VIH/sida et vaginose bactérienne : intérêt des probiotiques

Publié le 02.09.2010 | par Patricia Fener

Une supplémentation orale en probiotiques de type Lactobacillus rhamnosus GR-1 et Lactobacillus reuteri RC-14 semble prévenir le développement d’une vaginose bactérienne chez les femmes VIH+ présentant des perturbations de la flore vaginale.

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VIH, vaginose bactérienne, probiotiques, Lactobacillus ;Wikimedia commons

-  Une étude randomisée, en double aveugle, probiotiques contre placebo, a été menée auprès de 65 femmes infectées par le VIH

  • Celles se présentant avec avec une flore vaginale intermédiaire (score de Nugent 4-6) ont pris quotidiennement les probiotiques  [1] Lactobacillus rhamnosus GR-1 [2] et Lactobacillus reuteri RC-14 ou un placebo.
  • Les femmes chez qui a été fait un diagnostic de vaginose bactérienne (score de Nugent 7-10) ont en plus reçu du métronidazole pendant 10 jours (400 mg deux fois par jour).

La guérison de la vaginose bactérienne n’a pas été améliorée par la prise concomitante de probiotiques et de metronidazole. Par contre, chez les femmes ayant une flore vaginale intermédiaire, les probiotiques ont augmenté la probabilité de restaurer une flore vaginale normale (odds ratio 2,4 ; P = 0,1) et un pH bénéfique (odds ratio : 3,8 ; P = 0,02).

Il apparaît donc qu’une supplémentation par voie orale de probiotiques (souches L. rhamnosus GR-1 et L. reuteri RC-14) ne permet pas d’augmenter les taux de guérison de vaginose bactérienne chez les femmes vivant avec le VIH, mais peut par contre prévenir les conditions permettant son développement.

-  La vaginose bactérienne, facteur de risque d’acquisition et de transmission du VIH
La vaginose bactérienne est caractérisée par :

  • Une profonde modification de la flore commensale du vagin avec la quasi disparition des Lactobacilles, notamment Lactobacillus crispatus, Lactobacillus jansenii, Lactobacillus gasseri.
    Ces « bons » lactobacilles produisent du peroxyde d’hydrogène (H2O2), antiseptique qui s’associe à la myéloperoxydase et à l’acide chlorhydrique du mucus vaginal pour former une substance hautement toxique pour les germes transmis sexuellement, Gardnerella vaginalis, Provatella bivia, Neisseria gonorrhoeae, le VIH…
    La flore vaginale normale comprend jusqu’à 107 lactobacilles par millilitre de sécrétions vaginales. Elle maintient le pH autour de 4,5 par hydrolyse du glycogène contenu dans les cellules vaginales en acide lactique (bactériostasie physiologique).
  • Le développement anormal de trois types de micro-organismes, à savoir Gardnerella vaginalis, bacteroïdes et différents types d’anaérobies.

Le diagnostic repose sur (critères de Amlsel) :

  • des pertes blanches ou colorées, très malodorantes ;
  • la mise en évidence de cellules dites ponctuées (en anglais clue-cells) qui sont des cellules épithéliales recouvertes de coccobacilles (variété de bactéries) ;
  • un pH vaginal alcalin (supérieur à 4,5) ;
  • la libération d’une odeur de poisson lors de l’addition d’ammoniac à 10%.

  • L’exploration microscopique des sécrétions vaginales est plus sensible et spécifique que le diagnostic clinique.
    Après coloration de Gram, l’observation des sécrétions vaginales prélevées au niveau du cul-de-sac postérieur ou latéral du vagin permet d’établir le score de Nugent qui divise la flore vaginale en trois groupes :
    • Groupe 1 (score compris entre 0 et 3) : flore normale, à prédominance de lactobacilles, pouvant être associés à d’autres morphotypes bactériens mais présents en petite quantité.
    • Groupe 2 (score compris entre 4 et 6) : flore intermédiaire, avec des lactobacilles peu abondants et associés à d’autres morphotypes bactériens peu différenciés en petite quantité. Il s’agit d’une flore vaginale altérée, mais elle n’est pas en faveur d’une vaginose bactérienne.
    • Groupe 3 ( score compris entre 7 et 10 ) : flore évocatrice d’une vaginose bactérienne. Les lactobacilles ont disparu, au profit d’une flore anaérobie abondante et polymorphe.

Il est maintenant démontré que la vaginose bactérienne favorise non seulement l’acquisition du VIH mais augmente également le taux d’excrétion virale au sein des sécrétions génitales et donc le risque de transmission.
- Une méta-analyse [3] de 23 publications portant sur plus de 30.000 femmes a montré que la vaginose bactérienne est associée à un risque accru de contracter le VIH (RR 1.6).
- Une étude sur 4531 femmes non infectées par le VIH au Zimbabwe et en Ouganda a permis d’observer que :

  • l’acquisition du VIH est plus fréquente (HR = 2.5) chez les femmes porteuses d’une vaginose ;
  • les femmes ayant peu de lactobacilles ont un taux de RNA-VIH 15,8 fois supérieur aux femmes ayant un nombre normal de lactobacilles.

-  Le mécanisme d’action des probiotiques
Il apparaît qu’après un traitement antibiotique adapté, avec disparition des symptômes de vaginose, il persiste souvent un biofilm de Gardnerella vaginalis détectable par biopsies vaginales et source de récidives.
Plusieurs études ont montré que Lactobacillus reuteri RC-14 est capable d’altérer profondément le biofilm de Gardnerella vaginalis.



Mots-clés : VIH, sida, vaginose bactérienne, probiotiques, Lactobacillus rhamnosus, Lactobacillus reuteri

Sources :
-  Lactobacillus rhamnosus GR-1 and L. reuteri RC-14 to prevent or cure bacterial vaginosis among women with HIV.
Hummelen R, Changalucha J, Butamanya NL, Cook A, Habbema JD, Reid G.
Int J Gynaecol Obstet. 2010 Aug 27.
-  Deep sequencing of the vaginal microbiota of women with HIV.
Hummelen R, Fernandes AD, Macklaim JM, Dickson RJ, Changalucha J, Gloor GB, Reid G.
PLoS One. 2010 Aug 12 ;5(8):e12078.
-  Institut Fournier (Paris)  : Vaginose bactérienne
Jean-Marc BOHBOT
-  Institut Fournier (Paris)  : Actualités des vaginoses
Jean-Marc BOHBOT

Pour en savoir plus :
-  Femmes et sida  : La transmission du VIH est favorisée par les vaginoses mycosiques et bactériennes
-  Femmes et sida  : Facteurs de risque de l’infection à VIH/sida chez la femme _


[1] "Les probiotiques sont des micro-organismes vivants qui, administrés en quantité suffisante, confèrent un bénéfice sur la santé de l’individu ". En pratique, en gynécologie, les probiotiques sont des lactobacilles.

[2] Les propriétés de Lactobacillus rhamnosus GR-1 in vitro sont les suivantes :
- Adhérence démontrée sur la muqueuse vaginale ;
- Rapidité d’adhérence (en 1 heure) ;
- Inhibition de la croissance de Prevotella bivia, Gardnerella vaginalis et Candida albicans dès la 4ème heure d’incubation avec L. Rhamnosus ;
- Aucune action inhibitrice vis-à-vis d’autres lactobacilles ou un placebo pendant 6 mois.

[3] ATASHILI J and al Bacterial vaginosis and HIV acquisition : a meta-analysis of published studies. AIDS. 2008 Jul 31 ;22(12):1493-501

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