtuelle Francophone. Pneumocystose. 2011. Available at : http://umvf.univ-nantes.fr/parasito....

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[1] Le concept de colonisation correspond à la détection de Pneumocystis ou de son ADN chez un hôte qui ne présente pas de signe de pneumonie. La colonisation à Pneumocystis est courante chez les patients séropositifs au VIH mais sans pneumonie à Pneumocystis.

[2] La sensibilté d’un signe pour un diagnostic est la probabilité que le signe soit présent chez les individus atteints par la maladie recherchée.

[3] La spécificité d’un signe pour un diagnostic est la probabilité que le signe soit absent chez les individus non atteints par la maladie recherchée.

[4] La valeur prédictive positive d’un signe pour un diagnostic est la probabilité que le diagnostic soit vrai si le signe est présent.

[5] La valeur prédictive négative d’un signe pour un diagnostic est la probabilité que le diagnostic soit faux si le signe est absent.

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