Taux de lymphocytes CD4 et survie des patients VIH+ porteurs d’un cancer bronchique

Publié le 13.01.2011 | par Patricia Fener

Premier cancer non classant sida chez les personnes infectées par le VIH, le cancer bronchique non à petites cellules a un pronostic qui semble dépendre du taux de lymphocytes CD4 et de l’état d’autonomie du patient.

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VIH et cancer pulmonaire ;Wikimedia commons

Cinquante deux patients VIH+ recrutés dans 8 centres hospitaliers français entre 1996 et 2008 et dont les données cliniques, paracliniques et thérapeutiques sont entrées dans la base de données dat’Aids avec le logiciel Nadis
Le dossier médical informatisé Nadis permet la constitution en temps réel d’une base de données des patients séropositifs pour le VIH pris en charge dans les services hospitaliers disposant de cet équipement informatique.
Grâce aux méthodes de survie [1], les variables associées à la survie ont été analysées.

Un suivi médian de 12 mois de patients aux caractéristiques précises au moment du diagnostic :
- un âge médian de 48 ans ;
- une médiane du taux de CD4 de 300 par mm3 ;
- une charge virale inférieure à 200 copies par millilitre chez 56% des patients ;
- en ce qui concerne le type histologique :

  • 71% présentaient un adénocarcinome,
  • 27% un carcinome épidermoïde ;

- un stade avancé III-IV dans 33% des cas ; celui-ci étant défini au moyen d’un système de classification international, tel que le système TNM (tumeur, ganglion "node", métastases) ;
- une co-infection VIH/VHC ;
- un Performance Status défini par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), inférieur à 2 chez 65% des malades ;
- pas de chimiothérapie anticancéreuse dans 19% des cas.

Le décès est survenu au cours du suivi chez 71% des patients.

La mise en évidence de variables significativement associées à la survie
En analyse multivariée, un taux de CD4 supérieur à 200 par mm3 au moment du diagnostic et un Performance Status inférieur à 2 (c’est à dire un individu ayant une activité physique diminuée mais ambulatoire et capable de mener un travail, voire capable d’une activité identique à celle précédant la maladie sans aucune restriction) sont significativement associés à la survie.

Par contre, l’association chimiothérapie anticancéreuse et traitement antirétroviral, avec ou sans IP (inhibiteurs de protéases), n’est pas significativement associée à la survie.

Un cancer qui n’a pas de substratum viro-induit connu
Chez les patients infectés par le VIH, le cancer du poumon est le troisième cancer en fréquence après la maladie de Hodgkin et la maladie de Kaposi.
Le risque de développer cette localisation cancéreuse est majoré chez les femmes, chez les fumeurs (plus nombreux que dans la population générale) et les patients au stade sida.
D’après les données de l’étude Onco-VIH 2006, sa survenue est anticipée de 20 ans par rapport à l’âge d’apparition dans la population générale.
- En ce qui concerne le type histologique, il s’agit le plus souvent d’un cancer non à petites cellules, avec malheureusement une découverte à un stade très évolué, lié en partie à un retard diagnostic dû sans doute au manque de sensibilité de la radiographie thoracique, et impliquant la nécessité de prescrire assez rapidement un scanner thoracique, notamment en cas de symptômes respiratoires apparaissant chez un fumeur.

Le cancer du poumon est différent des autres cancers dont la pathogénie relève de l’oncogénicité d’un virus.

En ce qui concerne l’épidémiologie de ce cancer en France :
- on compte 25 000 cas par an dans la population générale, avec cinq hommes pour une femme (1 homme pour 1 femme aux États-Unis) ;
- l’âge médian d’apparition est de 60 ans ;
- plus de 80 % des cancers sont liés au tabac ;
- 85 % sont des cancers bronchiques non à petites cellules, avec deux tiers de formes étendues et métastatiques ;
- le taux de guérison est inférieur à 15 %, le faisant apparaître comme la première cause de mortalité par cancer, tout sexe confondu.

Dans la population VIH, le cancer du poumon apparaît 20 ans plus tôt que dans la population générale et son diagnostic repose sur l’anatomopathologie. Les caractéristiques des malades sont les suivantes :
- majorité d’hommes (80 à 100 % dans les petites cohortes), mais dans les études américaines la proportion de femmes est plus élevée (30 %) ;
- pratiquement 100 % sont des « fumeurs » ;
- ils sont plus jeunes » (4e décennie, alors que dans population générale, le cancer du poumon concerne la 6e décennie) ;
- dans la plupart des cas, il s’agit de cancer non à petites cellules (avec prédominance des adénocarcinomes puis des carcinomes épidermoïdes et des carcinomes à grandes cellules) ;
- le stade est très évolué au moment du diagnostic (stade III–IV dans plus de 80 %).

Parmi les facteurs explicatifs de cancer du poumon, on retrouve bien sûr le tabac . Les patients infectés par le VIH fument davantage que les sujets sains, avec 57 % contre 33 %, en comparant les cohortes Aproco (274 VIH+) et Monica (1038 non VIH).

Il semble que le risque relatif de développer un cancer du poumon chez le patient VIH+ soit beaucoup plus important chez les usagers de drogues par voie intraveineuse que chez le sujet homosexuel ou hétérosexuel.

Parmi les autres facteurs de risque, on peut citer le rôle oncogène du VIH , le rôle du déficit immunitaire , le rôle des antiviraux dont certains sont des intercalants, le rôle de l’instabilité génomique



Source :
-  Le taux de lymphocytes CD4 est associé à la survie chez les patients infectés par le VIH atteints de cancer bronchique non à petites cellules
A. Makinson, V. Le Moing, S.Eymard-Duvernay, C. Allavena
Médecine et maladies infectieuses 2010, vol.40, P.50
-  The spectrum of malignancies in HIV-infected patients in 2006 in France : The ONCOVIH study.
Lanoy E, Spano JP, Bonnet F, Guiguet M, Boué F, Cadranel J
Int J Cancer. 2011 Jan 4. (article sous presse)
-  Cancer et VIH : comprendre et agir
C. Amiel
Médecine et Maladies Infectieuses, 2008, vol. 38, n° 12, pp. 625-641


[1] Il existe deux méthodes d’analyse de survie :
- la méthode de Kaplan-Meier
- la méthode actuarielle.
Pour en savoir plus :
- santepub-rouen : analyse de survie

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