Un test de dépistage volontaire ponctuel du VIH augmenterait l’espérance de vie

Publié le 07.12.2010 | par Claire Criton

En France, environ 40 000 personnes, sur les 134 000 personnes séropositives, ignorent qu’elles sont porteuses de l’infection à VIH/sida. Une étude de modélisation vient de montrer que la réalisation d’un seul test VIH volontaire en routine dans la population française réduit le délai entre l’infection par le VIH et le diagnostic. La réalisation de ce type de test augmente aussi le taux des lymphocytes CD4 lors du diagnostic, améliore la survie chez les patients infectés et réduit les infections secondaires à dix ans. Son rapport coût-efficacité reste acceptable et comparable aux autres interventions de dépistage recommandées en Europe de l’Ouest.

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Sida et dépistage de routine

Face à l’épidémie de Sida et notamment à celle qui sévit chez les homosexuels français, le gouvernement vient d’adopter un nouveau plan national de lutte contre le VIH/SIDA et les infections sexuellement transmissibles (Plan 2010-2014). Une des principales mesures est justement la proposition d’un dépistage du VIH à l’ensemble de la population hors notion d’exposition à un risque, et plus régulièrement pour certaines populations à risque ou dans certaines circonstances (telles que la grossesse).

Un modèle mathématique alimenté par des données cliniques et de coût françaises

Aux États-Unis, le dépistage volontaire et en routine du VIH à l’ensemble de la population est cliniquement efficace et coût-efficace. Cependant, il n’est pas possible d’extrapoler ces résultats des États-Unis à la France en raison de la plus faible prévalence des infections à VIH non diagnostiquées et du taux plus élevé de tests réalisés.

Le modèle de simulation mathématique utilisé comprenait deux modules :
- un module de dépistage, qui déterminait le moment à partir duquel le patient est dépisté et pris en charge ;
- un modèle d’histoire naturelle de la maladie VIH, qui déterminait l’évolution de la maladie lorsque celle-ci est prise en charge ou non.

Le modèle était alimenté par des données incluant :
- l’âge moyen (42 ans) ;
- la prévalence des infections à VIH non diagnostiquées (0,10 %) ;
- l’incidence annuelle du VIH (0,01 %) ;
- l’acceptabilité des tests (79 %) ;
- l’orientation vers les structures de soins (75 %) ;
- le coût du dépistage (43 €).

Les auteurs ont effectué des analyses de sensibilité sur la prévalence des infections non diagnostiquées, l’incidence du VIH, les estimations de coûts, et ont analysé les bénéfices du traitement antirétroviral sur la transmission.

Le test de dépistage ponctuel à l’ensemble de la population augmenterait l’espérance de vie et majorerait les coûts de 50 €/personne.

D’après les résultats du modèle utilisé, un dépistage volontaire en routine du VIH réalisé au moins une fois au sein de la population générale est coût-efficace. Un test de dépistage ponctuel à l’ensemble de la population augmentait l’espérance de vie de 0,01 QALM (espérance de vie ajustée sur la qualité) [1] dans la population générale et majorait les coûts de 50 €/personne pour un ratio coût-efficacité de 57 400 € par année de vie ajustée sur la qualité (QALY).

Dans les populations présentant des taux élevés d’incidence du VIH et de prévalence des infections non diagnostiquées, un dépistage plus fréquent se justifierait :
- hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes ;
- usagers de drogues par injection ;
- population de la Guyane française.

L’acceptabilité et la faisabilité du dépistage de routine du VIH ne seraient pas un obstacle.

En effet, une étude conduite dans 27 services d’urgence d’Ile de France a révélé que le dépistage en routine du VIH était bien accepté aux urgences et que l’intégration du dépistage à l’activité courante, quand elle est possible, apparaissait plus efficace que l’affectation de personnel dédié.

Environ deux tiers des personnes à qui le dépistage avait été proposé l’ont accepté.

Des efforts nécessaires pour augmenter l’acceptabilité du dépistage du VIH et l’orientation des personnes ainsi diagnostiquées vers les structures de soins.

Pour engager la France sur la voie d’une telle politique de dépistage, une campagne d’information et de sensibilisation a été lancée par l’Institut national de prévention et d’éducation à la Santé (INPES). Elle s’appuie sur des affiches rappelant « qu’en France 50 000 personnes vivent avec le virus du Sida sans le savoir » et sur un spot qui sera diffusé jusqu’au 21 décembre qui « retrace l’historique des avancées en matière de traitements afin de montrer l’intérêt du dépistage ».


Dans la presse scientifique

- Yazdan Yazdanpanah, Caroline E. Sloan, Cécile Charlois-Ou, Stéphane Le Vu, Caroline Semaille, Dominique Costagliola, Josiane Pillonel, Anne-Isabelle Poullié, Olivier Scemama, Sylvie Deuffic-Burban, Elena Losina, Rochelle P. Walensky, Kenneth A. Freedberg, A. David Paltiel ; “ Dépistage en routine du VIH en population générale en France : estimation de l’impact clinique et du coût-efficacité BEH n°45/46 du 30 novembre 2010

- Anne-Claude Crémieux, Kayigan Wilson d’Almeida, Gérald Kierzek, Pierre de Truchis, Stéphane Le Vu, Dominique Pateron, Bertrand Renaud, Caroline Semaille, François Simon, Didier Guillemot, France Lert et le groupe des référents urgentistes ; “Acceptabilité et faisabilité du dépistage systématique du VIH dans 27 services d’urgences d’Île-de-France (ANRS 95008 et Sidaction), mai 2009-août 2010”  ; BEH n°45/46 du 30 novembre 2010

-  “ Sida : de bonnes nouvelles pour le monde… un peu moins bonnes pour la France”  ; jim.f



[1] L’espérance de vie ajustée sur la qualité est un indicateur plus complet que l’espérance de vie, parce qu’il introduit le concept de qualité de vie. Il intègre des données sur la mortalité, sur le placement dans un établissement de santé à long terme et sur les limitations des activités au sein de la population et représente un indice global de l’état de santé. Donc, l’accent est mis non pas uniquement sur la durée de la vie, mais aussi sur la qualité de vie.

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