Tabac, marijuana et taux sanguin d’atazanavir (Reyataz®)

Publié le 16.09.2009 | par Claire Criton

Une étude présentée récemment à la conférence ICAAC [1] (San Francisco) montre que la consommation de tabac et/ou de marijuana abaisserait la concentration plasmatique minimum de l’atazanavir de façon significative.

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Rappel

L’Atazanavir est un inhibiteur de la protéase du VIH commercialisé en France sous le nom de Reyataz*. Il est métabolisé par le CYP3A4 dont il est à la fois substrat et inhibiteur, sans être inducteur enzymatique. L’Atazanavir, en prise journalière unique, se présente comme incontournable dans le traitement des sujets séropositifs ou atteints de sida. Plusieurs études ont montré son efficacité et sa tolérance. Les inhibiteurs de protéase (IP) agissent en inhibant l’action d’une protéase virale qui permet le clivage et l’assemblage des protéines virales, processus indispensable à l’obtention de virus infectieux. On obtient alors des virions incapables d’infecter de nouvelles cellules.

L’étude américaine

Les auteurs ont étudiés les concentrations plasmatiques minimum entre deux doses d’Atazanavir, la charge virale VIH et le taux de CD4 chez 67 sujets séropositifs pour le VIH :
- 32 étaient usagers de drogues ;
- tous prenaient de l’atazanavir depuis plus de deux ans ;
- 49 % étaient tabagiques ;
- 18 % consommaient de la marijuana ;
- 10 % prenaient de la cocaïne ;
- 28 % consommaient de l’alcool.

Résultats

La prise de tabac et/ou de marijuana était corrélée de façon significative avec une diminution de la concentration sanguine d’Atazanavir (50% des fumeurs et 30% des consommateurs de marijuana avaient un taux inférieur au taux thérapeutique).
La quantité de tabac et de marijuana était inversement proportionnelle au taux dAtanazavir.

Conclusion

Il semble que la consommation de tabac et/ou de marijuana influencerait les taux sanguins d’Atazanavir pouvant conduire à des doses infrathérapeutiques. Les auteurs pensent que l’enzyme hépatique CYP3A pourrait jouer un rôle dans le processus. Il convient cependant de noter que deux critères n’ont pas été pris en compte : l’adhésion au traitement et la distinction entre Atazanavir boosté [2] ou non par du Ritonavir.

Dans la presse scientifique :

-  "Tobacco and Marijuana Uses Significantly Decrease Atazanavir (ATV) Trough Concentrations in HIV-Infected Individuals." Q Ma, F Fehintola, B Zingman, and others ; 49th Interscience Conference on Antimicrobial Agents and Chemotherapy (ICAAC 2009). San Francisco. September 12-15, 2009. Abstract H-231.


[1] Interscience Conference on Antimicrobial Agents and Chemotherapy

[2] Comme beaucoup d’autres médicaments, les inhibiteurs de protéase sont reconnus par un système responsable de la dégradation des agents étrangers introduits dans le corps humain. Ce système est constitué d’enzymes préférentiellement présentes dans le foie qui vont dégrader les molécules étrangères. Il en existe plusieurs qui appartiennent à la famille des cytochromes P450. Les inhibiteurs de protéase sont reconnus et dégradés par le variant 3A. Un inhibiteur de protéase, le ritonavir (Norvir), présente la particularité d’inhiber fortement le cytochrome P450 3A et c’est à ce titre, et non plus comme inhibiteur de protéase, qu’il est aujourd’hui prescrit. En inhibant fortement cette enzyme, il ralentit l’élimination des autres inhibiteurs de protéase et maintient ainsi leur présence dans le sang plus longtemps, d’où son nom de ‘booster’

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