Un espoir dans la lutte contre le VIH avec un candidat-vaccin efficace chez le macaque

Publié le 15.02.2011 | par Patricia Fener

Un candidat-vaccin contre la transmission sexuelle du VIH vient d’être développé chez des macaques femelles par des chercheurs français (Université Paris Descartes, CNRS-Inserm), en collaboration avec la société Mymetics et avec le soutien de l’ANRS. La vaccination par voies nasale et intramusculaire de cinq singes a permis une protection contre l’infection par le VIH par voie vaginale, par production d’anticorps spécifiques de la surface du virus au niveau des muqueuses génitales.

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VIH, candidat-vaccin ;Wikimedia commons

Une approche nouvelle avec l’induction de la production d’anticorps spécifiques de la surface du virus au niveau des muqueuses génitales
Jusqu’à présent, les recherches sur les candidats-vaccins avaient pour but la production d’anticorps sanguins et/ou de cellules tueuses contre le VIH. Dans le cas présent l’objectif était d’induire la production d’anticorps au niveau des muqueuses génitales afin de prévenir l’infection par voie muqueuse, pour éviter la multiplication du virus et sa dissémination sanguine.

Ce sont les anticorps muqueux spécifiques de la surface du virus, de types Immunoglobulines G (IgG) et Immunoglobulines A (IgA) qui permettent de protéger les macaques de l’infection par voie muqueuse.
Ces anticorps ont été associés à la protection retrouvée chez des femmes résistant à l’infection par le VIH malgré des rapports sexuels non protégés et qui seraient donc naturellement immunisées.

L’idée du candidat-vaccin proposé par la société Mymetics est née du constat fait au Kenya et au Cambodge, où quelques prostituées fortement exposées au VIH sont apparues naturellement résistantes à l’infection. Incluses dans des études d’observation depuis une quinzaine d’années, il est désormais reconnu que leur résistance au VIH est due à la présence d’anticorps neutralisants actifs dans leurs muqueuses vaginales.
L’enjeu était donc de développer un principe capable de favoriser la production de tels anticorps dans les muqueuses. Le candidat-vaccin de Mymetics, testé en Chine sur des guenons confrontées au VIH, a produit des résultats spectaculaires. Ainsi, les guenons ayant reçu le candidat-vaccin ont résisté à l’infection, et celles qui n’en n’ont pas bénéficié ont été infectées.

Un candidat-vaccin mis au point grâce à l’étude la protéine transmembranaire Gp41 de l’enveloppe du VIH

Gp41 est une des protéines transmembranaires retrouvées à la surface du virus et se trouve donc exposée au système immunitaire en cas d’infection. Cette partie de l’enveloppe virale varie peu au sein des différentes souches de VIH, et est nécessaire aux étapes d’entrée du virus dans les cellules cibles de la muqueuse et dans les lymphocytes T.

Afin de favoriser l’induction d’anticorps neutralisants lors de l’immunisation, les autres parties de l’enveloppe du VIH, non-neutralisantes, ont été retirées du candidat-vaccin.

En ce qui concerne le mode d’administration de la protéine Gp41, les chercheurs ont utilisé un vecteur vaccinal (virosome), un virus sans matériel pathogène, déjà largement utilisé dans la conception de vaccins pour l’hépatite A et la grippe.
Grâce à sa surface lipidique mimant la surface du virus, ce vecteur permet aux antigènes de Gp41 d’adopter une structure similaire à celle qu’ils ont in situ. Cette construction favorise l’induction d’anticorps neutralisants.

Plusieurs limites à ces résultats
Morgane Bomsel, directeur de recherche au CNRS [1] se félicite de l’efficacité in vitro de ce candidat-vaccin contre les sous-types B et C du VIH, responsables de 95% des infections aux Etats-Unis, en Europe et en Inde.

Pourtant de nombreuses interrogations subsistent :
- le vaccin n’a été testé que sur des singes femelles ;
- la protection a été obtenue dans le cadre précis d’une infection vaginale non traumatique ;
- la durée de la réponse immunitaire protectrice n’a pas été évaluée.

D’autres études sont donc nécessaires pour conforter ces résultats prometteurs. L’efficacité de ce candidat-vaccin devra donc ainsi être testée chez des mâles et évaluée dans d’autres voies d’infection sexuelles (rectum, tractus oro-uro-génital). De plus, la durée de la réponse immunitaire protectrice devra être précisée.

Un essai de phase I, destiné à contrôler l’innocuité de ce candidat-vaccin et non son efficacité, est en cours sur une trentaine de femmes. Les premiers résultats de cette étude sont attendus pour le mois d’avril.


Source :
- Immunization with HIV-1 gp41 Subunit Virosomes Induces Mucosal Antibodies Protecting Nonhuman Primates against Vaginal SHIV Challenges
Morgane Bomsel, Daniela Tudor, Anne-Sophie Drillet, Annette Alfsen, Yonatan Ganor et coll.
Immunity, en ligne le 10 February 2011
-  CNRS  : Une nouvelle piste pour un candidat-vaccin contre le virus du sida
-  Inserm  : Une nouvelle piste pour un candidat-vaccin contre le virus du sida
-  ANRS  : Une nouvelle piste pour un candidat-vaccin contre le virus du sida
-  24h.ch  : Mymetics porte le véritable espoir d’un vaccin contre le sida


[1] Morgane Bomsel dirige l’équipe "Entrée muqueuse du VIH et Immunité muqueuse"
Département de Biologie Cellulaire, Institut Cochin - Université Paris Descartes - CNRS UMR 8104 - INSERM U567.

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