Une forme disséminée d’histoplasmose à H. duboisii chez un patient VIH

Publié le 17.02.2011 | par Claire Criton

Une forme disséminée d’histoplasmose cutanée à Histoplasma duboisii chez un patient VIH est décrite pour la première fois au Sénégal. Cette mycose profonde opportuniste du sida sévit de façon endémique en Afrique. Il s’agit d’une affection rare, mais non exceptionnelle, de pronostic grave, voire mortel.

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Histoplasma duboisii et sida

Une éruption papulonodulaire disséminée évoluant depuis un mois.

Les auteurs présentent le cas d’un homme de 50 ans, originaire de la région de Kaolack au Sénégal, présentant des lésions non prurigineuses, apparues de façon progressive, dans un contexte de fièvre à prédominance vespéro-nocturne, d’une altération importante de l’état général, d’une diarrhée liquidienne chronique et d’une toux sèche. La sérologie HIV1 était positive avec un taux de CD4 à 4/mm3.

Le diagnostic mycologique a mis en évidence de grosses chlamydospores à paroi épaisse, échinulés très caractéristique d’Histoplasma.

La biopsie cutanée montrait un infiltrat granulomateux polymorphe dermique avec des cellules géantes au sein desquelles on distinguait de multiples corps levuriformes de grande taille, à paroi épaisse, à double contour caractéristique d’ H. duboisii.

L’histoplasmose africaine, à grande forme, due à Histoplasma duboisii, est endémique en Afrique occidentale, centrale et à Madagascar.

H. duboisii sévit dans les parties chaudes et humides d’Afrique situées entre les latitudes 15° Nord et 10° sud ainsi qu’à Madagascar. En Afrique l’affection est signalée depuis quelques décennies avec très peu de cas rapportés au Sénégal.

Au Mali, pays frontalier avec le Sénégal, avec un important mouvement de population entre les deux pays, une vingtaine de cas seulement ont été décrits.

Il s’agit d’une affection rare, mais non exceptionnelle. Cette rareté pourrait probablement s’expliquer par un défaut de diagnostic.

Le développement de la maladie semble dépendre de l’intensité de l’exposition et de l’état immunitaire de l’hôte.

Un biotope originel mal connu.

Histoplasma capsulatum var. duboisii n’a été qu’exceptionnellement isolé du sol. La contamination est présumée d’origine aérienne, mais on incrimine aussi une origine transcutanée (par blessure tellurique) ou même digestive.

Des cas d’association au VIH commencent à être rapportés en Guyane française et en Côte d’Ivoire.

Depuis 1981, l’histoplasmose est classée parmi les affections opportunistes du sida. Mais, contrairement à H. capsulatum, très peu d’informations sont disponibles concernant l’interaction entre H. duboisii et l’infection à VIH. Jusqu’à présent, la plupart des cas rapportés étaient observés chez des patients séronégatifs pour le VIH.

Les manifestations cliniques sont polymorphes.

L’histoplasmose africaine a un tropisme plus particulier pour la peau, les ganglions lymphatiques et les os dans le contexte de forme disséminée chez les patients immunodéprimés.

Dans les formes localisées, elles sont dominées essentiellement par des lésions cutanées, ganglionnaires et osseuses.

  • Les manifestations cutanées :

Elles prédominent au visage et au thorax et sont à type d’ulcérations, de papules, de nodules hémisphériques ombiliqués (ressemblant à des molluscum contagiosum) et d’abcès froids.

  • Les manifestations osseuses :

Ce sont des atteintes lytiques au niveau du maxillaire mais aussi du crâne, du genou, de la colonne vertébrale simulant un mal de Pott.

  • Les manifestations ganglionnaires :

Elles simulent une adénite tuberculeuse.

Les formes disséminées sont rares et surtout observées chez les sujets âgés de plus de 55 ans, les enfants de moins d’un an, et les sujets immunodéprimés. Elles s’accompagnent d’une altération de l’état général, de fièvre et d’ulcérations muqueuses.

L’histoplasmose africaine peut révéler un sida.

Il semble opportun de pratiquer une sérologie VIH devant toute suspicion d’histoplasmose.

L’histoplasmose à Histoplasma duboisii peut simuler d’autres pathologies.

Sur le continent africain, elle peut simuler une tuberculose, une lèpre, une cryptococcose cutanée et, en cas de nodule isolé sur la peau (notamment le visage), un molluscum contagiosum.

Bien que la plupart des auteurs décrivent l’atteinte chez des adultes, des cas juvéniles ne doivent pas être méconnus, car ils posent un véritable problème de diagnostic avec le molluscum contagiosum.

L’amphotéricine B, malgré sa toxicité, reste la molécule de référence.

En l’absence d’essais cliniques ou thérapeutiques, le traitement de l’histoplasmose africaine peut être extrapolé à partir des recommandations établies sur l’espèce H. caspulatum. Il comporte :

- l’amphotéricine B, avec une phase d’attaque permettant d’atteindre une dose de 2 à 3 g d’amphotéricine B, puis une phase de maintenance prolongée en moyenne pendant un an ;
- l’itraconazole peut représenter une alternative dans les formes localisées.

Le relais est habituellement pris par les azolés, notamment l’itraconazole (400 mg/j), le kétoconazole (600 mg) ou le voriconazole. Le fluconazole en raison de 400 mg serait également efficace.

Le draînage ou la mise à plat des abcès peut être également utile car ils permettent de diminuer la charge parasitaire.

A l’arrêt du traitement, la surveillance clinique et biologique est nécessaire en raison du risque fréquent de récidives.


Dans la presse scientifique

- D. Ndiaye, M. Diallo, P.D. Sene, M. Ndiaye, O. Ndir ; “ Histoplasmose disséminée à Histoplasma capsulatum var. duboisii au Sénégal. À propos d’un cas chez un patient VIH positif ” ; Journal de Mycologie Médicale / Journal of Medical Mycology, édition avancée en ligne du 15 février 2011

- A. Sangaré, P. Yoboué, C. Ahogo, E. Ecra, M. Kaloga, I. Gbery & J.M. Kanga ; “ Histoplasmose due à Histoplasma capsulatum var. duboisii à localisation cutanée et associée au sida. À propos d’un cas à Abidjan, Côte d’Ivoire. ” ; Bull Soc Pathol Exot 2008 ; 101 (1) 5-7

- Histoplasmose ; Université médicale virtuelle francophone


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