Trithérapie précoce et transmission sexuelle du VIH, le traitement comme prévention

Publié le 19.07.2011 | par Claire Criton

La trithérapie permet une diminution majeure voire la disparition de la charge virale. Une étude américaine révèle, dans des résultats intermédiaires, la capacité du traitement antirétroviral à réduire voire à abolir la transmission sexuelle du VIH. Le traitement antirétroviral pourrait se voir prochainement placé au rang des nouvelles options de prévention prioritaires

JPEG - 15.1 ko
Traitement précoce et transmission sexuelle du sida ; Wikimedia commons ; Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Unported license

Le traitement antirétroviral diminue la charge virale dans le sang et les sécrétions génitales. Il devrait par conséquent être capable de réduire la transmission sexuelle du virus. L’étude HPTN 052 a exploré l’intérêt et l’efficacité d’un traitement antirétroviral très précoce pour prévenir la transmission sexuelle de l’infection à VIH au sein des couples.

L’étude HPTN 052 du réseau américain d’essais portant sur la prévention du VIH (HPTN)

Cet essai a été dirigé par le Dr Myron Cohen de l’Université de Caroline du Nord. Il a été lancé en 2005 et a été arrêté après 18 mois pour des questions d’éthique liées à ses résultats spectaculaires.

L’étude a été menée sur 1.763 couples en majorité hétérosexuels, et originaires d’Afrique du Sud, du Botswana, du Kenya, du Malawi, de la Zimbabwe, de la Thaïlande, de l’Inde, des États-Unis et du Brésil.

Ces couples étaient sérodiscordants, c’est-à-dire un partenaire séropositif et l’autre séronégatif, et stables. Parmi les partenaires infectés, 50 % étaient des hommes.

Les patients infectés par le VIH enrôlés dans cette étude avaient un taux de CD4 entre 350 et 550 par mm3, et n’étaient pas encore éligibles pour un traitement antirétroviral selon les directives de l’OMS.

La moitié des patients a reçu une trithérapie précoce, l’autre moitié n’a reçu le traitement que lorsqu’un des deux partenaires du couple avait un taux de CD4 inférieur à 200-250 cellules/mm3, ou en cas de symptômes (maladies définissant le sida) conformément aux recommandations de l’OMS.

La mise sous traitement précoce du partenaire infecté a entrainé une réduction relative de 96% de la transmission du VIH dans ces couples sérodiscordants stables.

Au bout de dix-huit mois, pour les couples traités précocement, un seul partenaire a été contaminé pendant la période de surveillance.

Pour les couples recevant les médicaments plus tardivement, 27 personnes au départ non infectées ont été contaminées.

Des nouvelles orientations pour l’OMS ?

La transmission par voie sexuelle représente environ 80% du total des nouvelles infections. Les résultats de cette étude devraient renforcer et étayer les nouvelles orientations que l’OMS publiera en juillet pour aider les personnes vivant avec le VIH à protéger leur partenaire.

l’Onusida et l’OMS devraient travailler avec les pays et les partenaires pour inscrire le traitement de prévention dans la riposte au VIH, et s’assurer qu’il est accessible aux personnes qui souhaitent l’utiliser au plus vite.A noter qu’au Cameroun, sur les 217.372 personnes vivant avec le VIH/sida éligibles au traitement en 2010, seulement 89.515 sont actuellement sous antirétroviraux, malgré la gratuité du traitement depuis le 1er mai 2007.

Valider le concept à l’échelle de la population générale

C’est l’objet de l’essai TASP ANRS 12249 qui doit être conduit à partir de 2011 en Afrique du Sud. Il aura comme objectif d’estimer directement l’impact du traitement antirétroviral initié immédiatement après le diagnostic de l’infection par le VIH, et quel que soit le niveau de CD4 des patients non encore éligibles au traitement ARV, sur l’incidence de nouvelles infections VIH dans la population générale de la même région.

Les effets sur le long terme des traitements pris précocement sur l’infection à VIH elle-même, et sur les co-infections comme la tuberculose seront approfondis par l’essai mené en Afrique par l’ANRS, Temprano ANRS 12136.

Un essai qui a malgré tout certaines limites

Les patients ayant reçu le traitement antirétroviral précocement ont présenté plus d’effets secondaires liés aux antirétroviraux que les patients de l’autre groupe. Il s’agissait d’infections, de signes neurologiques, gastro-intestinaux et métaboliques.

