Transplantation cardiaque chez un patient infecté par le VIH

Publié le 09.05.2011 | par Claire Criton

L’incidence des évènements cardiovasculaires, en particulier coronaires aigus, est en augmentation chez les patients vieillissants infectés par le VIH. La transplantation cardiaque représente le seul moyen de sauver ces patients lorsqu’ils arrivent en insuffisance cardiaque terminale. Très peu de patients séropositifs ont été greffés jusqu’à présent. Un patient infecté par le VIH et souffrant de cardiopathie ischémique mène une vie active normale trois ans après une greffe cardiaque.

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Transplantation cardiaque et sida

Cardiopathie ischémique et hypertension artérielle pulmonaire chez un patient jeune

- En 1998, une infection par le VIH-1 est diagnostiquée chez un patient homosexuel âgé de 39 ans. Il n’a pas d’antécédent de toxicomanie ni d’hépatite B ou C. Son taux de CD4+ est de 758 cellules/µl et la charge virale indétectable au moment du diagnostic. Il est traité par une triple association d’analogues nucléosidiques : zidovudine, lamivudine et abacavir (TRIZIVIR®).

- En août 2000, il déclare un infarctus du myocarde dans la région inférieure, premier signe de maladie coronarienne.

- En 2004, un nouvel infarctus du myocarde survient dans la région antérieure. La fraction d’éjection du ventricule gauche est alors de 20 %. Il déclare alors une dyspnée et des signes d’insuffisance cardiaque droite.

- Un cathétérisme droit montre une hypertension artérielle pulmonaire non réversible. Le patient est traité par sildénafil. Un nouveau cathétérisme montre une amélioration des résistances pulmonaires avec une hypertension artérielle pulmonaire réversible.

- En juillet 2006, le patient est inscrit sur une liste d’attente de greffe cardiaque du fait d’une insuffisance cardiaque de stade terminal. Son jeune âge, l’absence de comorbidités et la bonne réponse au traitement antirétroviral font de lui un excellent candidat pour une transplantation.

- En septembre 2007, une transplantation cardiaque orthotopique est réalisée avec succès.

Des suites opératoires simples

En phase précoce postopératoire, un traitement d’induction par basiliximab a été donné pendant quatre jours.

Un traitement immunosuppresseur standard a été instauré également le jour de l’intervention, associant méthylprednisolone, tacrolimus et mycophénolate mofétil.

Le traitement antirétroviral a été redémarré le troisième jour après la greffe.

Une nette amélioration de l’hypertension artérielle pulmonaire en postopératoire a permis l’arrêt progressif du sildénafil.

Une excellente qualité de vie, trois ans après la transplantation

Un épisode de rejet aigu (grade 3A) est survenu deux mois après la transplantation. Cependant :

- trois ans après la greffe cardiaque, le patient mène une vie active et a repris le travail ;
- un an après l’intervention, un cathétérisme du cœur gauche montre des coronaires normales ;
- le patient n’a présenté aucune infection virale, bactérienne ou fongique, ni de pathologie classant sida ;
- l’antigénémie pp65 pour le diagnostic de maladie à cytomégalovirus est négatif ;
- aucune interaction médicamenteuse entre le traitement antirétroviral et immunosuppresseur n’a été constatée ;
- le taux de CD4+ évolue entre 201 et 754 cellules/µl.

L’incidence de la maladie coronaire multipliée par deux chez le séroposif

Une augmentation des insuffisances cardiaques terminales, secondaires à une cardiopathie ischémique, est à prévoir dans les années à venir.

En effet, l’augmentation de l’espérance de vie des patients infectés par le virus du sida dans les pays développés fait craindre une hausse de l’incidence des évènements cardiovasculaires, en particulier coronaires aigus, chez les patients vieillissants infectés par le VIH.

De premiers résultats encourageants pour la transplantation cardiaque chez le séropositif

Les auteurs rapportent quatre autres cas de transplantation cardiaque ayant montré d’excellents résultats chez des patients infectés par le VIH . Ces patients étaient atteints de cardiomyopathie dilatée non ischémique, alors que le cas présenté dans cet article concerne le premier cas de cardiopathie ischémique traitée avec succès par transplantation chez un patient séropositif.


Dans la presse scientifique

- María Angeles Castel, Félix Pérez-Villa, Eulalia Roig, José María Miró, “ Heart Transplantation in an HIV-1-Infected Patient With Ischemic Cardiomyopathy and Severe Pulmonary Hypertension ” Revista Española de Cardiología (English Edition), In Press, Corrected Proof, Available online 4 May 2011

- Illes, Hajnal-Gabriela ; Atteintes cardiaques chez les patients infectés par le VIH  ; Thèse d’exercice, Médecine, Clermont Ferrand 1 : 2011

- Le risque d’infarctus du myocarde plus élevé chez le patient VIH

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