Utilisation de l’enfuvirtide chez la femme enceinte infectée par le VIH

Publié le 07.05.2009 | par Patricia Fener

L’enfuvirtide (T20) qui a une action rapide, pourrait être une option d’intensification thérapeutique dans des situations précises chez la femme enceinte infectée par le VIH, prétraitée mais en échec thérapeutique. En effet, malgré les nombreuses molécules antirétrovirales disponibles sur le marché, un certain nombre de grossesses pose des problèmes thérapeutiques. Il s’agit le plus souvent de femmes multipares et parfois porteuses de virus très muté, ou vues tard pendant la grossesse ou enfin inobservantes.

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”Espoir” Gustave Klimt

L’enfuvirtide appartient à la classe thérapeutique des inhibiteurs de fusion. C’est un inhibiteur du réarrangement structural de la gp41 du VIH-1, qui agit en se liant spécifiquement à cette protéine virale dans le milieu extracellulaire, bloquant ainsi la fusion entre la membrane virale et la membrane de la cellule cible, empêchant ainsi l’ARN viral d’y entrer.

En pratique, l’enfuvirtide est indiqué, en association avec d’autres antirétroviraux, dans le traitement des patients infectés par le VIH-1, exposés et en échec à un traitement comprenant au moins un médicament de chacune des classes antirétrovirales suivantes : inhibiteurs de protéase, analogues non nucléosidiques de la transcriptase inverse et analogues nucléosidiques de la transcriptase inverse, ou présentant une intolérance aux traitements précédemment cités.

Enfuvirtide et grossesse
- L’Agence européenne du médicament (EMEA) précise qu’il n’existe pas d’étude adaptée et standardisée chez la femme enceinte.
Les études chez l’animal n’ont pas montré d’effets délétères sur le développement fœtal.
L’enfuvirtide ne doit être administré à la femme enceinte que si le bénéfice attendu justifie le risque potentiel pour le fœtus.
Chez l’homme, on ignore si l’enfuvirtide est sécrété dans le lait maternel. Il doit donc être déconseillé aux mères qui reçoivent de l’enfuvirtide d’allaiter leur enfant, en raison du risque potentiel de transmission du VIH et d’éventuels effets indésirables de l’enfuvirtide chez l’enfant allaité.

- L’étude présentée évalue rétrospectivement les conséquences de la prescription d’enfuvirtide chez sept femmes enceintes, en terme d’efficacité, de pharmacocinétique, de tolérance du produit et d’impact sur le foetus.
Après une durée moyenne de 30 jours de prise d’enfuvirtide durant la grossesse, aucun des enfants nés de ces mères traitées ne présente d’anomalie et n’est porteur du virus de l’immunodéficience humaine.
Les dosages de l’enfuvirtide étaient négatifs au sang du cordon.
Cinq patientes ont accouché par césariennes programmées, une par césarienne en urgence et une par voie basse.
Dans ces sept cas, la tolérance a été bonne.
L’observance a été excellente en raison de l’administration par voie sous-cutanée.

Du fait de sa bonne tolérance, de sa rapidité d’action et de l’absence de passage transplacentaire, les auteurs concluent que l’enfuvirtide apparaît être une option efficace en cas de découverte tardive du VIH durant la grossesse ou de multirésistance. Il sera, bien sûr, toujours prescrit en association.

Dans la presse scientifique :
Utilisation de l’enfuvirtide chez la femme enceinte séropositive VIH à propos de sept cas :
V. Jeantils, C. Alloui, A. Rodrigues, M. Bentata, G. Peytavin and L. Carbillon
Gynécologie Obstétrique & Fertilité Article sous presse

Pour en savoir plus :
- Agence européenne du médicament

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