Seuls des couples stables, et donc non entièrement représentatifs de la population générale, ont participé à cette étude. Des conseils en matière de prévention (emploi du préservatif) leur avaient été dispensés, ce qui a probablement contribué à la faible incidence de transmission de l’infection à VIH.

Attention à ne pas occulter les autres stratégies de prévention, qui sont l’usage du préservatif et la réduction du nombre de partenaires

Ces travaux ont été menés uniquement dans le cadre de la transmission hétérosexuelle. Ils ne doivent pas faire occulter les autres stratégies de prévention, qui sont l’usage du préservatif et la réduction du nombre de partenaires.

Selon Onusida, la mise à disposition d’un traitement pour la prévention, va non seulement encourager les personnes à effectuer un dépistage du VIH, mais également les inciter à révéler leur statut sérologique, à discuter des options de prévention avec leur partenaire et à se rendre dans les services centraux anti-VIH.

Conclusion

Sachant que que la transmission par voie sexuelle représente environ 80% du total des nouvelles infections, la mise sous traitement précoce d’une personne infectée peut réduire considérablement le risque de transmission du VIH à son partenaire séronégatif. Ces résultats spectaculaires devraient avoir des répercussions non seulement en matière de prévention personnelle mais aussi sur le plan de la santé publique.


Dans la presse scientifique

- Myron S. Cohen, M.D., Ying Q. Chen, Ph.D., Marybeth McCauley, M.P.H., Theresa Gamble, Ph.D., Mina C. Hosseinipour, M.D., Nagalingeswaran Kumarasamy, M.B., B.S., James G. Hakim, M.D., Johnstone Kumwenda, F.R.C.P., Beatriz Grinsztejn, M.D., Jose H.S. Pilotto, M.D., Sheela V. Godbole, M.D., Sanjay Mehendale, M.D., Suwat Chariyalertsak, M.D., Breno R. Santos, M.D., Kenneth H. Mayer, M.D., Irving F. Hoffman, P.A., Susan H. Eshleman, M.D., Estelle Piwowar-Manning, M.T., Lei Wang, Ph.D., Joseph Makhema, F.R.C.P., Lisa A. Mills, M.D., Guy de Bruyn, M.B., B.Ch., Ian Sanne, M.B., B.Ch., Joseph Eron, M.D., Joel Gallant, M.D., Diane Havlir, M.D., Susan Swindells, M.B., B.S., Heather Ribaudo, Ph.D., Vanessa Elharrar, M.D., David Burns, M.D., Taha E. Taha, M.B., B.S., Karin Nielsen-Saines, M.D., David Celentano, Sc.D., Max Essex, D.V.M., and Thomas R. Fleming ; “ Prevention of HIV-1 Infection with Early Antiretroviral Therapy ” ; NEJM du 18 juillet 2011

- Léa Crébat ; “ La transmission du virus du sida presque abolie par les trithérapies ” ; Actualités Pharmaceutiques, Volume 50, Issue 507, June 2011, Page 5

- Cohen M et al ; “ Antiretroviral treatment to prevent the sexual transmission of HIV-1 : results from the HPTN 052 multinational randomized controlled ART ” ; 6th International AIDS Society Conference on HIV Pathogenesis, Treatment and Prevention, Rome, abstract MOAX0102, 2011.

- Eshleman S et al ; “ Analysis of genetic linkage of HIV from couples enrolled in the HPTN 052 study. ” ; 6th International AIDS Society Conference on HIV Pathogenesis, Treatment and Prevention, Rome, abstract MOAX0103, 2011.

- aidsmap ; “ Treatment is prevention : HPTN 052 study shows 96% reduction in transmission when HIV-positive partner starts treatment early ” ; 18 juin 2011

- HPTN 052, a Randomized Trial to Evaluate the Effectiveness of Antiretroviral Therapy Plus HIV Primary Care versus HIV Primary Care Alone to Prevent the Sexual Transmission of HIV-1 in Serodiscordant Couples ; PDF

- Le traitement anti-VIH au rang des nouvelles options de prévention prioritaires

- Plus de brèves sur Infection à VIH/sida et transmission sexuelle

Ce site utilise phpmyvisites pour analyser l'audience et améliorer son contenu