VIH et complications musculaires

Publié le 31.05.2011 | par Claire Criton

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Sida et myopathie

L’infection par le VIH peut être associée à une myopathie. La polymyosite est l’atteinte musculaire la plus fréquente. Les mitochondriopathies dues aux traitements anti-rétroviraux sont aussi fréquemment observées. Par conséquent, tout patient séropositif pour le VIH présentant une symptomatologie musculaire doit se voir proposer une biopsie musculaire.


Une étude française à partir de biopsies musculaires de patients séropositifs pour le VIH

Une étude morphologique et une étude immuno-histochimique ont été réalisées à partir de biopsies musculaires de patients séropositifs pour le VIH.

Quarante-cinq patients infectés par le VIH, ayant eu une biopsie musculaire entre 2005 et 2010, ont été sélectionnés à partir de la base de données informatisée de l’hôpital Pitié Sapêtrière à Paris.

Polymyosite et mitochondriopathie, atteintes les plus fréquentes

Sur les 50 biopsies, 86 % étaient anormales. Par ordre de fréquence, était retrouvé :

  • la polymyosite dans 53 % des cas ;
  • la mitochondriopathie dans 32 % des cas ;
  • la myosite à inclusions dans 7 % des cas.

Un cas de myopathie nécrosante, un cas de fasciite et un cas de myopathie cortisonique ont été également observés. Aucune myosite infectieuse n’a été observée, ni aucun cas de syndrome de restauration immunitaire.

La polymyosite

La polymyosite liée au VIH se caractérise par un déficit moteur proximal et en général symétrique. L’évolution est sub-aigüe sur plusieurs semaines ou mois.

Elle se traduit cliniquement par l’apparition d’une faiblesse musculaire touchant principalement les épaules, les bras et les cuisses ; et pouvant s’associer à des douleurs musculaires.

La biopsie musculaire est indispensable au diagnostic.

Dans les cas typiques, elle montre l’association d’un processus de nécrose / regénération myocytaire avec des lésions d’âges différents, d’infiltrats inflammatoires multifocaux intrafasciculaires, et d’images d’agression focale de myocytes non nécrotiques par des cellules inflammatoires.

Mais, le plus souvent, les lésions sont moins bien définies et se limitent à quelques fibres nécrotiques et des infiltrats inflammatoires sans signe d’agression myocytaire focale.

La myopathie mitochondriale

La zidovudine (AZT) est le principal analogue nucléosidique pouvant provoquer une myopathie mitochondriale chez les patients séropositifs.

Cette myopathie toxique est réversible et survient chez des patients ayant reçu des doses cumulées élevées.

Cliniquement, elle se présente comme la polymyosite.

Mais sur le plan histologique, on note la présence de fibres rouges déchiquetées atrophiques (“fibres AZT”) avec des altérations myofibrillaires marquées.

La déplétion en ADN mitochondrial est d’autant plus marquée qu’il existe un déficit musculaire, des myalgies, une augmentation sérique des CPK [1] ou des “fibres AZT” à la biopsie musculaire.

Les anomalies histo-enzymologiques (déficit partiel en cytochrome C oxydase) sont constantes et représentent un marqueur fiable.

L’amélioration du tableau clinique et la diminution des enzymes musculaires après arrêt de la zidovudine confirment le diagnostic.

La myosites à inclusions

La biopsie musculaire montre alors un processus inflammatoire associé à des lésions dégénératives (atrophie myocytaire, vacuoles bordées, dépôts amyloïdes, inclusions éosinophiles).

Réaliser une sérologie VIH devant toute polymyosite nouvellement diagnostiquée

De même, il faudra proposer une biopsie musculaire aux patients séropositifs pour le VIH présentant une symptomatologie musculaire.

En effet, les mitochondriopathies sont fréquemment observées suites aux traitements anti-rétroviraux.

L’analyse immunohistochimique est indispensable au diagnostic.

Le traitement est le même que pour la polymyosite idiopathique, comprenant corticoïdes, azathioprine, méthotrexate, cyclophosphamide, cyclosporine et immunoglobulines intraveineuses.


Source

- Y. Allenbach, O. Dubourg, T. Maisonobe, S. Herson, C. Duyckaerts, O. Benveniste ; “ Myopathies associées au VIH ” La Revue de Médecine Interne, Volume 32, Supplement 1, June 2011, Page S58

- F.J. Authier, R.K. Gherardi ; “Complications musculaires de l’infection par le virus de l’immunodéficience humaine (VIH) à l’ère des trithérapies” ; Revue Neurologique, Volume 162, Issue 1, January 2006, Pages 71-81

- Pierre-Marie Girard,Christine Katlama,Gilles Pialoux ; VIH



[1] Créatine PhosphoKinase, enzymes musculaires augmentant lors d’une destruction musculaire

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