VIH et cancer bronchique : toxicité hématologique des traitements

Publié le 17.01.2011 | par Patricia Fener

Les interactions entre la chimiothérapie anticancéreuse des cancers bronchiques non à petites cellules et les antirétroviraux, chez le sujet infecté par le VIH, peuvent conduire à une toxicité hématologique. La prescription d’inhibiteurs de protéase (IP) semble associée à un sur-risque.

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VIH, cancer bronchique, antirétroviraux anticancéreux, interactions médicamenteuses ; Wikimedia commons GNU Free Documentation License

Quarante patients sélectionnés en raison de la survenue d’une toxicité hématologique de grade 4 au cours d’une combinaison thérapeutique associant un traitement anticancéreux et antirétroviral donné.
Les malades étaient suivis dans 8 centres hospitaliers français entre 1996 et 2008 et les données cliniques, paracliniques et thérapeutiques les concernant, figuraient dans la base de données dat’Aids accessible avec le logiciel Nadis.  [1]

Ils étaient porteurs d’un cancer bronchique non à petites cellules (CBNPC) bénéficiant d’une chimiothérapie anticancéreuse  [2] .

Le critère de sélection était l’apparition d’une toxicité hématologique de grade 4 par destruction des cellules souches hématopoïétiques en voie de différenciation [3] et les critères de jugement secondaires étaient le décès lié à une toxicité, une neutropénie, une anémie ou une thrombopénie de grade 4.

La classe des antirétroviraux présente de nombreuses interactions médicamenteuses avec les molécules anticancéreuses, notamment le ritonavir, le tipranavir et l’efavirenz. Les inhibiteurs de protéase augmentent les concentrations sanguines des cytotoxiques et donc leur toxicité, notamment la myélotoxicité avec thrombopénie, leucopénie, anémie lorsqu’ils sont associés aux sels de platine.

Les événements survenus au cours des différentes combinaisons thérapeutiques ont été comparés avec le test exact de Fisher.
- Sur les 40 patients, 25 ne prenaient pas d’inhibiteur de protéase et la médiane des CD4 au moment du diagnostic était de 365 par mm3 ;
- l’âge médian se situait à 50 ans et 78% des malades étaient des hommes (31 patients) ;
- un adénocarcinome était diagnostiqué chez 65% (26 patients) ;
- le performance status de l’OMS était inférieur à 2 chez 72% (29 patients) ;
- la prise en charge a eu lieu à un stade III-IV de la classification TNM (tumeur, ganglion "node", métastases) dans 87% des cas.

En étudiant les combinaisons médicamenteuses, il apparaît que la toxicité hématologique de grade 4 survient plus fréquemment lorsque le traitement antirétroviral comprend un inhibiteur de protéase. Cette complication touche 9 des 21 patients sous IP (soit 43% des cas), alors que seul 5 patients sur 47 (soit 11%) ont présenté cette toxicité hématologique lorsque le traitement antirétroviral était exempt d’IP.

De même, les malades sous IP présentaient plus souvent une neutropénie de grade 4 (p=0,0008) ou décédaient des suites d’une interaction médicamenteuse.

Une étude a permis de recenser 302 interactions dans la littérature impliquant des molécules antirétrovirales, alors que seulement 15 sont mentionnées dans le dictionnaire Vidal®, soit environ 5 %. Ces faits doivent être connus car l’incidence des cancers chez les patients infectés par le VIH étant actuellement en augmentation du fait de l’allongement de leur espérance de vie, la prescription concomitante d’antirétroviraux et d’antimitotiques devient relativement fréquente.



Source :
-  Antirétroviraux et toxicité hématoplogique des chimiothérapie pour cancer bronchique non à petiters cellules
A. Makinson, J.C. tenon, X. de La Tribonnière
Médecine et maladies infectieuses 2010, vol.40, p.47
-  Estimation du nombre et de la nature des interactions médicamenteuses concernant les médicaments anticancéreux
V.Schwiertz, C. Bertin, A. Henry, B.Charpiat
Bulletin du Cancer, 2007, Vol. 94, N° 5, pp.477-82
-  docvadis  : interactions médicamenteuses entre antirétroviraux et anticancéreux

Pour en savoir plus :
-  femmesetsida  : Taux de lymphocytes CD4 et survie des patients VIH+ porteurs d’un cancer bronchique


[1] Le dossier médical informatisé Nadis permet la constitution en temps réel d’une base de données des patients séropositifs pour le VIH pris en charge dans les services hospitaliers disposant de cet équipement informatique.

[2] Principes du traitement par chimiothérapie dans les cancers bronchiques non à petites cellules
- Chimiothérapie adjuvante post-opératoire
Le protocole recommandé est une chimiothérapie à base de platine dont un des effets secondaires est une myélotoxicité avec thrombopénie, leucopénie, anémie, plus importante avec le paraplatine qu’avec le cisplatine.
Le mieux validé est l’association cisplatine - vinorelbine. En cas de contre-indication, on pourra proposer une association carboplatine-paclitaxel.
Le délai maximum recommandé entre la chirurgie et la chimiothérapie est de 2 mois.
Le nombre optimal de cycles est de 4.
- Chimiothérapie de 1ère ligne
Doublet à base de sel de platine patient avec PS de 0 et 1, monochimiothérapie pour les autres.
4 à 6 cycles en fonction de la réponse
Pour les lésions non épidermoïdes -* Pemetrexed associé à CDDP -* possibilité d’associer le Bévacizumab à toutes les chimiothérapies à base de platine.
Source : oncolor.

[3] Selon l’échelle de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la toxicité hématologique de grade 4 se définit par :
- un taux d’Hémoglobine (Hb) inférieure à 6,5 g par dL (Valeurs normales = 13 à 17 g par dl) ;
- des leucocytes inférieurs à 1000 par mm3 (VN = 4000 à 10000 par mm3) ;
- des polynucléaires neutrophiles inférieurs à 500 par mm3 (VN = 40 à 80%) ;
- des plaquettes inférieurs à 25 000 par mm3 (VN=150 000 à 400 000) ;
- des hémorragies importantes.
Source : oncoranet.lyon

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