Troubles locomoteurs et posturaux au cours de l’infection à VIH

Publié le 16.09.2011 | par Claire Criton

Le suivi sur deux ans de sujets infectés par le VIH fait apparaître une dégradation des performances physiques à deux tests cliniques mettant en jeu la puissance et l’endurance musculaires. Un processus sarcopénique ou dynapénique survenant plus précocément dans cette population est incriminé.

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VIH, locomotion, posture ;Wikimedia commons Alberto Giacometti, "L’homme qui marche" (1961)

Des troubles locomoteurs et posturaux identifiés dans la cohorte ANRS CO3 Aquitaine
Une précédente étude transversale, menée par l’Agence nationale de recherches sur le sida et les hépatites virales (ANRS), avait étudié les troubles locomoteurs et posturaux sur 324 patients VIH+ de la Cohorte ANRS CO3 Aquitaine dont les caractéristiques étaient les suivantes :
- l’age moyen des patients était de 48 ans ;
- 80% étaient des hommes ;
- 89% étaient sous antirétroviraux.

La prévalence des troubles locomoteurs et posturaux était de 29% (IC 95% :24 ; 34).

Une exploration de l’évolution des performances locomotrices et posturales
Une étude de la prévalence des troubles locomoteurs et posturaux a été réalisée chez ces patients infectés par le VIH après deux années de suivi.

Des tests standardisés et validés, explorant différents domaines de la fonction locomotrice et posturale ont été utilisés :
- l’échelle d’équilibre de Berg [1] qui comporte 14 items explorant l’équilibre au cours de plusieurs tâches fonctionnelles ;
- le timed up and go test qui permet d’évaluer la qualité de l’équilibre par l’observation de tâches motrices habituelles sollicitant largement le contrôle postural telles que le lever du fauteuil, le demi-tour et le retour en position assise ;
- le test en appui unipodal yeux fermés ;
- le test de 6 minutes de marche ;
- le test de cinq levers de chaise.

Une mesure de la force isométrique de préhension a également été effectuée.

Une dégradation de la puissance et de l’endurance musculaires au niveau des membres inférieurs
Les performances des 97 premiers patients inclus dans la phase longitudinale étaient significativement diminuées, notamment pour deux tests :
- le test des 5 levers de chaise (la durée de réalisation était de 10,7 secondes après 2 ans de suivi contre 9,9 initialement) ;
- le test de 6 minutes de marche (la distance parcourue était de 511 mètres contre 572 mètres au moment de la prise en charge, p < 0,001).

Ces résultats sont inquiètants dans la mesure où ils représentent un facteur de risque de chute et donc de fracture.

Les patients pour lesquels le temps de réalisation de 5 levers de chaise s’est allongé de plus de 2 secondes avaient une force isométrique de préhension moins importante que les autres (36 ± 9 kg contre 43 ± 8 kg, p = 0,01).

Aucune dégradation n’a en revanche été constatée concernant les autres tests cliniques.

La sarcopénie, un signe de vieillissement prématuré chez le sujet VIH+
La sarcopénie est définie par une diminution de la masse musculaire, de la force et de la qualité du muscle.

Plusieurs études ont mis en évidence un vieillissement prématuré des personnes infectées par le VIH. L’origine est vraisemblablement multifactorielle : infection par le VIH lui-même, antirétroviraux, sénescence du système immunitaire avec diminution de ses capacités d’adaptation.

On retrouve en effet au niveau biologique un dysfonctionnement du système immunitaire, une diminution de la longueur des télomères au niveau de certaines cellules du système immunitaire et une augmentation des marqueurs pro-inflammatoires (Iinterleukine-6, TNF-α, Interleukine-1β, protéine C-Reactive) et de coagulation (D-dimer et facteur VIII).

De plus, certains antirétroviraux entraînent un stress oxydatif pour les cellules, une inflammation et une atteinte mitochondriale. Des inhibiteurs de la protéase, en particulier le ritonavir, sont connus pour provoquer la production et l’accumulation d’une protéine de sénescence, la pré-lamine A.

