VIH et paludisme, une nouvelle stratégie vaccinale

Publié le 31.01.2011 | par Patricia Fener

L’infection à Plasmodium est associée à une augmentation, même modérée, du risque de transmission, voire de progression de l’infection par le VIH. Les progrès en matière de recherche vaccinale contre le paludisme constituent donc une avancée dans la lutte contre l’infection à VIH. C’est pourquoi la nouvelle stratégie vaccinale contre le paludisme, mise au point par des chercheurs français, suscite de grands espoirs.

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VIH et paludisme, stratégie vaccinale ;Wikimedia commons

La démonstration d’un nouveau concept original de stratégie vaccinale

Cette stratégie vaccinale repose sur l’ingestion d’amidon issu de l’algue verte unicellulaire Chlamydomonas reinhardtii, génétiquement modifié pour renfermer des antigènes de Plasmodium, l’agent infectieux responsable du paludisme. Au laboratoire, les souris qui ont ingéré ces grains d’amidon ont été protégées de manière significative contre l’infection à Plasmodium.

Bien sûr maintenant, il faut mettre en place des études de faisabilité chez l’homme.

Les équipes de recherche de Stanislas Tomavo (Centre nationale de la recherche scientifique, CNRS - Institut national de la santé et de la recherche médicale, Inserm - Institut Pasteur de Lille - Universités de Lille 1 et 2) et de Steven Ball (CNRS - Université Lille 1) ont démontré l’efficacité de cette stratégie avec des candidats vaccins contre le paludisme.

L’amidon vaccinal qui est produit par Chlamydomonas reinhardtii semble pouvoir être fabriqué à moindre coût en grande quantité et être facilement purifié. Il peut être conservé 6 mois à température ambiante sans modification de ses propriétés vaccinales.

L’intérêt de la voie orale pour cette vaccination est l’absence des risques de contamination liés aux injections par seringues. Cette stratégie, si les essais chez l’homme s’avèraient concluants, serait particulièrement adaptée aux pays en voie de développement.

Le résultat des travaux de recherche du Centre d’Infection et d’Immunité de Lille, un pôle d’excellence au rayonnement international dont l’activité porte sur les maladies infectieuses

Opérationnel depuis le 1er janvier 2010, le nouveau Centre d’infection et d’immunité de Lille (CIIL) est implanté sur le campus Pasteur Lille. Il est le fruit d’un partenariat entre l’Institut Pasteur de Lille, l’Université Lille Nord de France, le CNRS et l’Inserm. Ses axes de recherche sont les grands fléaux infectieux, notamment le paludisme responsable de 1,5 millions de morts par an.

Interrelations des infections à Plasmodium et à VIH ; une synergie délétère

Il est maintenant clairement établi que le virus de l’immunodéficience humaine et les parasites du genre "Plasmodium " [1] interagissent entre eux.

Impact de l’infection à VIH sur l’évolution du paludisme :
- L’infection par le VIH augmente l’incidence des accès palustres ;
- L’infection par le VIH serait responsable d’une augmentation du risque d’échecs d’un traitement du paludisme, notamment lors de l’association sulfadoxine–pyriméthamine.

Impact du paludisme sur l’infection par le VIH :
- Le paludisme est associé à une augmentation transitoire de la charge virale VIH, surtout lorsque le taux de parasites dans le sang est élevé et que le patient est fébrile ;
- Lors de la grossesse, l’infection du placenta par Plasmodium s’accompagne d’une charge virale plasmatique et placentaire plus importante, quel que soit le niveau d’immunodépression.

Selon les derniers chiffres de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), environ la moitié de la population mondiale est exposée au paludisme
Cette infection touche actuellement 108 pays et territoires. La majorité des infections à Plasmodium et de décès dus à cette maladie ont lieu en Afrique subsaharienne. D’autres régions du monde, en Asie, en Amérique latine et, dans une moindre mesure au Moyen-Orient et dans certaines parties de l’Europe sont également concernées.

Parmi les groupes de population les plus spécialement à risque, l’OMS cite :
- Les femmes enceintes semi-immunisées, infectées par le VIH dans les zones de transmission stable, ont un risque augmenté de contracter le paludisme durant toute leur grossesse. En cas d’infection palustre du placenta, ces femmes ont aussi un risque plus élevé de transmettre l’infection à VIH à leurs nouveau-nés ;
- Les personnes vivant avec le VIH/sida ont un risque accru de développer un paludisme clinique lorsqu’elles sont infectées.

Etant donné la forte prévalence de l’infection à VIH et du paludisme, l’existence d’une augmentation même modérée du risque de transmission, voire de progression de l’infection par le VIH, a de graves conséquences en termes de santé publique. Une optimisation de la prise en charge du paludisme et de l’infection VIH dans les régions où les deux infections coexistent représente donc un enjeu de santé internationale. Les mesures de prévention du paludisme sont d’une importance capitale et cette nouvelle stratégie vaccinale est donc porteuse d’espoir.


Source :
- Le journal du CNRS : « Une nouvelle stratégie vaccinale contre le paludisme a été développée » N° 252-253, janvier-février2011
-  Engineering the chloroplast targeted malarial vaccine antigens in Chlamydomonas starch granules.
Dauvillée D, Delhaye S, Gruyer S, Slomianny C, Moretz SE, d’Hulst C, Long CA, Ball SG, Tomavo S.
PLoS One, 2010 Dec 15 ; 5(12):e15424.
-  Institut Pasteur de Lille  : Centre d’Infection et d’Immunité de Lille
-  Femmesetsida  : Paludisme et réplication du VIH

Pour en savoir plus :
-  CNRS  : Animal ou végétal ? Le génome d’une algue modèle livre ses secrets
-  OMS  : Paludisme _



[1] Il existe quatre types de paludisme humain, en fonction de l’agent infectieux incriminé :
- Plasmodium falciparum ;
- Plasmodium vivax ;
- Plasmodium malariae ;
- Plasmodium ovale.
Les Plasmodium falciparum et Plasmodium vivax sont les plus répandus. Le Plasmodium falciparum est le plus mortel.

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