Taux de vitamine D et fibrose hépatique chez les patients co-infectés par le VIH et le VHC

Publié le 08.06.2011 | par Patricia Fener

Chez les patients co-infectés par le virus de l’immunodéficience humaine (VIH) et le virus de l’hépatite C (VHC), des taux sériques bas de vitamine D sont significativement corrélés à des lésions plus sévères de fibrose hépatique, mais ne semblent pas associés à la réponse virologique après bithérapie anti-VHC, ni aux marqueurs d’évolutivité de la maladie VIH.

PNG - 10.2 ko
VIH, VHC, fibrose hépatique, 25-hydroxyvitamine-D (25-OH-D) ; Wikimedia commons

Des patients co-infectés VIH-VHC issus de l’essai prospectif multicentrique RIBAVIC ANRS HCO2  [1]

- il s’agit de 189 patients dont l’âge moyen est de 39,5 ± 4,8 ans, avec 146 hommes et 43 femmes ;

- ils ont reçu plus de 80 % de la dose optimale de bithérapie antivirale par interféron (IFN) et ribavirine ;

- ils ont bénéficié d’un dosage de 25 (OH) vitamine D sur les sérums prélevés à l’inclusion.

Même si l’on a coutume de classer la vitamine D dans la catégorie des vitamines liposolubles, elle fonctionne en fait comme une hormone. La peau contient le précurseur de la vitamine D, le 7-déhydrocholestérol. Sous l’action des rayons solaires, le 7-déhydrocholestérol est converti en cholécalciférol, composé inactif.
Deux étapes sont alors nécessaires pour le rendre actif :
La première a lieu dans le foie où le cholécalciférol acquiert un groupement hydroxyle (=OH), le transformant en 25-hydroxyvitamine-D (25-OH-D).
La deuxième transformation se déroule dans les reins où la molécule reçoit un deuxième groupement hydroxyle. La molécule formée est le calcitriol, forme active de la vitamine D.

Des études récentes suggèrent que la vitamine D pourrait jouer un rôle immuno-modulateur, notamment en favorisant le développement de lymphocytes T régulateurs, et en diminuant la production de cytokines pro-inflammatoires et la différenciation des lymphocytes B.

Des taux sériques bas de 25 (OH) vitamine D associés au stade de fibrose hépatique

- Une concentration basse de 25 (OH) vitamine D était retrouvée chez les patients, avec une moyenne de 18,5 ± 9,8 ng par millilitre (la valeur souhaitable communément admise se situe entre 30 et 80 ng par millilitre) :

  • 118 (62 %) patients présentaient une insuffisance, définie par une concentration de 25 (OH) vitamine D comprise entre 11 et 30 ng par millilitre ;
  • 44 (23 %) montraient une carence vitaminique D, avec un taux de 25 (OH) vitamine D inférieur ou égal 10 ng par millilitre.

- Les taux sériques de 25 (OH) vitamine D étaient associés au stade de fibrose hépatique apprécié histologiquement par le score Métavir [2] (r = –0,16 ; p = 0,027).

La fibrose résulte d’un mécanisme de fibrogenèse prolongé, avec dépôt en excès de tissu fibreux dans le foie. La gravité est liée aux perturbations de l’architecture lobulaire et des connections vasculaires et la réduction relative du contingent parenchymateux. La fibrose est la conséquence d’un déséquilibre entre la synthèse et la dégradation des différents constituants de la matrice extracellulaire (MEC) au profit de sa synthèse. Parallèlement à l’augmentation de la quantité de tissu fibreux, il existe également des modifications de l’organisation supramoléculaire des protéines de la MEC au sein du tissu hépatique.

Les patients aux stades de fibrose septale sans cirrhose (F3) et de cirrhose (F4) avaient des taux sériques de 25 (OH) vitamine D plus bas que les patients présentant une fibrose portale avec quelques septas (F2) et une fibrose portale sans septa (F1) (16,2 ± 10,0 versus 18,9 ± 8,5 versus 20,9 ± 11,1 ng par millilitre, respectivement ; p = 0,06).

Les taux sériques de 25 (OH) vitamine D étaient corrélés au degré de fibrose évaluée par le FibroTestR [3] (r = –0,22 ; p = 0,008) et au taux d’α2–macroglobuline (r = –0,23 ; p = 0,006).

- En analyse multivariée, les taux sériques de 25 (OH) vitamine D restaient indépendamment associés à la sévérité de la fibrose hépatique (p = 0,03), après ajustement sur l’âge (p = 0,01), la stéatose (p = 0,055) et le sexe masculin (p = 0,08).