De nombreux arguments fondamentaux et épidémiologiques conduisent à l’hypothèse pro-inflammatoire de la sarcopénie.

Deux auteurs, Clark et Manini, proposent le terme de « dynapénie » pour décrire spécifiquement la perte de fonction musculaire liée au vieillissement. La dynapénie résulte en particulier d’altérations neurologiques, notamment d’unités motrices responsables du contrôle des fibres de type II et des propriétés contractiles du muscle, elles-mêmes résultant d’anomalies cellulaires et moléculaires.

Cette étude montre donc une dégradation des performances locomotrices et posturales sur deux ans. Toutefois, les auteurs de cet article précisent que ces résultats n’ayant porté que sur les 97 premiers patients sont descriptifs, préliminaires et devront être confirmés par des analyses prenant en compte l’ensemble des patients inclus.


Source

Source :
- Nozères, A, Richert L, Delleci C, Mercié P, Bruyand M, Bonnet F, et al. Evolution des troubles locomoteurs et posturaux chez les patients infectés par le VIH-1 au sein de la cohorte ANRS CO3 Aquitaine Annals of Physical and Rehabilitation Medicine, 2011, Vol 54, Sup 1, p. e135.
- Richert, L ; Dehail, P ; Mercié, P ; Dauchy, F-A ; Bruyand, M ; Greib, C ; Dabis, F ; Bonnet, F ; Chêne, G. High frequency of poor locomotor performance in HIV-infected patients  ;AIDS 25(6):797-805, March 27, 2011.
- Effros RB, Fletcher CV, Gebo K, Halter JB, Hazzard WR, Horne FM, et al. Workshop on HIV Infection and Aging : What Is Known and Future Research Directions. Clin Infect Dis 2008,47:542-553.
- Rolland Y, Vellas B. La sarcopénie. La Revue de Médecine Interne, 2009, Vol. 30, n° 2, pp. 150-160
- Cynober L, Aussel C. Dynapénie versus sarcopénie Nutrition Clinique et Métabolisme, 2010, Vol. 24, n° 1, p. 4
- Clark B.C, Manini T.M, Sarcopenia ≠ Dynapenia . J Gerontol A Biol Sci Med Sci, 2008,N°63, pp. 829–834.
-  “ 8ème séminaire de recherche clinique sur le VIH - Vieillissement accéléré chez les patients infectés par le VIH ”  ; en ligne :ANRS
-  “ Vieillissement accéléré : le concept de fragilité peut-il être étendu au VIH ? ”  ; Desquilbet L ; Inserm UMR S 707 – Hôpital Saint Antoine, Paris ; en ligne

Pour en savoir plus :
- VIH et vieillissement


[1] Il s’agit d’une évaluation de l’équilibre qui repose sur l’observation de la performance de 14 mouvements habituels de la vie quotidienne.
- Rester assis sans aide d’un dossier ou d’accoudoirs,
- Se lever,
- Se rasseoir,
- Passer d’un siège à un autre,
- Rester debout sans soutien,
- Rester debout, yeux fermés,
- Rester debout, pieds joints,
- Rester debout, les pieds "en tandem",
- Rester debout sur un seul pied,
- Effectuer une rotation du tronc,
- Ramasser un objet par terre,
- Faire un tour complet sur soi,
- Monter sur un tabouret,
- Se pencher en avant,
Le système de cotation est une échelle à 5 niveaux : chaque item est noté de 0 (mauvais) à 4 (bon) de façon là encore assez imprécise ce qui la rend difficilement utilisable comme test de référence destiné à des études scientifiques.
Il est cependant validé et sert dans les services de réadaptation, dans les suivi par exemples des patients au décours d’un accident vasculaire cérébral.
Le score total est de 56. Les sujets ayant un score supérieur ou égal à 45 sont considérés comme ayant une bonne autonomie motrice.
Source :protec-chute.com

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