Spermatozoïde et transmission sexuelle du VIH

Publié le 29.03.2010 | par Patricia Fener

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Spermatozoa (arrows) transmit HIV when they attach to dendritic cells (red). Credit : Ceballos, A., et al. 2009. J. Exp. Med. doi:10.1084/jem.20091579

Le sperme est le principal vecteur de la transmission du VIH grâce aux molécules d’héparane sulfate à la surface du spermatozoïde qui permettent l’attachement des particules virales. Le spermatozoïde infecté possède de plus la capacité de transmettre l’infection aux cellules dendritiques et d’induire leur maturation. Une équipe du Centre National de Référence pour le sida, de l’Université de Buenos Aires (Argentine) a publié le résultat de ses recherches sur le sujet dans le "Journal of Experimental Medicine".







Formes contaminantes du VIH dans le sperme

C’est en 1984 que les scientifiques ont mis en évidence la présence du VIH dans le sperme des sujets contaminés. Depuis, de nombreux travaux biologiques, cliniques ou épidémiologiques l’ont confirmée mais de nombreux points restent à préciser comme les conséquences des variations de la charge virale dans le sperme au cours du temps, en fonction de l’évolution de la maladie ou de l’administration de traitements antirétroviraux. De même, la possibilité que les spermatozoïdes eux-mêmes transmettent le virus restait controversée.

La communauté scientifique semble maintenant s’accorder sur le fait qu’il existe trois sources majeures de virus infectieux au niveau du sperme qui sont les virions libres, les leucocytes infectés et les virions associés aux spermatozoïdes.

Interactions VIH, spermatozoïdes

Cette étude argentine montre que le VIH peut s’attacher à la surface des spermatozoides qui font alors office de transporteurs. Les particules virales se fixent sur des récepteurs composés de perlecan ( héparane sulfate) à la surface du spermatozoïde.

Les héparanes sulfates sont des polysaccharides complexes, appartenant à la famille des glycosaminoglycanes. Attachés à différents types de protéines, ils sont exprimés en grande quantité à la surface de la plupart des cellules. Une des fonctions majeures de ces molécules est de fixer de nombreuses protéines, dont ils modulent les activités biologiques. Certains virus comme le VIH utilisent les propriétés interactives des héparanes sulfates pour s’adsorber à la surface de leurs cibles cellulaires. Cette interaction permet de concentrer le virus à proximité d’autres molécules jouant le rôle de corécepteurs et favorise ainsi les processus d’entrée virale.

Les interactions entre les glycoprotéines d’enveloppe du VIH et les molécules d’héparane sulfate des spermatozoïdes sont primordiales dans le cycle infectieux.

Interactions spermatozoïdes infectés, cellules dendritiques

Internalisation du spermatozoïde dans la cellule dendritique.
Les cellules dendritiques (CD) apparaissent aujourd’hui comme les principaux acteurs de la dissémination de l’infection aux cellules cibles du VIH.

La cellule dendritique a pour fonction de dépister dans les tissus périphériques la présence d’agents infectieux et présente un potentiel d’endocytose important et une capacité migratoire efficace.
Les antigènes détectés par la CD sont internalisés et dégradés par endocytose et les peptides antigéniques produits, associés aux molécules du complexe majeur d’histocompatibilité de classe II, sont exportés vers la surface cellulaire et présentés aux lymphocytes T CD4+.

Une transmission efficace de l’infection a pu être mise en évidence in vitro entre les deux populations, suite à des contacts cellulaires directs, qui s’accompagnent également d’une internalisation du spermatozoïde dans la cellule dendritique. Cette transmission à partir du spermatozoïde est également observée en direction des lymphocytes T et des macrophages.

Induction de la maturation de la cellule dendritique
Le spermatozoïde a également la capacité d’induire une maturation de la cellule dendritique qui s’accompagne de la production d’interleukine-10.

Un pH favorable au niveau vaginal
Les études in vitro ont montré que la transmission du VIH aux cellules dendritiques via les spermatozoïdes est nettement augmentée dans un environnement acide, notamment à pH 6,5 qui est celui retrouvé in vivo dans la muqueuse vaginale après un rapport sexuel.

En conclusion
Cette étude nous éclaire sur les mécanismes physiopathologiques de la transmission sexuelle du VIH qui implique directement le spermatozoïde et la cellule dendritique.


Source :

Spermatozoa capture HIV-1 through heparan sulfate and efficiently transmit the virus to dendritic cells.
Ceballos A, Remes Lenicov F, Sabatté J, Rodríguez Rodrígues C, Cabrini M, Jancic C, Raiden S, Donaldson M, Agustín Pasqualini R Jr, Marin-Briggiler C, Vazquez-Levin M, Capani F, Amigorena S, Geffner J
J Exp Med. 2009 Nov 23 ;206(12):2717-33. Epub 2009 Oct 26.

Le spermatozoïde, acteur de la transmission sexuelle du VIH
L’accréditation des laboratoires de biologie médicale
Revue Francophone des Laboratoires, Volume 2010, Issue 419, February 2010, Page 21

Pour en savoir plus :

HIV infection of the male genital tract – consequences for sexual transmission and reproduction
International Journal of Andrology , 2009 (33, n° 1), pp 98-108

- INSERM : Comment la cellule dendritique assure son rôle de patrouilleur

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