Une association variable entre les taux sériques de 25 (OH) vitamine D et les marqueurs d’activité hépatique, les caractéristiques des infections VHC et VIH, ainsi qu’avec la réponse virologique du VHC

- Une corrélation positive a été retrouvée entre les taux sériques de 25 (OH) vitamine D et la virémie VHC (r = 0,15 ; p = 0,03).

- Il n’existait pas d’association entre les taux sériques de 25 (OH) vitamine D et :

  • l’indice de masse corporelle ;
  • la prise d’Efavirenz. Chez les patients VIH+, des études ont montré que l’exposition à l’Efavirenz, au ritonavir s’ajoute aux facteurs de risque connus de déficit en vitamine D ;
  • les taux sanguins de certaines enzymes hépatiques telles que l’ALAT (Alanine Amino Transférase ou Glutamate Pyruvate transaminase) ;
  • le score d’activité et le degré de stéatose.

- Il n’a pas été trouvé de relation entre les taux sériques de 25 (OH) vitamine D et :

  • la réponse virologique soutenue qui est définie par une virémie VHC négative 24 semaines après l’arrêt de la bithérapie anti-VHC avec un OR = 0,98 (0,95–1,01) ; p = 0,22, quel que soit le traitement reçu (IFN ou PegIFN, plus ribavirine) et le génotype ;
  • les marqueurs d’évolutivité de l’infection à VIH, à savoir le stade CDC, le taux de CD4 et la charge virale VIH.

Chez les patients co-infectés par le VIH et le VHC, des taux sériques bas de 25 (OH) vitamine D apparaissent significativement corrélés à des stades avancés de fibrose hépatique. Par contre, aucune relation n’a été mise en évidence avec la réponse virologique après bithérapie anti-VHC et avec l’évolutivité de l’infection à VIH.


Source :
- B. Terrier, F. Carrat, G. Geri, S. Pol, L. Piroth, P. Halfon, T. Poynard, J.C. Souberbielle, P. Cacoub
Impact du statut vitaminique D sur la fibrose hépatique chez les patients co-infectés VIH-VHC
La Revue de Médecine Interne, Volume 32, Supplement 1, June 2011, Page S95
- J. Bacchetta, B. Ranchin, L. Dubourg, P. Cochat
Vitamine D : un acteur majeur en santé ?
Archives de Pédiatrie, Volume 17, Issue 12, December 2010, Pages 1687-1695
- F. Carrat ; F. Bani-Sadr ; S. POL
Pegylated interferon alfa-2b vs standard interferon alfa-2b, plus ribavirin, for chronic hepatitis C in HIV-infected patients : A randomized controlled trial
JAMA, 2004, vol. 292, no23, pp. 2839-2848


[1] L’essai thérapeutique RIBAVIC ANRS HC02 avait pour but d’évaluer l’efficacité et la tolérance de l’interféron (interféron pégylé α2b versus interféron α2b) en association avec la ribavirine chez les patients porteurs d’une hépatite chronique C non traitée et coinfectés par le VIH.

[2] Le score Métavir apprécie deux éléments : l’activité et la fibrose.
- ACTIVITE (grade) _AO = sans activité
A1 = activité minime
A2 = activité modérée
A3 = activité sévère
- FIBROSE (stade)
F0 = sans fibrose
F1 = fibrose portale sans septa
F2 = fibrose portale et quelques septas
F3 = fibrose septale sans cirrhose
F4 = cirrhose

[3] Le FibroTest a été développé à l’Assistance Publique de Paris (AP-HP) par le Professeur Thierry Poynard (brevet AP-HP), initialement dans l’hépatite chronique C (HCC) et ensuite dans l’hépatite chronique B (HCB), maladie alcoolique du foie (MAF) et la stéatose non-alcoolique (SNA). Ce test est une alternative non-invasive à la ponction biopsie du foie qui a toujours eu une mauvaise réputation dans une partie non négligeable de la population, qui a un cout élevé, peut s’accompagner d’effets secondaires sévères et d’une erreur diagnostique importante due a la variabilité d’échantillonnage.
Le fibrotest correspond à un index de fibrose qui combine le dosage dans le sang de 5 marqueurs indirects de fibrose (α2-macroglobuline, haptoglobine, apolipoprotéine A1, bilirubine totale, gammaGT),avec un ajustement selon l’âge et le sexe de la personne.
Source :
-  Hépatoweb  :Fibrotest

Ce site utilise phpmyvisites pour analyser l'audience et améliorer son contenu