Vieillissement et infection par le VIH : résultats de l’étude COREVIH Île-de-France Ouest

Publié le 28.02.2013 | par Patricia Fener

Depuis l’introduction en 1996 des traitements antirétroviraux hautement actifs (HAART), on assiste à une augmentation de la longévité des personnes infectées par le VIH. En France, les patients de plus de 50 ans représentent plus de 23,6% des sujets enregistrés dans la base de données hospitalière française sur le VIH (FHDH), et 18% des patients nouvellement diagnostiqués VIH. Une équipe de médecins de l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), hôpital Raymond Poincaré de Garches (France), a suivi l’évolution sur 4 ans d’une cohorte de patients infectés par le VIH, âgés de plus de 60 ans et recrutés par le Comité de coordination Régionale de lutte contre le VIH (COREVIH) Île-de-France Ouest.

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VIH/sida, personne âgée ;Wikimedia commons

Cent quarante-neuf sujets ont été inclus dans cette étude en 2004

Parmi ces 149 patients, on comptait 115 hommes (77%) et 34 femmes (23%) dont les caractéristiques étaient les suivantes :
- l’âge médian était de 65,4 ans (60,3 à 86,3) ;
- au stade C de la classification des Centers for Disease Control and Prevention (CDC) c’est à dire sida pour 36% ;
- avec une co-infection VHB et VHC, respectivement chez 4 (2,7%) et 8 (5,4%) patients ;
- un délai médian entre le diagnostic et la contamination par le VIH de 8,5 années (0,25 à 19,5) ;
- sous HAART (traitement antirétroviral hautement actif ) pour 88% des patients , avec une durée médiane de prise d’un traitement antirétroviral de 7.5 années (0,2-15,5) ;
- un taux moyen de CD4 de 372 par mm3 (18 à 1860) et une charge virale inférieure à 200 copies par ml pour 104 patients (70%).

Le bilan après 4 ans de suivi

Au bout de 4 ans, 111 patients étaient encore dans l’étude dont 110 traités, 17/149 (11,5%) avaient été perdus de vue, et 21/149 étaient décédés (14%).

Les causes de décès étaient les suivantes :
- maladies cardio-vasculaires aiguës (4/21) ;
- néoplasies (11/21) ;
- maladie neurologique 1/21 ;
- maladie du foie en phase terminale 3/21 ;
- cause inconnue pour 2 patients.

La prévalence des co-morbidités après quatre années de suivi étaient :
- hypertension artérielle 40/111 (36%) ;
- hypercholestérolémie 48/111 (43%) ;
- diabète 23/111 (21%) ;
- néphropathie avec insuffisance rénale (clairance de la créatinine inférieure à 60ml par min) 36/111 (32%).

A la fin du suivi, le taux moyen de CD4 était de 494 par mm3 et la charge virale était indétectable, à moins de 200 copies par ml chez 107 patients (96%). Aucune nouvelle infection opportuniste n’est apparue au cours des 4 ans de suivi, mais il a été diagnostiqué une néoplasie chez 24 patients (incidence 40/1000personne-année) qui a été la cause du décès de 11 d’entre eux (deux cancers liés à l’infection VIH et 22 cancers ne définissant pas le sida).

Cette étude conclut à l’existence dans cette population de sujets VIH+ de plus de 60 ans d’une amélioration clinique et immunologique continue sous HAART mais également de co-morbidités fréquentes, notamment les maladies cardio-vasculaires et les cancers. L’émergence de cette nouvelle population infectée par le VIH, vieillissante et potentiellement fragile, nécessite une approche multidisciplinaire, avec des consultations de prévention et de dépistage des maladies cardio-vasculaire et des cancers, comme c’est le cas dans la population des plus de 60 ans non touchés par le VIH.


Source

1. Flexor G, Zucman D, Berthé H, Meier F, Force G, Greder-Belan A, Billy C, Dupont C, Mortier E, Bizard A, Rouveix E, de Truchis P ; le COREVIH Île-de-France Ouest. [Aging and HIV infection : 4years follow-up of 149 HIV infected patients older than 60years in West Paris agglomeration (COREVIH Île-de-France Ouest).] Consulté le février 28, 2013. Available at : http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/...

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