Tuberculose associée au VIH : incidence et facteurs de risque en France

Publié le 07.09.2010 | par Patricia Fener

Bien que l’incidence brute de tuberculose liée au VIH ne varie pas, il apparaît que l’incidence ajustée a augmenté en France entre 1997 et 2008, après prise en compte des autres facteurs de risque ; c’est ce que montrent les derniers chiffres publiés fin juillet 2010 par l’Institut de veille sanitaire (InVS).

JPEG - 11.9 ko
VIH, tuberculose, mycobacterium tuberculosis ;Wikimedia commons


Une analyse à partir de la base de données hospitalière française (ANRS CO4 FHDH), cohorte de patients infectés par le VIH
La sélection de 72.580 patients, suivis entre le 1er janvier 1997 et le 31 décembre 2008 dans la base de données hospitalière française sur l’infection à VIH [1], a permis d’examiner les taux d’incidence (TI) de tuberculose associée au VIH en France et de les comparer à différentes périodes par rapport à 2002-2003.

L’exploitation des données médicales a permis de mettre en évidence les éléments suivants :

- Un premier épisode de tuberculose a été diagnostiqué chez 1.693 patients pendant le suivi.

- Le taux d’incidence de tuberculose était de 0,40 pour 100 personnes-années.


Une population à risque : les migrants
- Le risque ajusté de tuberculose était 2,01 fois (IC95% [1,79-2,26]) plus élevé chez les migrants que chez les non migrants.

- Les taux d’incidence ajustés de tuberculose augmentaient entre 1997 et 2002-2003 chez les migrants et les non migrants, et continuaient d’augmenter, après 2002-2003, de façon significative chez les migrants et non significative chez les non migrants, avec un risque ajusté de 1,49 (IC95% [1,04-2,14]) et 1,21 (IC95% [0,86-1,70]) en 2008 par rapport à 2002-2003 respectivement.

- Les autres facteurs indépendamment associés au risque de tuberculose étaient :

  • un suivi inférieur ou égal à 6 mois ;
  • pas de traitement antirétroviral antérieur ;
  • un taux de CD4 bas ;
  • une charge virale élevée ;
  • les patients non migrants non homosexuels, résidant en Île-de-France ou dans les départements français d’Amérique, ou au stade sida, étaient également plus à risque de tuberculose.

Le rapport du groupe de travail "Tuberculose et migrants" coordonné par le Dr Fadi Antoun avait, déjà en 2005, listé les conditions associées au développement de la tuberculose chez les personnes migrantes :
- Certains facteurs favorisent le développement d’une tuberculose maladie dans le cas où la personne migrante est infectée par Mycobacterium Tuberculosis, notamment la provenance de pays à forte endémie pour le VIH ou de régions où les guerres ou/et la malnutrition sont, elles aussi, endémiques.
- Le risque de progression vers la maladie est majeur en cas d’infection par le VIH ou dans le cas de présence de séquelles de tuberculose non traitées.

En France, les migrants légaux bénéficient tous d’un dépistage radiologique ainsi que les demandeurs d’asile admis en Centre d’accueil de demandeurs d’asile (CADA) pendant la durée de l’étude de leur dossier de demande de statut de réfugié.

Pour être efficace le rapport recommandait de cibler les migrants originaires de pays à haute incidence de tuberculose. De façon pratique, les pays concernés sont l’ensemble des pays d’Afrique, d’Asie (sauf Japon), d’Amérique Centrale et du Sud, et les pays de l’ancienne Union Soviétique et des Balkans.


VIH et tuberculose, deux infections étroitement liées
Le risque de développer une infection à Mycobacterium tuberculosis est accru d’un facteur 7 chez les patients infectés par le VIH. La tuberculose se contracte principalement par voie aérienne, c’est-à-dire par l’inhalation de bacilles de Koch (BK) diffusés par la toux ou l’éternuement d’un individu tuberculeux. Ces bactéries se logent ensuite au niveau des poumons où elles demeurent inactives ou latentes, mais 10 % environ des gens développent la maladie au cours de leur vie du fait d’une immunodépression, notamment les personnes infectées par le VIH/sida.

La co-infection VIH et tuberculose est aujourd’hui bien établie. La classification CDC (Centers for Disease Control and Prevention) de 1993, classe le patient VIH porteur d’une tuberculose dans le stade C de la maladie SIDA.

La tuberculose est la maladie infectieuse la plus meurtrière pour les personnes vivant avec le VIH, et on estime qu’elle est responsable de 13% des décès dus au sida à travers le monde. Le VIH et la tuberculose sont si étroitement liés que l’on s’y réfère souvent comme à des co-épidémies, ou doubles épidémies qui s’entraînent et se renforcent mutuellement. Le VIH active la tuberculose latente chez l’individu, qui devient ensuite infectieux et capable de contaminer d’autres personnes.

La tuberculose peut survenir au cours de l’infection par le VIH alors que l’immunodépression n’est pas forcément sévère. Lorsqu’elle survient à un stade avancé de la maladie, elle peut être une des manifestations du syndrome de reconstitution immune (reconstitution inflammatory syndrome : IRIS) observé dans les suites de la mise en place d’un traitement antirétroviral hautement actif (HAART).


Un diagnostic de tuberculose doit donc alerter tout médecin quant à une éventuelle association avec une infection à VIH, et un dépistage du VIH devrait donc être recommandé pour tout nouveau diagnostic de tuberculose. Une attention toute particulière doit bien sûr être portée aux migrants, en particulier ceux originaires d’Afrique subsaharienne.




Mots-clés : VIH, sida, tuberculose, co-infection, Mycobacterium tuberculosis, France, épidémiologie, incidence, migrant



Source :
- InVS, BEH du 20 juillet 2010 : Tuberculose associée au VIH : incidence et facteurs de risque en France, 1997-2008
-  Ministère de la santé  : Recommandations relatives à la lutte antituberculeuse chez les migrants en France

Conférence sur le sujet :
- Migrants/Etrangers et VIH, 23 et 34 septembre 2010, Strasbourg, France (organisée par la Société française de lutte contre le sida)

Pour en savoir plus :
-  AnRS  : Base de données hospitalière française sur l’infection à VIH
-  OMS  : Tuberculose (Aide-mémoire N°104, Mai 2010)
-  OMS  : stratégie halte à la tuberculose


[1] La base de données hospitalières française sur l’infection à VIH est une cohorte hospitalière, ouverte, multicentrique, ayant inclus des patients à partir de 1989. Initiée en 1989, elle est menée sous l’égide de l’Agence nationale de recherches sur le sida et les hépatites virales (AnRS).

Pour être inclus dans la base, les sujets doivent répondre à trois critères :
- être infectés par le VIH-1 ou le VIH-2
- être suivis dans un centre participant
- avoir donné leur consentement éclairé par écrit.
Les informations sont recueillies à chaque hospitalisation (classique ou de jour) et à chaque consultation du sujet, si un événement clinique et/ou thérapeutique s’est produit, ou au moins tous les six mois.

Ce site utilise phpmyvisites pour analyser l'audience et améliorer son contenu