VIH et déficit en vitamine D ; les recommandations de l’Académie nationale de Médecine

Publié le 13.08.2012 | par Patricia Fener

L’insuffisance ou le déficit en vitamine D touche 86,7% de la population VIH+ incluse dans la cohorte française Dat’AIDS ; c’est ce que montre une étude publiée récemment dans le “Journal of Antimicrobial Chemotherapy.” Parallèlement, l’Académie Nationale de Médecine vient de rendre un rapport intitulé "Statut vitaminique, rôle extra osseux et besoins quotidiens en vitamine D", dans lequel un chapitre consacré à l’infection à VIH/sida souligne l’importance de cette vitamine dans l’évolution clinique de la maladie.

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Wikimedia commons VIH/sida, vitamine D, 25(OH)D GNU Free Documentation License.

Des facteurs liés à l’infection à VIH et à son traitement sont associés à l’hypovitaminose D

Des patients issus de la cohorte "Dat’AIDS" ont été sélectionnés au sein de 5 services hospitaliers français (Nantes, Strasbourg, Lille, Toulouse et le centre médical de l’Institut Pasteur de Paris) ayant réalisé en routine un dosage de la 25-hydroxyvitamine D (25 (OH) D) entre janvier 2007 et juin 2010.

L’objectif de cette étude était d’évaluer le statut vitaminique D par mesure de la 25-hydroxyvitamine D et de définir les facteurs associés à une baisse de sa concentration sérique.

L’insuffisance en vitamine D se définit par un taux sérique inférieur à 30 ng par mL, alors que le déficit correspond à un taux inférieur ou égal à 10 ng par mL.

Une insuffisance ou un déficit a été observé chez 86,7% des 2994 patients de la cohorte, avec une insuffisance dans 55,6% des cas et un déficit dans 31,1%.
En analyse multivariée, les facteurs associés à un déficit en vitamine D étaient :
- le tabagisme (odds ratio ajusté (aOR) 1,55) ;
- un débit de filtration glomérulaire estimé supérieur ou égal à 90 mL par minute par 1,73 m2 (aOR 1,51) ;
- une mesure du taux de vitamine D en dehors de la période estivale (aOR 0,27) ;
- un taux de lymphocytes CD4 inférieur à 350 cellules par mm (aOR à 1,37 pour des CD4 compris entre 200 et 350 par MM3 et aOR à 1,62 pour des CD4 inférieurs à 200 par mm3) ;
- la prise d’un traitement antirétroviral (aOR 2,61).

Le genre, l’indice de masse corporelle, l’âge, la durée d’évolution de l’infection à VIH, l’existence de co-infections n’étaient pas associés à un déficit en vitamine D.

Le rôle des antirétroviraux

Parmi les 2994 patients, 334 étaient naïfs de tout traitement antirétroviral et 2660 recevaient des antirétroviraux depuis plus de 3 mois.

Chez les sujets traités par antirétroviraux, à côté des facteurs retrouvés dans la population générale, éfavirenz, inhibiteur non nucléosidique de la transcriptase reverse (INNRT), était la seule molécule significativement associée à un déficit en vitamine D, avec un aOR de 1,89 (IC de 95% 1,45-2,47).

Les autres antirétroviraux, notamment les derniers mis sur le marché (étravirine, darunavir, raltégravir) ne semblent pas avoir d’impact sur la vitamine D.

Vitamine D et sida : le point de vue de l’Académie nationale de Médecine

Le rapport de l’Académie nationale de Médecine montre que le déficit en vitamine D est aussi fréquent chez les personnes vivant avec le VIH qu’en population générale.
- En Europe, les études en population infectée par le VIH proposent des prévalences de 7 à 40%.
- Aux Etats-Unis, les prévalences d’un taux de 25(OH) D inférieur à 30 ng par mL et inférieur à 20 ng par mL étaient voisines dans la cohorte de patients VIH+ "SUN" (Study to Understand the Natural History of HIV/AIDS in the Era of Effective Therapy ) et l’étude en population générale “NHANES” (National Health and Nutrition Examination Survey), après ajustement sur l’âge, le sexe et l’ethnie, avec respectivement des taux de 70.3% contre 79.1% et de 29.7% contre 38.8%

L’infection à VIH pourrait être considérée comme un modèle de « vieillissement accéléré » dans lequel s’intriquent des pathologies liées à l’âge et associées au déficit en vitamine D.
En effet, les maladies cardiovasculaires, l’ostéopénie/ostéoporose, la survenue de certains cancers, les troubles rénaux et neurocognitifs sont plus fréquents chez les personnes vivant avec le VIH et les affectent plus précocement. Dans la population générale ces pathologies sont liées au déficit en vitamine D qui semble associé avec une inflammation et une activation de la coagulation infracliniques.

Deux études observationnelles (étude menée en 1995-1997 en Tanzanie chez 884 femmes enceintes infectées par le VIH, non traitées et étude menée sur un échantillon de 1985 patients de la cohorte "EuroSIDA" dont 83% sous antirétroviraux) ont relié le déficit en vitamine D à une évolution clinique défavorable de l’infection par le VIH.

Les recommandations du groupe d’experts sur le VIH/sida

En 2010, le rapport du groupe d’experts réunis sous la direction de Patrick Yeni, sur la prise en charge médicale des personnes infectées par le VIH, s’est appuyé sur la fréquence de l’ostéopénie/ostéoporose dans cette population et sur les associations décrites dans la population générale. Il recommande un dépistage du déficit en vitamine D et suggère une supplémentation, soulignant cependant l’absence d’études d’intervention permettant d’évaluer le bénéfice attendu dans les pathologies extraosseuses.

En pratique, les valeurs de référence se situent entre 30 et 80 ng/mL.

En cas de déficit, la vitamine D est administrée à des doses qui dépendent de la concentration de 25(OH)D initiale, par exemple :
- 4 ampoules de 100 000 UI de D3 (1 toutes les 2 semaines) si la 25(OH)D est inférieure à 10 ng par mL ;
- 3 ampoules de 100 000 UI de D3 (1 toutes les 2 semaines) si la 25(OH)D est comprise entre 10 et 20 ng par mL ;
- 1 ou 2 ampoules de 100 000 UI de D3 si la 25(OH)D est comprise entre 20 et 30 ng par mL.

Au long cours, il convient de maintenir une concentration en vitamine D sérique suffisante avec 800 à 1 200 UI par jour de vitamine D2 ou D3 ou 100000 UI de vitamine D3 tous les 2 à 3 mois.

L’intérêt d’une surveillance des taux de vitamine D chez le sujet VIH+

En effet, à côté de son implication dans le métabolisme osseux, la vitamine D a des effets sur les cellules de l’immunité innée et acquise, avec notamment un rôle important dans les défenses anti-infectieuses de première ligne, en intervenant dans l’induction de l’autophagie dans les macrophages.
L’autophagie est un mécanisme intracellulaire au cours duquel des agents pathogènes, en particulier les virus, sont détruits dans les autolysosomes après leur entrée dans les cellules cibles.


Source

1. Allavena C, Delpierre C, Cuzin L, et al. High frequency of vitamin D deficiency in HIV-infected patients : effects of HIV-related factors and antiretroviral drugs. The Journal of antimicrobial chemotherapy. 2012. Available at : http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/.... Consulté août 13, 2012.
2. Pr A Lapillonne ( Paris) - Pr JF Duhamel ( ANM) ( secrétaire) -Pr JC Souberbielle ( Paris)- Pr P Godeau ANM - Pr F. Tron (Rouen) - Pr J Menkès ANM- Pr JP Viard (Paris) - Pr JP Bonhoure ANM - Pr JM Bourre ANM - Pr Edgard Delvin (Montréal, ANM)- Pr B Salle ANM ( rapporteur) - Pr D. Fouque ( Lyon) - Pr JP Nicolas ANM - Pr M. Espie (Paris) Pr C Pierrot-Deseilligny (Paris). Statut vitaminique, rôle extra osseux et besoins quotidiens en vitamine D Rapport, conclusions et recommandations. Available at : http://www.academie-medecine.fr/Upl...).pdf. Consulté août 13, 2012.

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